Ça ira mieux après

Avant la pandémie on se rencontrait sans éprouver le besoin de se dire « qu’on s’aimait bien ». Avec elle, nos retrouvailles sous muselière prennent une toute autre gueule d’amour car malaisé de ne pas reconnaître « qu’on s’aime» tout court.

Avant la pandémie on se rencontrait sans éprouver le besoin de se dire « qu’on s’aimait bien ». Avec elle, nos retrouvailles sous muselière prennent une toute autre gueule d’amour car malaisé de ne pas reconnaître « qu’on s’aime» tout court. Difficile d’éluder le besoin de cet-te autre dont je ressens le plus l’importance le jour où il-elle n’est pas là. Comment nier ce que nos échanges, même insignifiants, nous apportent. Nous ne soupçonnions pas à quel point, privés de nos mains et de tout contact physique, nous aurions du mal à nous dessiner l’essentiel

  Heureusement, nous découvrons des tournants au fond des impasses et les champs retrouvent les fossés où les clés ont été perdues. Même minuscules, les présences comblent les absences trop vastes et trop longtemps ignorées. Nos sentiments alambiqués ne peinent plus à déployer nos gorges. Nous retrouvons les vertus de l’attention à l’autre ensevelies depuis longtemps sous d’épaisses couches de désinvolture et d’habitudes individualistes..

  Nous redoutons juste une chose : voir nos enfants diminuer jusqu’à disparaître derrière les vitres aveugles de la destinée et tomber dans les bras de vieillards sans âge, sans yeux et sans mémoire qui nous ressembleraient. Mais rien ne serait plus triste que de rester comme ces totems de rien au bord du néant qui, sans résister, cherchent leurs mots pour un exorde du sermon aux asticots. 

 Heureusement il y aura après la pandémie.

 « J’ai appris que pour être prophète il suffisait d’être pessimiste. » (Elsa Triolet)

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