Mali : l'opinion publique ne pense pas ce que vous croyez !

Le Mali dispose de nombreuses enquêtes d'opinion depuis le début du XXIème siècle et surtout depuis 2012. Il est possible d'en tirer beaucoup plus que ce qu'on lit dans les rapports qui en rendent compte. Une première analyse révèle en effet de belles surprises, concernant par exemple la sécurité, le fonctionnement de la démocratie élective, les priorités de l'action gouvernementale.

Au Mali, l'opinion publique est scrutée avec une attention soutenue depuis le début du XXIème siècle et surtout depuis 2012.  C'est d'abord Afrobaromètre qui a réalisé plusieurs enquêtes et livré une bonne douzaine de publications, donnant des indications sur les perceptions populaires des élections, de l'action publique et de la démocratie pour les années 2001, 2002, 2004, 2012, 2013, 2014 et 2017.[1] De son côté, la Fondation Friedrich Ebert a mené à bien les enquêtes Malimètre, qui, lancées en 2012, en sont aujourd'hui à leur 10ème édition[2]. Enfin l'INSTAT a pris en charge depuis 2014 le module Gouvernance-Paix-Sécurité (GPS)[3] en le greffant sur son Enquête Modulaire et Permanente auprès des Ménages (EMOP)[4], une enquête annuelle. A ces efforts de longue haleine on pourrait ajouter les enquêtes organisées par exemple lors des campagnes électorales, en particulier par AfrikPoll[5], et GISSE[6], ou encore les enquêtes sur les besoins des Maliens en matière de justice, réalisées par DemeSo[7] avec le soutien de HiiL[8].

Ces enquêtes posent des problèmes méthodologiques complexes, qui ont fait récemment l'objet d'un séminaire organisé à Bamako par l'INSTAT et l'IRD[9] :  problèmes d'ordre statistique et d'ordre communicationnel notamment. Un seul exemple de problème statistique : comment interpréter les résultats d'une enquête qui porte sur les seules capitales régionales, dont la population est plus éduquée, mieux informée, plus dense (ce qui est important pour les échanges de toutes natures) et dispose d'équipements collectifs nettement supérieurs, lorsqu'on la compare aux habitants des zones rurales, bien plus nombreux ? Un exemple de problème communicationnel : comment recueillir des opinions sur la décentralisation, lorsqu'on se souvient des difficultés qu'il y a eu à traduire cette notion[10] lors de la grande réforme de l'ère Konare en 1993 ?

Dans ce qui suit, on n'exploitera donc pas toutes les enquêtes ni toutes les questions qu'elles abordent : tout au contraire, on se concentrera sur les trois dispositifs les plus importants, les premiers cités ci-dessus, et sur quelques-uns de leurs résultats, ceux qui paraissent les moins susceptibles d'erreurs d'interprétation chez les enquêtés ou chez les enquêteurs. C'est ainsi qu'on examinera les réponses aux questions qui portent sur les menaces auxquelles les répondants se sentent exposés, sur la définition qu'ils donnent de la notion d'insécurité et sur les priorités qu'ils voudraient voir adoptées par les pouvoirs publics.

La sécurité n'est pas ce que vous croyez

Pour l'observateur extérieur, le résultat le plus frappant est sans aucun doute celui qui concerne la sécurité. Ainsi, dans l'enquête GPS, la question "Est-ce que les menaces suivantes vous inquiètent actuellement dans votre vie quotidienne ?", celle qui vient au premier rang est la menace de pauvreté, exprimée par plus de 80% des répondants, plus de 50% disant qu'elle les inquiète "beaucoup" et environ 30 % qu'elle les inquiète "assez" (GPS2014 p. 25)[11]. Viennent ensuite les menaces de faim (75%) et de chômage (70%), puis la santé, et ensuite seulement la menace de conflit armé ou de guerre et la menace de terrorisme. L'une et l'autre de ces dernières sont citées par à peine plus de 50 % des répondants, c'est-à-dire au même niveau que les risques de mort ou blessures qui pourraient provenir d'une catastrophe naturelle. Le pays est en guerre, mais l'opinion publique se sent plutôt menacée par la pauvreté ou la faim.

Principales menaces ressenties et leur intensité (en % des réponses)

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Des résultats non encore publiés portant sur les années postérieures, jusqu'à 2018, ont été présentés au séminaire INSTAT-IRD : ils confirment que, même pendant ces années récentes, au cours desquelles la situation sécuritaire s'est beaucoup dégradée, les menaces de pauvreté, faim et chômage inquiètent plus l'opinion publique malienne que le terrorisme, les conflits armés ou la guerre, ou encore les violences entre communautés. La différence entre la conception de la sécurité qu'exprime la population et celle qui détermine l'action de l'Etat et de ses nombreux partenaires extérieurs est donc flagrante.

