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Billet de blog 28 nov. 2011

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Victoire de la droite en Espagne, une leçon pour Hollande?

En Espagne, pas besoin de Goldman Sach’s pour nommer le prochain Premier Ministre ou décider de la politique économique du pays. Les sociaux libéraux ont fait le boulot à sa place. Les élections législatives anticipées ont tranché !

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En Espagne, pas besoin de Goldman Sach’s pour nommer le prochain Premier Ministre ou décider de la politique économique du pays. Les sociaux libéraux ont fait le boulot à sa place. Les élections législatives anticipées ont tranché ! Dimanche dernier, les électeurs espagnols ont infligé une cuisante défaite au Parti Socialiste Ouvrier Espagnol (PSOE) puisqu’il ne compte plus que 110 sièges au congrès avec seulement 28% des voix, soit son plus mauvais score depuis la fin du franquisme. Cette défaite marque la fin d’une politique blairo-socialiste plus soucieuse du sort des bourses que des conditions d’existences des travailleurs. Cette défaite, une véritable fessé en réalité, doit nous interpeller, socialistes français, sur la capacité à la social-démocratie version Hollande d’affronter la crise économique et sociale et de faire autre chose que la droite. Bref l’alternative au capitalisme et non sa simple alternance.

Une droite espagnole très à droite

Alors que la crise économique frappe de plein fouet les salariés espagnols avec 22% de chômage et des salaires toujours aussi bas, que la politique d’affrontement avec les ultra-catholique menée par Zapaterro devrait profiter à une formation d’extrême droite, il n’en ait rien. Le passé franquiste est un repoussoir évident mais la droite classique n’est pas étrangère à cette réalité. En Catalogne, par exemple, Xavier Garcia Albiol, maire de Badalona, a fait campagne en promettant de «dire tout haut ce que beaucoup pensent». Il ne manque jamais une occasion, en particulier, de dénoncer les «immigrants délinquants». La droite espagnole a l’art de maitriser le grand écart avec des élus locaux, qui, comme ce dernier ont toute liberté pour faire campagne à la droite de la droite et un Mariano Rajoy, le patron du PP, au discours plus modéré qui fait attention à se tenir à distance de José Maria Aznar, l’ex-chef de gouvernement, plus proche de l’aile dure, ainsi que Federico Trillo. Bref, la droite a réussi son rassemblement et son unité pour l’emporté haut la main. Elle pourra aussi compter sur ces victoires locales de mai dernier puisque le PP a dans son escarcelle la moitié des villes du Pays et contrôle 11 des 17 communautés autonomes. L’Andalousie, le grand bastion socialiste est aujourd’hui aux mains des libéraux, c’est dire la raclée ! La droite a le champ libre pour s’attaquer aux rares acquis qu’une gauche molle avait donné au peuple espagnol en sept ans de pouvoir. Assurément, La légalisation de l’avortement, la loi organique sur l’enseignement et le mariage homosexuel vivent leurs dernières heures d’existence.

Une gauche désunie et un PSOE aux abois

Cette défaite pour le PSOE vient s’ajouter à toutes les autres défaites de la social-démocratie européenne, qui, mis à part les cas nordiques particuliers (et encore !!!), elle a perdu partout et à chaque fois lourdement et brutalement. La troisième voie pourtant en vogue, à la fin du XXème Siècle, vient de signer son arrêt de mort. Les modernes c’est nous, les archaïques libéraux c’est eux. Pour autant Zapatero n’a pas été le plus terrible des sociaux-libéraux. Malgré un bilan social proche du zéro, c’était avant tout un pragmatique. Jusqu’au 12 mai 2010, il restait sourd aux sirènes des marchés en refusant toute politique d’austérité, préférant un keynésianisme mou : loi sur l’économie durable et baisse d’impôt pour les personnes modestes. C’est ce jour là, précisément, que Zapatero entame sa « révolution copernicienne » dixit El Pais en faisant payer la note de la crise du capitalisme aux salariés. 15 milliards d’euros d’économies, en taillant dans les dépenses sociales, en diminuant de 5% le traitement des fonctionnaires, en reculant l’âge de départ en retraite, et en augmentant de deux points la TVA (18%). Les marchés ont gagné, les spéculateurs respirent, les indignés s’échauffent. Incapable de renverser la tendance, la lettre « O » du PSOE, n’est là que pour rappeler d’anciennes origines glorieuses du Parti. Zapattero plus à l’écoute de Standard & Poors et de Moody’s grave dans le marbre constitutionnelle, dès Septembre, une règle d’or budgétaire dans qui casse ainsi tout levier politique lorsque la Gauche reviendra, espérons le, aux manettes. La machine s’emballe, elle entrainera Zapatero dans sa chute, devenu un renégat jusque dans son propre parti qui ne l’invite qu’une seule fois à participer à un meeting électoral. Rubalcaba, son successeur, préfère s’entourer des vieux lions sociale-démocrates comme Felipe Gonzales et Alfonso Guerra au moment où les indignés réclament, à juste titre, d’en finir avec le passé. La défaite aux municipales au Printemps (tiens, tiens comme en 2001 pour Jospin) n’aura pas servi de leçons aux sociaux démocrates espagnols.

