En mars 2012, José Manuel Barroso, Président de la Commission européenne et Karel De Gucht, Commissaire au Commerce international ont proposé au Parlement européen de signer un accord avec les USA pour régler un vieux différend : l’interdiction du bœuf aux hormones par l’Union européenne.

 

Le deal était clair : Bruxelles laissait entrer 45 000 tonnes de viande de bœuf de haute qualité et les Etats-Unis et le Canada laissaient tomber leur plainte à l’OMC. Cette concession permettait de mettre un terme à une guerre commerciale larvée qui durait depuis juillet 1999 et qui permettait à Washington de surtaxer à 100 % une soixantaine de produits alimentaires européens, dont le Roquefort.

 

Depuis le début des années 1980, les consommateurs européens et les paysans refusaient l’utilisation d’hormones pour faire grossir plus vite les veaux, les vaches et les bœufs. L’utilisation de ces dopants était un scandale qui donnait lieu à tous les trafics illégaux de doses de stéroïdes. Aucune étude scientifique n’avait été menée à priori pour évaluer les conséquences sur la santé des consommateurs. L’Union européenne avait fini par plier, non pas devant les lobbies, mais devant l’opinion publique. En 1988, elle interdisait l’utilisation des hormones dans l’élevage et du même coup, les importations de viande en provenance de pays où ces substances étaient utilisées, en particulier les Etats-Unis et le Canada.

 

En 1996, juste après la mise en place de l’OMC, ces deux pays ont porté plainte contre l’Europe devant l’Organe de Règlement de Différend de l’OMC et l’UE a été condamnée. Au cœur du débat, l’inversion de la charge de la preuve : ce n’est pas aux multinationales qui vendent des viandes hormonées de prouver qu’elles n’ont pas d’effet nocif sur la santé, mais aux pays où les gens n’en veulent pas de démontrer leur dangerosité. Les textes de l’OMC s’opposent au principe de précaution puisqu’ils permettent aux pays qui le réfutent de balayer les rapports scientifiques comme non « science-based ».

 

Échaudée par la crise de la vache folle, la Commission européenne avait alors, une fois n’est pas coutume, décidé d’appliquer ce fameux principe de précaution - contrairement aux importations d’OGM. Le 12 août 1999, les producteurs de lait de Roquefort démontaient un Mac Do à Millau pour protester. Pendant dix ans la diplomatie européenne a négocié un accord qu’elle annonçait comme définitif pour que l’Europe puisse continuer à interdire les hormones sur son territoire. En 2012, le Parlement européen et le Conseil l’entérinaient.

 

John Clark, responsable des questions commerciales à la Direction Générale de l’Agriculture, est venu expliquer le 28 février 2017 aux députés européens de la Commission de l’Agriculture que les Etats-Unis se préparent à attaquer à nouveau l’Europe car ils ne bénéficient pas suffisamment du quota de viande de bœuf de 45 000 tonnes concédé en contrepartie. En effet, dans le cadre de l’OMC, l’ouverture d’un marché pour un seul pays vaut automatiquement pour tous les autres (clause de la Nation la Plus Favorisée). L’Australie, l’Argentine, le Brésil et d’autres se sont rués dans la brèche et les multinationales américaines de la viande se sentent flouées. L’arrivée de Trump à la Maison Blanche ne va pas arranger les choses : trop heureux de pouvoir attiser les tensions entre les pays européens, il ne va pas hésiter à montrer aux farmers que l’America First est aussi pour eux.

 

Mais pourquoi en sommes-nous là ? Pour une raison très simple, la Commission européenne n’a pas vu qu’un nouvel accord d’importation ne mettait pas fin au litige des hormones. En effet le dossier n’est toujours pas clos à l’OMC contrairement à ce que l’on a voulu nous faire croire. Les règles perverses de cette institution continuent à peser sur les citoyens européens pour qu’ils acceptent de bouffer des anabolisants. Nos choix alimentaires et de santé publique sont pris en otage ! Il n’y a pas de contrepartie possible : l’Union Européenne doit dire non à ce nouveau chantage.

 

Boeuf aux hormones Boeuf aux hormones

 

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