 

Des enseignements similaires se dégagent de plusieurs questions posées dans les enquêtes Malimètre. Considérons par exemple la question "Pour vous que signifie la sécurité ?"[12] En réponse, et selon la ville considérée, 45 à 79 % des enquêtés choisissent "vivre sans se sentir physiquement menacé", mais des proportions importantes choisissent aussi "pouvoir manger à sa faim", "être en bonne santé et pouvoir se soigner", "vivre dans un milieu sain", alors que la réponse "avoir du travail et des revenus garantis" ne vient que bien plus loin (5 à 23 %).

Source : d'après Malimètre, 18-25 juin 2015, p. 136-138 Source : d'après Malimètre, 18-25 juin 2015, p. 136-138

 

 

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Source : d'après Malimètre, 18-25 juin 2015, p. 136-138

Si tous les échantillons régionaux donnent une importance à la possibilité de vivre sans se sentir physiquement menacé, certains se distinguent : Tombouctou fait une large place à l'état de santé et à la possibilité de se soigner, comme aussi à la liberté (d'association, de mouvement, etc…), alors que Sikasso insiste sur la salubrité du milieu, et Kayes sur la paix et la bonne entente avec les autres. On retrouve peut-être ici les différences avérées entre une cité de haute et ancienne culture, une cité assez récemment sensibilisée par des campagnes de santé publique organisées à l'initiative de la société de développement du coton, et une cité plus isolée des terrains des affrontements et des débats que ces derniers provoquent.

Mais, à vrai dire, cette conception élargie de la sécurité est fort compréhensible et révélatrice. Compréhensible car elle met l'accent sur certaines spécificités du contexte : manger à sa faim reste un problème, avoir du travail et des revenus garantis reste un rêve. Evidemment, l'ordre dans lequel les options ont été présentées aux enquêtés[13] peut avoir donné un certain avantage aux dimensions de niveau de vie, puisque ce sont les premières réponses proposées par l'enquêteur. Par ailleurs toutes les dimensions évoquées –sauf celle qui concerne le travail et le revenu garanti– procurent des satisfactions évidentes, alors que le travail est pénible, et que, par le revenu, il n'est qu'un moyen de réaliser d'autres objectifs, d'atteindre telle ou telle satisfaction. Révélatrices aussi d'une certaine conception de la responsabilité individuelle : la sécurité, c'est pouvoir manger, être en bonne santé, etc, ce n'est pas être (ou pouvoir se mettre) dans les conditions –un travail, un revenu– qui permettraient d'atteindre ces objectifs par soi-même. La sécurité est désirée, les moyens de l'établir sont du domaine des autres, de la société, de la chance, de l'Etat, de la volonté divine… On retrouvera plus loin cette idée que les moyens d'atteindre un objectif n'engagent pas ceux qui le formulent à entreprendre les actions nécessaires. En outre le seul secteur réputé pour offrir des revenus garantis, c'est l'administration, dont on attend la résolution de tous les problèmes.[14]

La satisfaction des besoins élémentaires apparait aussi dans les réponses à de nombreuses autres questions. Par exemple, si on demande "Sur quoi doit porter la réconciliation ?", l'immense majorité des répondants accepte l'option "se pardonner", mais une très forte minorité choisit aussi "dédommager les victimes" (sauf à Kayes, où les dommages directs ont sans doute été négligeables, et qui se montre plus sensible à la recherche de la vérité sur les exactions)[15]. La question suivante emploie d'ailleurs le même mot dans un contexte bien différent :"Quelles sont les actions que l'Etat devra prioritairement réaliser pour se réconcilier avec la population ?" comme si la réconciliation présentait les mêmes difficultés et exigeait les mêmes moyens lorsqu'il s'agit des rapports des groupes sociaux entre eux ou bien des rapports de l'Etat avec la population. Toujours est-il qu'ici, si la réponse "assurer la sécurité des personnes et de leurs biens" obtient dans toutes les capitales régionales un score élevé, comme d'ailleurs "dialoguer avec les citoyens", la réponse "rendre effectif l'accès des populations aux services sociaux de base (santé, éducation, eau potable, etc.)" est, elle aussi, l'une des plus fréquemment choisies. A l'inverse, les réponses relatives à la justice ou à la transparence de la gestion des affaires publiques viennent clairement plus loin dans le classement[16]. Ici, c'est clairement la conception traditionnelle du pouvoir comme force brutale dominant la société qui s'exprime : justice, Etat de droit, transparence, contrôle … tout cela est étranger.

