Lluis Companys. Le seul président élu en Europe à avoir été fusillé.

Le 15 de octobre 1940, Le président Lluis Companys était fusillé dans la forteresse de Montjuic après un simulacre de procès par un tribunal militaire composé de généraux franquistes. Lluis Companys, réfugié en France après la chute de la Catalogne avait été arrêté par la gestapo et livré à Franco par le régime de Vichy. Histoire ou pseudohistoire. Essayons de démêler le vrai du faux.

 

Depuis le début du process pour l'indépendance de la Catalogne, quelques journaux de Madrid et certains blogs postés sur Médiapart tentent de faire passer le président Lluis Companys i Jover pour un génocidaire en lui imputant plus de 8000 crimes perpétrés en Catalogne au début de la guerre civile (1936-1939). Jusqu'à ces "révélations" Lluis Companys était considéré comme un homme politique dont le seul "défaut" avait été de n'être même pas indépendantiste mais fédéraliste. Il dût gouverner dans une des périodes les plus mouvementées de l'histoire espagnole, en premier la période des années 20 à 30 dont les différents entre patronat et syndicats se réglaient à coups de revolver, la dictature de Primo de Rivera (1) et la guerre civile suite au coup d'Etat du général Franco. Comment distinguer dans ce cas le vrai du faux, qu'elle est la véritable histoire de Lluis Companys ?
Le meilleur chemin est de se référer à l'histoire officielle écrite par des historiens.

Biographie. Source : La Real Academia de la Historia (2) extraits :
<<… Companys a un creciente radicalismo que condujo a la ruptura de la legalidad republicana el 6 de octubre de 1934 cuando, después de acusar al Gobierno central de monarquizante y fascista, proclamó el “Estado Catalán dentro de la República Federal Española”>>
Traduction : … (Ce qui amena) Companys à se radicaliser et qui conduisit à la rupture de la légalité républicaine le 6 octobre 1934 lorsque, après avoir accusé le gouvernement central de monarchisant et faschiste, il proclama l'Etat catalan dans la république fédérale espagnole.
<< El 19 de julio, cuando se produjo el levantamiento militar en Cataluña, Companys asumió directamente las medidas institucionales destinadas a neutralizarlo, pero la participación revolucionaria de los obreros hizo que las masas populares —especialmente la CNT— se armasen. Ante la posible suplantación del gobierno, Companys negoció con la CNT-FAI (Federación Anarquista Ibérica) la creación del Comité Central de Milicias Antifascistas que, en la práctica, supuso la existencia de un doble poder hasta que el 27 de septiembre de 1936 fue disuelto y sus competencias asumidas, en exclusiva, por el Gobierno catalán. El proceso revolucionario que siguió al aplastamiento del golpe de Estado dejó sin capacidad de reacción al Ejecutivo catalán y en ese tiempo se produjeron asesinatos de religiosas, de derechistas, asaltos a la propiedad y quema de edificios religiosos de los que Companys, como máxima jerarquía del Estado, sería directamente responsabilizado por los franquistas en 1940, sin entender que estos hechos eran consecuencia directa del levantamiento militar y que Companys, como se evidenció en el Consejo de guerra al que fue sometido había tenido una actitud resueltamente humanitaria, pues ayudó a salir del país a muchos dirigentes de la Lliga, a industriales y a jerarquías de la Iglesia, como los obispos de Gerona, Tortosa y Tarragona. >>
Traduction : Le 19 juillet, lorsque se produisit le soulèvement militaire en Catalogne (du général Franco), Companys assuma directement les mesures institutionnelles destinées à le neutraliser, mais la participation révolutionnaire des ouvriers fit que les masses populaires – spécialement le CNT – s'arment. Devant la possibilité que le gouvernement soit supplanté, Companys négocia avec la CNT-FAI la création du comité central des milices antifascistes ce qui, en pratique, supposa l'existence d'un double pouvoir jusqu'au 27 septembre 1936 où il fut dissout et ses compétences assumées en exclusivité par le gouvernement catalan. Le processus révolutionnaire qui suivit l'écrasement du coup d'état laissa sans capacité de réaction l'exécutif catalan et durant cette période se produisirent des assassinats de religieuses, de partisans de droite, assauts de propriétés et incendies d'édifices religieux desquels, Companys, comme étant à la tête de l'Etat, serait accusé comme responsable par les franquistes en 1940 sans prendre en compte que ces faits étaient conséquence directe du soulèvement militaire (de Franco) et que Companys, comme cela fut démontré lors du conseil de guerre auquel il fut soumis, avaient eu une attitude résolument humanitaire, puisqu'il aida à sortir du pays à beaucoup de dirigeants de la ligue, à des industriels et responsables de l'église comme les archevêques de Gérone et Tarragone.

