TROIS RUSSES DETENTEURS DE CARTE DE PRESSE ASSASSINES PRES DE DAMARA

Trois journalistes Russes venus en Centrafrique enquêter sur un camp de mercenaires ont été sauvagement torturé et assassinés. Les auteurs de ces crimes seraient une dizaine de personnes enturbannés ne parlant que l'Arabe.

CENTRAFRIQUE :

TROIS RUSSES, DÉTENTEURS DE CARTES DE PRESSE,

ASSASSINES PRES DE DAMARA

 

ET SI C’ÉTAIT L’ŒUVRE DE CEUX QUE LA PRÉSENCE RUSSE EN CENTRAFRIQUE DÉRANGE ?

          La nouvelle de la disparition de trois journalistes russes est tombée le 31 juillet 2018. L’identité des assassins demeure, à ce jour, une énigme. Des témoins mettent en cause un groupe de « dix terroristes enturbannés », « ne parlant que l’arabe ». Faut-il voir derrière ces meurtres la main de l’État Islamique, en mauvaise posture en Syrie, décidé à faire payer aux Russes l’aide qu’ils apportent à Damas pour les anéantir ? Ou venu soutenir les ex-Sélékas, leurs frères confessionnels, que les soldats russes combattent aux côtés des FACAS ? L’intrusion des Russes n’est pas pour plaire aux ex-Sélékas, qui voient ainsi leur plan de conquête du pouvoir contrecarré. Les « enturbannés » que l’on soupçonne peuvent très bien appartenir à une faction sélékiste.

          Il faut aussi considérer tous ceux qui ne veulent pas voir l’expansionnisme russe prospérer au centre du continent africain. N’oublions pas que les Russes ont répondu à un appel au secours du président Touadera.

          Les trois journalistes sont peut-être les victimes de l’exaspération de la guerre froide est-ouest en terre centrafricaine. A l’arrivée des Russes à Bangui, les manifestations de mauvaise humeur n’ont pas manqué dans certains pays occidentaux. Nous avons même, à l’époque, manifesté ici notre crainte de voir la Centrafrique devenir un champ de bataille entre la Fédération de Russie et de l’Occident.

 

 

LES ENNEMIS DE LA PAIX EN CENTRAFRIQUE NE SE COMPTENT PLUS

          Tapis dans l’ombre, ils manipulent des Centrafricains égarés, pour saper toute initiative de paix. Le chaos est une aubaine pour eux. Ils font tout pour empêcher le surgissement de la paix en RCA. Ils ne prospèrent et ne peuvent pêcher qu’en eau trouble.

          Les provinces qui sont sous la botte des ex-Sélékas échappent totalement au pouvoir légitime. Les trafics y fleurissent au profit des seigneurs de guerre, privant ainsi l’État centrafricain d’importants revenus. Les mines d’or et de diamants sont devenues leur propriété. Ils obligent les exploitants artisanaux à travailler pour eux. Ensuite, ils écoulent les diamants avec la complicité de leurs mentors des pays frontaliers, en dehors du processus de Kimberley. Ils disposent là d’une source de revenus qui leur permet de s’armer massivement, alors que les Forces Nationales Centrafricaines sont devenues obsolètes.

          On peut donc supposer que l’exécution des trois journalistes russes puisse être l’œuvre de trafiquants et de malfrats internationaux.

 

LA SOCIÉTÉ WAGNER : UNE OFFICINE DE MERCENAIRES

          D’après les rumeurs, les trois journalistes étaient venus en Centrafrique enquêter sur la Société Wagner, une officine de mercenaires qui aurait un camp en RCA. Créée par Dimitri Outkine, un ancien  lieutenant-colonel du GRU (service de renseignement militaire), elle n’a pas été reconnue légalement par le gouvernement russe.

          Les mercenaires de Wagner interviennent en Syrie, en Crimée et au Soudan pour accomplir les sales besognes. Ces Kontraktniki (employés sous contrat) ont aidé, entre autres, le régime de Bachar Al-Assad à reprendre Palmyre. Sur le terrain, ils interviennent à la demande du gouvernement russe, mais souvent en parallèle avec l’armée de Poutine.

          Il n’est pas exclu que l’enquête des trois journalistes dérange considérablement ceux qui ourdissent des traquenards en Centrafrique. La nébuleuse de la barbouzerie internationale n’a pas forcément envie que l’on mette le nez dans les affaires obscures qu’elle mène à l’intérieur d’un pays devenu la proie des milices locales et des forces internationales.

          La République Centrafricaine, trop riche en diamants, or et pétrole, est une proie de prédilection pour la pègre internationale et les bandes armées manipulées par des mentors étrangers.

          Autant dire que le pays n’est pas près de retrouver sa souveraineté. Pour l’instant, les opinions attendent avec impatience que les assassins de nos confrères soient retrouvés et jugés.

                                                                                                                         JOSEPH AKOUISSONNE DE KITIKI

(6 août 2018)

 

 

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