Juste un matricule

Je ne faisais que flâner au milieu des caisses de livres d’occasion chez Emmaüs lorsque j’ai découvert des mots griffonnés sur la page de garde d’un livre de témoignages de résistantes : « Les Françaises à Ravensbrück ».

Ravensbrück © Jonasz Ravensbrück © Jonasz
Je ne faisais que flâner au milieu des caisses de livres d’occasion chez Emmaüs lorsque j’ai découvert des mots griffonnés sur la page de garde d’un livre de témoignages de résistantes : « Les Françaises à Ravensbrück ». Les lettres étaient légèrement tremblées. Il manquait un verbe dans la phrase tracée à la hâte mais il se déduisait facilement du sens général. Je n’en croyais pas mes yeux.

« En souvenir de tous ceux qui sont morts et pour qu’il n’y ait plus jamais de Ravensbrück . Une ancienne de ce camp maudit ». La formule manuscrite est suivie d’une formidable décoration à la fois pleine de fierté et de modestie : le matricule 27419 et une signature difficile à déchiffrer : Th. Menot.

Grâce au livre  et quelques recherches relativement simples j’ai pu la retrouver et reconstituer le pan cauchemardesque de sa vie de résistante déportée. Elle est arrêtée par la Gestapo l’année de ses vingt ans en 1943 pour faits de résistance. Interrogée, elle ne parlera pas et sera mise en prison à Limoges avant d'être transférée au camp de rassemblement de Compiègne. Le 31 janvier 1944, elle est déportée à Ravensbrück avec 958 autres prisonniers. C’est un des plus gros convois. Il comprend 880 femmes.

Les matricules 27030 à 27988  y vivront  l’horreur dans les blocks 13 à 27.

Thérèse Menot  n’a  « jamais déposé les armes,  luttant avec la même hargne contre la déshumanisation des camps et la maladie, contre le négationnisme et pour la mémoire, encourageant sans cesse les nouvelles générations à se souvenir, à comprendre, à lutter pour que jamais cela ne puisse se reproduire. »


« Les Françaises à Ravensbrück » raconte la naissance de la résistance des femmes dans un univers conçu pour les détruire. Je vais m’employer à préserver cet ouvrage car il contribue à entretenir avec d’autres  la flamme sacrée de toutes les résistances à la déshumanisation.

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