C’est dans cet état de santé pitoyable que le PSOE s’est présenté aux électeurs. Le résultat est connu mais c’est loin d’être une défaite pour toute la gauche. Izquierda Unida (IU) qui rassemble communistes et écologistes doublent son score de 2008 et compte désormais 11 sièges contre 2. IU gagne, entre autres, trois députés à Barcelone et à Madrid, et reconquiert, dans les Asturies, la circonscription historique détenue en son temps par Dolores Ibarruri, la « Pasionaria ». Mais les 1,7 millions de voix obtenus par IU n’explique pas les 4,5 millions de voix de perdus par le PSOE. Certes, un peu moins d’un million d’entre eux sont aussi aller voter pour la formation de Centre-gauche, UPyD, de l’ex-socialiste Rosa Diez mais pour l’essentiel d’entre eux, ils se sont abstenus là où la droite s’est mobilisée. Plus que le programme politique des social-démocraties c’est aussi leur stratégie (qui va de pair avec leur programme néanmoins) qui est perdante puisqu’elle divise la gauche alors qu’il n’y a qu’un seul salariat à défendre face à un capitalisme vorace. Sebastian Lavezzolo, un chercheur en sciences politiques espagnol, à l’université de New York analyse cette nouvelle défaite pour la social-démocratie : Historiquement, elle apparaît pour apporter des garanties à des besoins fondamentaux, comme l’éducation et la santé. Mais les politiques nationales, aujourd’hui, n’ont plus prise sur ces dossiers. C’est l’un des effets de la mondialisation, et de la concurrence entre économies. Du coup, il ne reste plus aux sociaux-démocrates que des valeurs à énoncer.»

Une leçon pour Hollande

Ces résultats désastreux sonnent comme un terrible avertissement pour les socialistes français et pour François Hollande en particulier. Sa campagne présidentielle, qui peine pour l’instant à convaincre qu’une véritable alternative émergerait d’une victoire en mai 2012, ne semble pas en mesure de mobiliser vraiment les salariés et la jeunesse. En refusant de prendre les questions sociales à bras le corps, en ne se démarquant pas suffisamment de la droite sur la question centrale de dette publique et des déficits et en faisant du remboursement de la dette est un impératif catégorique, Hollande prend le risque évident d’apparaître comme le pâle représentant d’une austérité de gauche que personne ne souhaite. Une leçon claire émerge de la défaite des socialistes espagnols : un candidat de gauche n’a rien à gagner à vouloir se faire le protecteur des marchés financiers. Au contraire, la déroute de Zapatero et le retour au pouvoir d’un PP revanchard devraient nous convaincre qu’il faut prendre l’exact contre-pied de cette politique.

S’il ne veut pas subir le sort des socialistes grecs et portugais, rejetés en profondeur par leur propre base sociale, Hollande doit tourner le dos résolument à sa ligne actuelle d’accompagnement de la crise. Il doit proposer une politique d’affrontement avec les marchés en refusant la légitimité de la dette, en rompant avec le PSE, en proposant de partager les richesses, de construire une VIème République sociale et laïque et en s’appuyant sur un gouvernement de la gauche unie (PS-EELV – Front de gauche). Ce sont là les seules pistes susceptibles de nous conduire collectivement à la victoire en évitant de subir le funeste sort de la gauche espagnole.

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