Evidemment, ce sens élargi de la sécurité n'est pas celui auquel s'attachent les intervenants extérieurs et les autorités nationales, pour qui elle est absence d'attentats, de mines artisanales, d'attaques contre des villages, sur les marchés ou les axes de communication, absence d'assassinats ciblés, de vols de troupeaux, etc. bref pour qui la sécurité n'est mise en cause que par les terroristes et autres bandits armés.

Voilà donc une première divergence entre l'opinion publique et les conceptions qui président aux engagements des partenaires extérieurs et aux discours officiels.

 

Les priorités que l'opinion  assigne au pouvoir ne sont pas ce que vous croyez

Sans grande surprise, la satisfaction des besoins élémentaires est donc une des priorités que l'opinion publique assigne à l'action  du gouvernement. En réponse à la question : Quelles devraient être pour vous les priorités du gouvernement ? la lutte contre l'insécurité, mais aussi contre le chômage, contre la pauvreté, contre l'insécurité alimentaire sont prioritaires, et le sont bien plus que la qualité de l'éducation, ou que la lutte contre la corruption, les injustices, l'impunité, et même que l'amélioration de la santé[17]. Ce que nous avons appelé conception élargie de la sécurité est confirmé, et les investissements d'avenir (éducation, santé…) ou dans la gouvernance (corruption, justice, impunité..) –autrement dit les aspects prospectifs et éminemment politiques de toute stratégie– sont beaucoup moins bien classés. Le gouvernement et ses partenaires insistent sur l'accès aux services sociaux de base (éducation, santé…) et sur la bonne gouvernance (lutte contre la corruption, réforme de la justice, etc) alors que les citoyens ont le nez sur leurs propres affaires, sur la satisfaction immédiate de leurs besoins élémentaires. Aucun ne se préoccupe de la situation du village, a fortiori de la région, a fortiori du pays.

Naturellement, il y a des différences entre les capitales régionales. Ainsi, par exemple, en réponse à la question "Quelles devraient être les actions prioritaires du Ministère de la réconciliation nationale ?" apparaissent des profils régionaux spécifiques, qu'on peut  représenter comme ci-dessous.

 

Données : Malimètre 4,  16 - 25 septembre 2013, p. 52-55 Données : Malimètre 4, 16 - 25 septembre 2013, p. 52-55
 


                               

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                                    Données : Malimètre 4,  16 - 25 septembre 2013, p. 52-55                      

 

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Les deux graphiques répondent simplement à un souci de lisibilité. On remarque immédiatement sur le premier d'entre eux :

 

  • le cas de Bamako, où les répondants sont relativement peu nombreux à adhérer aux réponses qui leur sont proposées ; il est difficile de ne pas relier cette situation au fait que Bamako a été le site principal des grèves exceptionnellement longues des magistrats, des personnels de santé et des enseignants dans les deux dernières années ; la scène politique y est donc occupée par des revendications matérielles catégorielles, soutenues par des moyens (grève dure et de longue durée, service public paralysé…) dont la population souffre ; en conséquence, comme les fonctionnaires –qui sont incontestablement privilégiés, par rapport à l'immense majorité de la population, dans la société malienne– lui en montrent l'exemple, la population dans son ensemble se détourne de toute réflexion sur la situation générale du pays, et se contente d'exploiter les opportunités que lui offre la situation pour améliorer si peu que ce soit son ordinaire ;
  • le régions de Kayes et de Koulikoro ont une évaluation comparativement beaucoup plus politique, en mettant en avant le dialogue et le recours à une "conférence nationale" (le terme n'a pas été défini plus précisément, mais il évoque au moins le souvenir glorieux d'août 1991), à la réconciliation entre les militaires, sans oublier pourtant une priorité économique, la formulation de nouveaux projets de développement et leur coordination (les projets financés par l'extérieur sont donc considérés comme la seule opportunité, l'idée de mobiliser les ressources régionales ou nationales est absente) ;

 

Sur le second graphique, on remarque que :

 

  • les régions de Gao et Tombouctou ont un profil un peu similaire à celui de Sikasso, sauf en ce qui concerne la réconciliation entre les militaires.;

 

  • ces profils des régions du Nord se distinguent clairement de celui de Ségou, le plus proche de celui de Bamako, bien qu'il fasse beaucoup plus confiance que la capitale à la conférence nationale : l'identification et l'indemnisation des victimes y ont une claire priorité, avec la formulation et la coordination de nouveaux projets de développement .

