MIGRANTS AFRICAINS: UNE TRAGEDIE

MIGRANTS AFRICAINS : UNE TRAGÉDIE Et les lions limèrent leurs griffes. Et les manguiers et les baobabs centenaires baissèrent leurs branches, versant des larmes d’impuissance devant le naufrage sans fin des fils et des filles de l’Afrique. L’errance interminable de ces naufragés de l’histoire, servie en boucle dans les journaux télévisés occidentaux, est une honte pour le monde entier. La Méditerranée est devenue la fosse commune des forces vives du continent noir, tandis que le rejet des Africains se manifeste un peu partout en occident. Rejet brutal. Souvent accompagné d’une sémantique raciste et xénophobe. Certains élus RÉPUBLICAINS n’hésitent pas à évoquer l’idée d’un « tri » parmi les migrants venus d’Afrique, pour débusquer ainsi les migrants économiques et les séparer des « vrais » réfugiés. Comme si ces êtres humains étaient de vulgaires marchandises. D’autres avec cynisme, suggèrent même de traiter avec indulgence les migrants blancs, européens, et de refouler ceux du continent noir… RESPONSABILITÉ COLLECTIVE La tragédie des migrants est l’échec d’une humanité prisonnière de ses égoïsmes. Après les conquêtes coloniales et la traite négrière, l’occident n’a pas cessé de considérer l’Afrique comme une réserve de matières premières. Le but était de créer de la richesse sur le vieux continent et en Amérique du Nord, au détriment des Africains. Si, pendant qu’ils occupaient le continent noir, les blancs s’étaient préoccupés de la croissance de l’Afrique, le sous-développement et les calamités de toutes sortes ne handicaperaient pas ainsi tout le continent, jetant les forces vives de l’Afrique sur les chemins de l’exil. Aujourd’hui, ceux qui ont dû fuir leur pays sont traqués dans les rues de Paris par des policiers nerveux et embarqués dans des cars pour des jungles aux abords des périphériques ou en banlieue. C’est une honte. RESPONSABILITÉ PARTICULIÈRE DES DIRIGEANTS AFRICAINS Elle est abyssale. Car c’est leur incapacité à bien gérer leurs états, leurs penchants pour des méthodes de gouvernement autoritaires, leur appétence pour les deniers de l’État, leur pratique d’une politique d’injustice sociale, leur mauvaise gouvernance qui ont plongé certains états du continent noir dans les profondeurs inextricables de l’instabilité. Impuissants, ils en sont réduits à regarder de loin, sans réagir, la descente aux enfers de leur jeunesse. Réunis en Afrique du Sud au sommet de l’Union Africaine le 14 juin 2015, ils ont montré, une fois encore, à la face du monde médusé, leur incapacité à venir à la rescousse de leur jeunesse en perdition. Ils n’ont rien trouvé de mieux à faire qu’à tenir un huis-clos honteux pour évoquer le problème des migrants africains naufragés. Cette façon de procéder constitue une véritable humiliation pour le continent noir. Alors que leur jeunesse, en quête de survie, se fracasse sur les frontières de l’Europe devenue moins altruiste, comment peuvent-ils réagir, les dirigeants africains, devant les images insupportables de leurs ressortissants brutalement rejetés par le vieux continent ? Ne voient-ils pas que, partout en Europe, on assiste à la montée répugnante de la xénophobie et du racisme ? La générosité d’un continent chrétien a cédé la place à un égoïsme suicidaire qui remplace, désormais, les préceptes des Saintes Écritures. SURSAUT VITAL Les dirigeants africains doivent cesser d’être des prédateurs pour leurs états. Ce sont leurs mauvaises gouvernances qui ont mené l’Afrique dans cette impasse inhumaine et qui vont compromettre pour longtemps son développement, malgré ses immenses potentialités. Le temps des déclarations lénifiantes est dépassé. Le temps des compromissions avec les étrangers, qui ne se précipitent en Afrique que pour la piller, doit être révolu. Tant que l’injustice sociale et les basses manœuvres pour se maintenir au pouvoir persisteront, tant que de nouvelles règles de coopération avec l’Occident ne seront pas instituées dans l’intérêt du peuple, la jeunesse africaine continuera à fuir sa terre. A contre-cœur. Il faut instaurer partout en Afrique une gouvernance pour le peuple et son épanouissement. Il faut d’urgence revenir au panafricanisme de Barthélémy Boganda, de Kwame Nkrumah et de Thomas Sankara, pour qu’une nouvelle Afrique surgisse des cendres. La patience du peuple a des limites. Tant que les dirigeants du continent noir ne se draperont pas dans un ‘Boubou’ de fierté pour arrêter la déliquescence de l’Afrique, il est à craindre que des « printemps africains » sans concessions surgissent un peu partout sur le continent. A. DE KITIKI (22 juin 2015)

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