Attractivité

La question de l’attractivité du territoire est au cœur des réflexions des penseurs du capitalisme et des décideurs libéraux. Mais l'examen attentif des facteurs établis par les spécialistes de la discipline amène à des conclusions techniques et politiques diamétralement opposées à la doxa libérale servie depuis des décennies par les élites.

L’attractivité constitue un enjeu stratégique majeur dans le cadre d’une économie ouverte, qui caractérise notre monde contemporain.

Capter l’intérêt et les investissements des acteurs économiques est la condition de pouvoir alimenter les circuits économiques et assurer la prospérité du pays.


Cette préoccupation est au cœur des réflexions des penseurs du capitalisme et des décideurs libéraux. Mais l'examen attentif des facteurs établis par les spécialistes de la discipline amène à des conclusions techniques et politiques diamétralement opposées à la doxa libérale servie depuis des décennies par les élites.Les experts identifient une série de facteurs permettant à un espace donné de calculer son degré d’attractivité.

 Ces facteurs sont de nature et d’importance diverses. Elles renvoient tant à l’état des infrastructures du territoire étudié, de la situation économique et sociale de la population, et des politiques publiques déployées localement.

7 facteurs peuvent être identifiés pour qualifier et construire l’attractivité d’un territoire.

 

  1. Des infrastructures performantes permettant le développement de la vie économique.

 

Les infrastructures renvoient d’abord aux réseaux d’énergie, de transport et de télécommunications.

2. Un système d’éducation et de formation avancé, pour permettre à la population d’être à la fois qualifiée sur le plan professionnel et épanouie sur le plan personnel.

 Les compétences attirent l’innovation, la technologie, la création de valeur ajoutée qui induisent la création de nombreux emplois.

3. Un système de santé accessible et performant

Une population en bonne santé garantit un minimum de natalité et de productivité de manière pérenne.

4. Un pouvoir d’achat élevé

 Une population prospère constitue un marché de consommation d’autant plus attirante pour des investisseurs qu’elle est bien lotie.

5. Des espaces naturels préservés de l’anthropisation intensive

 Les ressources et aménités naturelles et patrimoniales constituent un avantage comparatif écologique et touristique majeur, mais également un patrimoine d’autant plus envié qu’il est rare et bien conservé. Le cadre de vie peut attirer les créateurs, les entrepreneurs et les cadres à hauts revenus.

 6. Une fiscalité juste et stable

 Les niveaux d’imposition des ménages et des entreprises comptent moins que leur stabilité, gage d’une bonne gouvernance aux yeux des investisseurs. Une fiscalité juste et transparente augmente le consentement à l’impôt de l’ensemble de la population, et limite les effets d’optimisation fiscale des entreprises en contrepartie d’une stabilité réglementaire qui leur garantit un certain niveau de profit.

Le dumping fiscal initié par certains Etats ne garantit pas une meilleure attractivité en l’absence des autres facteurs identifiés.

 7. La stabilité politique

 Un gouvernement fort est le garant d’un développement économique soutenu. La forme du gouvernement peut avoir des formes variées, selon le contexte culturel, historique et géopolitique de chaque Etat. La démocratie représentative n’est pas le seul mode de gouvernance à même de susciter de la stabilité politique, mais l’existence de contre-pouvoirs solides peut avoir un impact durable sur la stabilité de la société.

 

Certains facteurs ont été surreprésentés dans les réflexions et les orientations politiques déclinées dans la poursuite des politiques économiques depuis les années 1990.

 

Cette surreprésentation a conduit à sous-estimer certains facteurs, à en surestimer d’autres et a fondé l’inefficacité voire l’échec des politiques d’attractivité.

 

Un rééquilibrage peut parfois s’avérer nécessaire pour optimiser la capacité d’attractivité des territoires et des pays intéressés.