                                                                   

Devant ces caractéristiques régionales, on devrait immédiatement se demander si la proximité du terrain des affrontements et l'expérience de l'occupation par des troupes étrangères ne conduit pas les régions du Nord à minimiser l'impact sur leur sort des dissensions entre militaires maliens et à valoriser d'autres actions prioritaires de réconciliation : il faudrait trouver des indicateurs de ces éléments. Mais il resterait aussi à comprendre le cas de Sikasso qui ne peut pas relever de la même explication.

 

Pour résumer ce qui frappe le lecteur des réponses à ces diverses questions, c'est le regard centré sur la situation personnelle, dans les dimensions premières du bien-être matériel élémentaire et immédiat, bien loin de l'attachement à des valeurs que véhiculerait la démocratie, ou à un projet national partagé pour lequel chacun se mobiliserait : tout le contraire de ce qu'on pouvait attendre de la population d'un pays dont le tournant démocratique a été chaleureusement célébré dans les milieux internationaux pendant trois décennies.

 

L'opinion publique a oublié l'expérience démocratique

 

Ce regard centré sur le cas personnel, ou familial, plutôt que sur la situation sociale ou politique nationale, est cohérent avec divers traits déjà relevés par divers observateurs : le faible intérêt des citoyens pour la politique, la confiance incapable de déborder du cadre de la famille, mais aussi avec une conception de toutes les institutions sur le modèle de la famille[18] : un ensemble de traits qui signalent l'absence dans les esprits de toute notion d'intérêt général.

 

En effet; un tiers des répondants admettent qu'ils n'ont aucun intérêt pour la politique et 9% seulement se déclarent tout-à-fait intéressés (GPS2014 p. 22, mais nettement moins l'année suivante, 3%, GPS2015 p. 9)[19]. Par ailleurs, les enquêtes révèlent qu'il est même difficile de parler de politique dans le cercle familial ou dans les grins[20], ces cercles d'amis qui se fréquentent assidument, chez l'un d'entre eux, autour d'un verre de thé. Il est si difficile de parler de politique que, en-dehors du cadre familial, à une question aussi simple que celle que pose l'enquête GPS "avez-vous voté à la dernière élection présidentielle (celle de 2008) ?" 80 % des enquêtés répondent par l'affirmative (GPS2014 p. 21), alors que, comme le reconnaît le commentaire de ce résultat, le taux de participation n'a été que de 49 % : à une question aussi peu compromettante aux yeux d'un démocrate convaincu, les citoyens maliens donnent une réponse socialement correcte (on ne sait pas à qui on parle, on fournit la réponse qui lui renvoie l'image d'un bon citoyen[21]). On est loin d'un grand élan populaire en faveur de la prise de décision, de la fierté et de la responsabilité de décider, d'un "retour du pouvoir à la maison", d'une revendication unanime de pouvoir citoyen !

 

Ce regard introverti et peut-être même apeuré est également cohérent avec le fait, tout de même très inattendu dans un pays où les relations sociales sont cultivées d'une façon exceptionnelle aux yeux des visiteurs, que les relations de confiance sont bornées par les limites de la famille, à la rigueur du voisinage. A la question "quel degré de confiance avez-vous en une personne de votre famille ?", plus de 60% des enquêtés répondent "complètement", mais la proportion diminue de moitié s'il s'agit de voisins, et tombe à 20 % lorsqu'on parle de personnes d'une autre ethnie, ou d'une autre langue ou d'une autre religion (GPS2014 p. 29). Ce ne sont pourtant pas ces différences de langue ou d'ethnie, ni même de religion, qui sont citées comme l'origine des tensions ou conflits qui se manifestent dans les localités[22]. La méfiance assez générale ne se transmue pas immédiatement en hostilité. Bref, la sociabilité qui frappe les visiteurs est donc beaucoup plus superficielle qu'on se plait à le croire, notamment lorsqu'on est bailleur ou bienfaiteur.

 

L'une et l'autre de ces caractéristiques de l'opinion publique sont compatibles avec ce qu'on peut savoir de l'entrée dans la vie politique : le rôle déterminant de l'initiative d'un parent, à la rigueur d'un voisin[23]. L'héritage des années de dictature, qui impliquait une extrême prudence de la part des militants et une confiance absolue entre membres des réseaux actifs, d'ailleurs scindés en de nombreuses unités indépendantes dans un souci de sécurité de l'organisation et de protection de ses membres actifs, et la ruine du système éducatif --devenu école de socialisation à la corruption alors qu'on devait attendre un épanouissement des esprits et leur ouverture au monde des valeurs--, sont évidemment ici en cause, et il faudrait d'immenses efforts pour surmonter aujourd'hui le terrible handicap social qui en résulte.