Ramon de Colubi, avocat d'office de Companys (3) (4)
<<Defendió al presidente con coraje, aunque él mismo reconoció que la sentencia estaba ya predeterminada (en 2004 declararía «Todo aquello era absurdo, sabía que a mí me tocaba cubrir las apariencias para que el proceso pareciese legal, cuando sabíamos que todo respondía a una orden concreta del general Franco para que Companys fuera fusilado»).[13]​ El día del consejo de guerra, el 14 de octubre, Colubí, que no había conseguido que el tribunal accediese a que testigos favorables al presidente prestasen testimonio, hizo un alegato en el recordó que Companys nunca había amparado ningún delito común y siempre hizo lo posible por evitar sufrimientos a los detenidos y encarcelados durante la guerra, recordando su propia liberación.>>
Traduction : Il défendit le président avec courage bien que lui même reconnu que la sentence était déjà écrite (en 2004 il déclara) "tout cela était absurde, je savais que je devais couvrir les apparences pour que le procès apparaisse légal alors que nous savions que tout répondait à un ordre concret du général Franco pour que Companys fut fusillé". Le jour du conseil de Guerre le 14 octobre, Colubi qui n'avait pas réussi que le tribunal accepte à ce que les témoins favorables au président puissent témoigner, fit une allégation dans lequel il rappelait que Companys n'avait jamais commis de délit et toujours fait le possible pour éviter des souffrances aux détenus emprisonnés durant la guerre et rappelait que lui même fut libéré (sur son ordre).

Il avait été emprisonné suite au soulèvement de l'armée à Barcelone en 1936 puis libéré avec 5000 détenus dans un échange de prisonniers à l'initiative de Companys et sous l'égide de la croix rouge. Colubi rejoignit dans la foulée les troupes franquistes.

Sentence du procès (5)
<<FALLAMOS, que debemos condenar y condenamos al ex-Presidente del disuelto Gobierno de la Generalidad catalana, Luis Companys Jover, como responsable en concepto de autor por adhesión del expresado delito de rebelión militar, a la pena de Muerte con accesorion legales caso de indulto y expresa reserva de la acción civil o responsabilidad de igual clase en cuantía undetermonada. Lo que por esta nuestra sentencia juzgando, pronunciamos, mandamos y firmamos Manuel González, Federico García Rivera, Fernando Giménez Sáenz, Rafael Latorre, Gonzalo Calvo, José Irigoyen y Adriano Velázquez>>
Traduction : Décidons que nous devons condamner et condamnons à l'ex-président du gouvernement dissout de la Génaralité catalane Louis Companys Jover comme responsable dans le concept d'auteur par adhésion du dit délit de rébellion militaire, à la peine de mort ….


Il est donc a noter qu'il ne fut condamné que, et uniquement, sur le délit de rébellion militaire. Bien que le tribunal ait cité et reproché que Companys ne mette fin aux exactions et violences qui eurent lieu à cette époque, il ne fut pas condamné pour ces faits.