 

Selon les cas, une politique publique assumée en matière d’infrastructures et de fiscalité, peut générer des externalités positives en matière de santé, de formation et de pouvoir d’achat, et mener à une stabilité politique durable et à la préservation des grands équilibres écologiques et humains.

 

Les politiques publiques déployées dans le monde depuis les années 1990 semblent avoir sacrifié les facteurs liés aux infrastructures publiques, en matière de santé, d’éducation, de transport, d’énergie et de télécommunications. Elles ont également privilégié une fiscalité inégalitaire et moins redistributive, contribuant à accroître les inégalités de revenus et de patrimoine. Elles ont négligé l’avantage comparatif que constitue le cadre de vie naturel et patrimonial, et livré des pans entiers du territoire à une anthropisation de court terme, grande consommatrice d’espace et peu génératrice de valeur.

 

D’autres politiques publiques déployées dans quelques pays durant cette même période ont préservé un certain nombre de facteurs d’attractivité, qui livrent leurs effets aujourd’hui. En Norvège, le maintien d’une fiscalité élevé a contribué à limiter la croissance des inégalités et permis à la population de conserver un haut degré de santé et de qualification. Les infrastructures performantes et en bon état drainent ce pays à la fois littoral et montagneux. En Slovénie, le tissu industriel et le patrimoine naturel ont été préservés, permettant à ce petit pays d’Europe centrale de développer un niveau de vie élevé pour sa population. Au Costa Rica, une législation ambitieuse en matière de préservation des espaces naturels a permis à ce pays d’Amérique latine d’être en pointe en termes de développement naturel et humain.

 

L’impact des politiques publiques est réel sur le degré d’attractivité de chaque pays et de chaque territoire. Dans la mesure où les décideurs politiques souhaitent développer l’attractivité de leur pays, ils doivent être en mesure d’effectuer des choix politiques, parfois audacieux, parfois difficiles, au nom du bien commun et de l’avenir de leur population.

 

Une bonne politique d’attractivité pourrait se résumer en 10 points :

 

  • Développer le système éducatif à l’aune des dernières avancées en sciences de l’éducation pour garantir une bonne intégration sociale et culturelle de l’ensemble des enfants et des jeunes du territoire,
  • Déployer une offre de santé de qualité sur l’ensemble du territoire afin de traiter et prévenir les maladies chroniques à la source de la baisse de la productivité des travailleurs.
  • Multiplier l’offre de formation au regard des besoins de chaque bassin économique
  • Améliorer l’état des infrastructures d’énergie, de transport et de télécommunications, ce qui au vu des investissements massifs nécessaires, ne peut passer que par une action publique et le biais d’entreprises publiques. Le cas échéant, nationaliser les sociétés d’énergie, de transport et de communication pour garantir une offre suffisante sur l’ensemble du territoire
  • Etablir un système fiscal transparent, simple et juste. Supprimer à terme les taxes indirectes et impôts forfaitaires de type TVA, généraliser à terme les impôts progressifs et utiliser à bon escient les impôts à taux progressifs, notamment pour capter les richesses au-delà d’un seuil de richesse à déterminer.
  • Organiser un commerce international harmonieux sur la base de la réciprocité des relations économiques et du respect de chaque partenaire.
  • Garantir la stabilité politique interne par le renforcement de l’indépendance (y compris des puissances d’argent) des contre-pouvoirs, notamment la justice et la presse.
  • Préserver de manière définitive les terres et espaces naturels non encore soumis à une anthropisation intensive, et appuyer les efforts de remise à l’état naturel des espaces pollués.
  • Garantir la liberté des décisions précédentes et l’indépendance du gouvernement de toute puissance étrangère et/ou d’argent, en codifiant le contrôle public et transparent de ses élus, en renforçant son potentiel militaire et en accentuant ses capacités de dissuasion, notamment nucléaire.
  • Se réserver le droit de remettre à plat tout accord international qui contreviendrait à la poursuite des objectifs affichés précédemment.

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