EVA (Ère des Virus Assassins)

Le vaccin contre le COVID ne sera pas une baguette magique, juste un patch en attendant la prochaine pandémie. Il faut changer les fondations fissurées du bâtiment. Démanteler un modèle de développement et de croissance « destructiviste » qui sacrifie la qualité de vie des habitants de la planète à la rentabilité financière. Nous devons substituer à un «Modèle Mortel» un «Modèle Vital».

EVA (Ère des Virus Assassins)

 

Chroniques poétiques du troisième millénaire :un autre regard sur les temps présents pour les habitants du futur.

 

Par José Muchnik

Traduction de l’espagnol (Argentine) : Viviane Carnaut

 

Décembre 2020 

Non, ce n'est pas un hommage à la première femme, ni à ma grand-mère qui s'appelait aussi comme ça. C'est une préoccupation plutôt qu'un hommage. L'EVA a commencé? Je veux parler de l'Ere des Virus Assassins. Chers habitants du futur, en ce jour du 6 décembre 2020, la COrona, Virus Desease, mieux connue sous le nom de COVID 19, a déjà causé plus d'un million et demi de décès dans le monde, 1547724, pour être plus précis, ceux qui le souhaitent peuvent consulter le site https://coronavirus.app/map?selected=op, là on met à jour le nombre total de contaminés, le taux de mortalité ... etc ... etc ... Il faudrait ajouter, pour être complet, le nombre appréciable de morts anonymes, dans les rues et bidonvilles de Rio de Janeiro, Quito, Dacca ou Calcutta, ils n'apparaissent pas dans les statistiques. 

Tout indique que nous sommes en présence d'une vague de pandémies qui débarquent et se chevauchent, il s'agit de zoonoses, de maladies provoquées par des virus qui se transmettent des animaux aux humains, qui sont aussi des animaux, bien qu'un peu plus destructeurs. L'hypothèse la plus probable est que le virus Corona actuel a été transmis en Chine par des chauves-souris ou des pangolins à l'homme. Rappelons que le SIDA, causé par la mutation / transmission d'un virus du chimpanzé à l'homme, au cours du 20ème siècle, continue de faire sept cent mille morts par an dans le monde (il en a déjà causé environ 33 millions depuis le début de pandémie en 1980)https://www.unaids.org/fr/resources/fact-sheet) Dengue, zika, chikungunya, grippe aviaire, grippe porcine… la vague de pandémies continue. Dernière minute: comme si on était au courant de la rédaction de cette chronique, le débarquement du «norovirus» en Chine est annoncé: il provoque des diarrhées sévères, des vomissements, de la fièvre ... il peut être mortel dans les groupes à risque (https://www.pagina12.com.ar/310141-alerta -monde-pour-une-épidémie-de norovirus-en-chine) 

La nature ne nous donne-t-elle pas une grande leçon? Il semble que la déforestation, l'urbanisation accélérée, l'élevage intensif, le trafic d'animaux sauvages, le changement climatique, la perte de biodiversité ... ont et auront un impact sur le développement de cette vague de pandémies. Un exemple simple pour qu'on le comprenne: que se passe-t-il lorsqu'on défriche une forêt en Amazonie, au Congo ou en Indonésie? Une jungle qui pendant des centaines, des milliers d'années, a été tenue à l'écart du «développement». Pouvez-vous imaginer des millions de virus se propager sans demander la permission? Des milliers d'animaux qui chercheront d'autres endroits où vivre lorsque leur habitat traditionnel sera détruit? Comme quand on démolit le grenier d'une vieille maison inhabitée, des kilos de poussière et des millions de virus seront heureux de chercher de nouvelles aventures. 

C'est pourquoi j'ai le regret d'informer mes contemporains que le vaccin contre le COVID ne sera pas une baguette magique, juste un patch en attendant la prochaine pandémie. Il n'y a pas d'autre alternative, il faut changer les fondations fissurées du bâtiment si l'on veut éviter un effondrement retentissant. Il s'agit de démanteler un modèle de développement et de croissance basé sur l'assujettissement / destruction de la nature, un système qui sacrifie la qualité de vie des habitants de la planète à la rentabilité financière. Appelons les choses par leur nom, le changement nécessaire n’a rien à voir avec une opposition entre «néolibéralisme» / étatisme. Il ne s’agit pas de savoir si la destruction du monde sera menée à bien par une multinationale privée “capitaliste” ou par une entreprise d’état  “communiste” Les sociétés minières chinoises respectaient-elles davantage la nature en Zambie que les sociétés minières yankees ou canadiennes en Bolivie ou en Argentine? Nous vivons un changement d’époque transcendantal, nous devons substituer à un «Modèle Mortel» un «Modèle Vital». Avec le modèle «destructiviste»ce ne sont pas que les forêts, les mers, les rivières, l'air ...qui sont détruits,c’est nous-mêmes que nous détruisons. 

