Le bonjour des grues du lac de Der à Grain-Grain

Depuis le 18 février, elles remontent les grues du lac de Der. Un vol hier, trois aujourd’hui ; j’évalue leur nombre à une centaine pour chaque passage, Grain-Grain. Lève bien le nez.

Grues du 19 février 2020 © Jonasz Grues du 19 février 2020 © Jonasz

Depuis le 18 février, elles remontent les grues du lac de Der.  Un vol hier, trois aujourd’hui ; j’évalue leur nombre à une centaine pour chaque passage, Grain-Grain. Lève bien le nez.

Et si c’était pour bientôt le printemps ?

As-tu senti depuis peu comme une haleine douce venue de je ne sais où ? As-tu la tête chamboulée par des sèves subtiles figées trop longtemps par un hiver interminable ? Sens-tu ces parfums qui piquent les yeux, des odeurs dont on ne saurait trop dire s’il s’agit d’épices antillaises ou de lacrymogènes ?

Si tu as l’un de ces symptômes, c’est le printemps oublié qui se rappelle à toi comme la promesse de renouveau qu’il traine toujours; comme la résurgence d’un rêve ancien auquel tu n’osais pas croire, Grain.

Et toi, printemps ! Cela faisait combien de temps qu’on ne parlait même plus de toi ; même moi j’ai failli te zapper. Si d’aventure je te cherchais sur Google je tombais en tête de gondole sur un sinistre « Department Store » Paris.

Tu étais comme passé à l’arrière plan de mes pensées bancales. Finis les temps où ton attente me mettait tout en sueur. Je n’avais plus que des résidus d’idées glauques pour me coller les cheveux. Je résistais à tout sauf à la flemme.

Au siècle dernier l’alerte au printemps était donnée par quelque Léo, anar anachronique, qui nous en faisait une fête. Nos « chagrins avaient des couleurs y’avait même du printemps chez le malheur ». Mais il ne savait pas tout, Léo. Il ne pensait pas qu’un jour nous aurions, pour certains, la tête basse et pour d’autres le nez dans la corbeille. Le printemps de se donne qu’à ceux qui lèvent la tête et il n’y avait plus personne le nez en l’air.

Le « blé qui s’faisait du mouron pour qu’les oiseaux eux y disent pas non », c’était fini. Le blé y faisait rien que du blé et les oiseaux… Ben, ils mourraient.
Nos espoirs hibernaient tout le temps et nous nous croyions impuissants devant ceux qui chassaient le migrateur.

La pluie ne passait même plus « chez Dior pour s’payer le modèle Soleil d’Or », vu que les seuls qui pouvaient se l’acheter s’offraient carrément les beaux jours dans des pays à printemps sur catalogue.

Les nuages ne prenaient même plus la peine de nous froisser quelques culottes de gendarme pour rêver d’Atlantique derrière les fenêtres tristes des "chambres de bonnes". Ils étaient remplacés par de vraies culottes bleues qui passaient en coup de vent dans les rues à n’importe quel moment de l’année.

« Dans les hectar’s y avait plus de bonheur » ils l’avaient désherbé au « round up ». Du coup « les lilas n’avaient mêm’ plus l’temps de s’fair’ tout mauv’s ou bien tout blancs. » Ils passaient tout net de promesses de fleur à fagots.

« La mer qui s’prenait pour Monet ou pour Gauguin ou pour Manet » c’était du passé dépassé, des pensées amollissantes tout juste bonnes pour les amateurs de la Princesse de Clèves.

Mais il est fini le cauchemar « y a l’été qui s’point’ dans la rue » ne restons pas ces « ballots qui n’ont pas vu qu’c’était l’printemps… »

Lève bien le nez; les grues arrivent . Je sais que je peux compter sur toi, Grain-Grain !

 

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