Révisionnisme actuel accusant Companys d'assassin (6)
Texte en appui : Mensonges évidents, article du site "histoires d'Europe" tenu par trois historiens (7)
Sur quelles preuves s'appuient les affirmations
Photo 1 : extraits du texte : "Un certificat livré par le secrétaire du tribunal d'espionnage et haute trahison de Catalogne … Signé: le conseiller de justice. Nota : les "Tribunales de Alta Traición” dépendaient de l'eat central de Madrid. Companys ne pouvait pas intervenir dans les procès sauf pour gracier, ce qu'il fit de nombreuses fois.
Photo 2 : Aucune relation avec Companys
Photo 3 : Sentence de mort pour espionnage après procès écrit en castillan (sic). Aucune signature. Possible document pour demander la grâce.
Photo 4 : Photo sans indication d'origine avec comme commentaire posté par l'auteur de l'article <<… par les anarchistes de Companys>> Companys n'était pas anarchiste.
Autres photos à l'avenant. Aucune référence historique concernant la source. Seul les commentaires des auteurs des articles impliquent Companys sans aucune preuve.
Erreurs dans les textes :
<<Il s’agit de Josep Asens. Celui-ci s’était échappé à Londres à la fin de la guerre, en emmenant avec lui une bonne partie des archives des organisations anarchistes. Dans ses écrits, Josep Asens a reconnu qu'ils étaient parfaitement organisés et soutenus par la Generalitat.>>
A comparer avec une parution prenant comme source : Centro Documental de la Memoria Histórica, Ministerio de Cultura (8)
<< Asens formó parte de la delegación cenetista que forzó una reunión con el presidente de la Generalitat republicana Lluís Companys el 20 de julio de 1936 …. Se exilió en Francia en 1939, donde sufrió los campos de concentración. En 1943 formó parte del comité del Movimiento Libertario Español (MLE) desde el exilio. Después de la Segunda Guerra Mundial continuó su vida en Seynod (Annecy, Francia), donde murió en 1985.>>
Traduction : Esans faisait partie de la délégation cenetiste (CNT) qui força la réunion avec le président de la Génaralité républicaine Luis Companys le 20 juillet 1936. … Il s'exila en France en 1939 où il fut interné dans les camps de concentration. En 1943 il faisait partie du comité du mouvement libertaire espagnol (MLE) depuis son exil. Après la seconde guerre mondiale il continua sa vie à Seynod (Annecy, France) où il mourut en 1985.

Réhabilitaion : (9) (10)
<< Le gouvernement espagnol a donc approuvé l'annulation de cette ignoble condamnation à mort d'un des héros catalans. Lluís Companys est un des pères fondateurs d'une Catalogne souveraine. Par ce geste, Pedro Sanchez a souhaité rendre ainsi sa pleine dignité à Lluís Companys>>
<< La France a officiellement présenté ses excuses pour l’arrestation de Lluis Companys, ce que n’a jamais voulu faire l’État espagnol.>> Ce qui a été fait quelques temps plus tard.

Origine de la pseudo histoire de Companys (6)
<< L’origen d’aquestes teories conspiranoiques contra la figura del president màrtir estan en la necessitat presentista de crear un discurs antiindependentista. Rere de la pseudohistòria sempre hi ha algun interès econòmic o polític (o els dos). El principal creador del discurs ha estat Javier Barraycoa, actual president de somatemps, i que per variar no és historiador, sinó filòsof.>>
Traduction : L'origine de ces théories conspirationnistes contre l'image du président martyr sont dans le besoin de créer un discours ainti-indépendantiste. Derrière la pseudohistoire il y a un certain intérêt économique ou politique (ou les deux). Le principal "créateur" du ce discours a été Javier Barraycoa, actuel président de "somatemps" et, pour changer, n'est pas historien mais philosophe.

Qui est Mr. Barraycoa (11)
C'est un philosophe, écrivain et professeur de philosophie à l'université de Abad Oliba. Il est l'actuel président et fondateur de "somatemps" qui mobilise la société civile contre le séparatisme … et prétend une rénovation culturelle, historique et sociale (https://www.facebook.com/Somatemps/ ) Il affirme être aussi fondateur de la "sociedad civile catalana" résolument à la droite politique et anti-indépendantiste.

(1) en espagnol La Barcelona de los años 20: Pistoleros, charlestón y la exposición del 29
(2) en espagnol  La Real Academia de la Historia : Lluis Companys
(3) en espagnol Ramon de Colubi 
(4) en catalan El judici de Lluís Companys vist pel seu advocat defensor
(5) en espagnol Sentencia a Lluís Companys 
(6) en catalan  Lluís Companys, víctima de la pseudohistòria espanyolista 
(7) en catalan Fondateurs et collaborateurs de la revue Histoires d'Europe
(8) en espagnol  Josep Asens Giol
(9) en français  Lluís Companys réhabilité par Pedro Sanchez en visite à Barce
lone 
(10) en français  Lluis Companys, président de la Catalogne, fusillé par l’Espagne 
(11) en espagnol  Javier Barraycoa

Autres sites :
Los historiadores que devolvieron la memoria a Companys: ocho décadas para reconstruir el fusilamiento de un president
15 octobre 1940 Lluis Companys, président de la Généralité de Catalogne, est fusillé par les fascistes de la droite espagnole 

 

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