La religiosité scientifique a également été fissurée, l'idée que la science peut tout savoir, tout contrôler est ébranlée. En fait, nous ne savons pas grand-chose sur le virus Corona. Et le vaccin, combien de temps va-t-il nous immuniser? Faudra-t-il l'appliquer chaque année? Quels seront ses « effets secondaires»? Le virus va-t-il muter? Quelle sera la prochaine pandémie? ... La sensation est bizarre, un air chargé de peurs se répand, d'étranges pas, des rues vides, des doutes envahissent les esprits comme des algues. Les virus ont existé tout au long de l'histoire, la dite grippe espagnole (1918-1919) a tué entre 40 et 50 millions de personnes en un an, au lieu de confinement, des processions ont été organisées pour solliciter la miséricorde divine, faute de l’avoir obtenue, la contagion s’est propagée. 

Pour affronter l’ère de l'incertitude, il faut organiser avant qu'il ne soit trop tard une alternative « vitaliste», mettant l'accent sur la solidarité entre les humains, sur leurs relations avec la nature et les autres espèces avec lesquelles nous cohabitons sur cette planète. Le changement ne sera pas facile, il implique des valeurs éthiques et existentielles, des pratiques de consommation et des changements technologiques ... ceci prendra du temps, mais un jour nous devrons commencer. Comprendre que le virus (du latin virus: jus / vase / poison) n'est pas seulement biologique, la vase toxique se développe dans tous les domaines ... économiques, sociaux, politiques, idéologiques ... Il faut construire une vision complexe, globale qui n'isole pas l'économique de l'humain, le culturel du technique, le matériel du spirituel, l'utile du beau ... une vision qui mette à nu la croyance en la rentabilité financière comme moteur du développement humain, une vision qui ne nous conduise pas à chercher de devenir millionnaires mais de devenir sages, que la poignée de main, le sourire d'un enfant, vaillent plus qu'une place sur la liste Forbes des grandes fortunes. Tout a à voir avec tout, pour lutter efficacement contre le virus Corona, nous devons le faire de manière globale, en combattant tous les virus / poisons qui nous rendent malades. 

Je m'arrête, je contemple quelques photos de l'année dernière, fête du réveillon 2019, enlacés, vautrés, entremêlés avec des bulles de champagne. Cela semble si lointain! Un mélange de tristesse et de nostalgie m'envahit. J'aimerais revenir à cette photo et je ne peux plus, douze mois sont devenus un passé lointain, le futur reste dans le brouillard. Entrez dans la résistance poétique, préparez la contre-attaque, déployez le présent, faites de chaque instant un bandonéon, irriguez les rues avec des rythmes lumineux, faites de chaque minute une illusion, peignez-la avec des couleurs vitales, des couleurs qui ouvrent des lumières dans les places, des ombres dans les bars pour bavarder au calme, faire de chaque jour un navire, explorer les frontières du désir, traverser des tropiques interdits les nuits de pleine lune ... Pour rebâtir les fondations, pour passer du "Mortal Model" au "Vital Model", au lieu de dollars et de béton il faudra utiliser poésie et humanité, le nouveau bâtiment n'aura ni tuiles ni murs, vers le ciel nous lèverons ailes et fenêtres, vols et transparences, abolition des cages, fraternité des oiseaux.

 

Ce n'est pas avec des ogives nucléaires que l'on pourra résister à l'Ere des Virus   Assassins, c'est avec poésie et amour, avec solidarité et fraternité, sans haine ni racisme, en comprenant que nous faisons partie de la nature, pas ses propriétaires, en comprenant quelque chose de très simple: tous nous serons sauvés, ou personne. Les habitants du futur savent que l'objectif de ces chroniques est de laisser un témoignage de cette époque troublée qu'il nous a fallu vivre, eux, avec distance, comprendront peut-être ce qui se passe. En général je m’abstiens de donner des conseils aux habitants du présent, la situation est critique, excusez l’audace.

 

J.M

Décembre 2020

 

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