 

Sur ce rôle spécifique de la ruine du système éducatif, il est possible d'être plus précis, grâce à l'enquête Afrobaromètre de 2017 (A-ODD)[24] qui contenait une question ainsi formulée : "A votre avis, quels sont les problèmes les plus importants auxquels le pays fait face et auxquels le gouvernement devrait s'attaquer? (jusqu'à trois réponses par répondant)". Non seulement les problèmes les plus importants sont, et de loin, l'insécurité alimentaire, la famine, la santé, l'accès à l'eau, beaucoup plus que l'instabilité politique ou les confits ethniques, l'insécurité ou la criminalité, etc. –ce qui ne fait que confirmer les autres enquêtes déjà citées[25] –, mais surtout ces priorités dépendent du niveau d'éducation : ainsi des questions telles que les crimes et l'insécurité n'apparaissent dans les problèmes essentiels (premier ou second rang) qu'aux yeux de ceux qui ont un niveau d'éducation secondaire ou supérieur. De même l'éducation n'apparait comme un problème essentiel que chez les répondants qui ont un niveau d'éducation supérieur (A-ODD p. 7). Et, plus largement, le rapport signale que "la préoccupation des questions de gouvernance augmente avec le niveau d'éducation, de 43 % chez les analphabètes à plus de 60 % au niveau secondaire et plus" (A-ODD, p. 9-10). Evidemment, on voudrait en savoir un peu plus sur ce qui a été codé ici sous le terme de gouvernance. Mais, pour résumer, il est clair que l'école fondamentale ne donne aucune éducation civique, aucune compréhension du monde dans lequel vivent les adolescents : or pour l'immense majorité d'entre eux, ce sera pourtant le seul bagage pour la vie. Et en conséquence, l'immense majorité de la population vit repliée sur elle-même, mal informée ou pas informée du tout du monde dans lequel elle vit, dépendante d'un imam et d'un commandant pour savoir comment se comporter. Quelle démocratie peut prospérer dans ce contexte ?

Que l'expérience de la démocratie ait été oubliée (ou qu'elle n'ait jamais été véritablement vécue ?) apparait déjà dans les réponses à certaines questions de l'enquête Afrobaromètre réalisée fin 2013-début 2014 auprès de 2400 personnes (une taille d'échantillon double de l'habituelle) sur les opinions concernant la démocratie comparée aux autres régimes politiques, thème bien choisi au sortir de la crise et de l'élection d'un nouveau président (A-DEM)[26]. L'auteur de l'analyse montre que le retour à la démocratie –après l'épisode putschiste du capitaine Sanogo– est fragile, parce que les opinions émises par les répondants ne sont pas clairement soutenues par leurs réponses aux questions portant sur leurs actes. Ainsi deux tiers des répondants déclarent leur soutien à la démocratie tout en restant "attachés aux vestiges de régimes autocratiques" (A-DEM, p. 7). Tous ceux qui déclarent leur préférence pour la démocratie ne rejettent pas pour autant les régimes de parti unique, la dictature ou le régime militaire : au contraire, cette dernière position, la seule qui soit cohérente, n'est le fait que d'un peu moins de 4 répondants sur 10, et c'est là, surprise tout de même, une proportion plus faible que dans les autres Etats africains où la même enquête a été conduite (A-DEM p. 6-7). C'est d'ailleurs dans les régions qui ont connu l'occupation par les groupes armés que cette proportion est la plus forte. "L'expérience combinée de la rébellion et du régime militaire semble donc avoir relancé l'enthousiasme pour et le soutien à la démocratie, en particulier parmi les principaux groupes victimes au Mali" (A-DEM, p. 4). Fallait-il donc une épreuve aussi terrible pour redonner quelques couleurs a ce qui a été le grand rêve de la dernière décennie du XXème siècle ?

Ces résultats doivent toutefois être mis dans leur contexte. Le Mali indépendant a hérité d'une longue histoire de pouvoirs forts, faisant sentir leur force –fanga-- par les armes et sans retenue : les ton djon sont encore chantés. La colonisation française a exercé sa domination de la même façon, le régime de Modibo Keita y est rapidement venu, lui aussi, obsédé qu'il était devenu par l'hostilité de son environnement intérieur et extérieur à son option socialiste, et celui de Moussa Traore,[27] despote inculte et brutal, s'y est à nouveau adonné sans retenue. Ces pouvoirs totalitaires ont laissé de très profondes traces dans la mémoire collective et dans son imaginaire. Et par ailleurs l'expérience démocratique n'a duré que quelques courtes années : lancée en 1992 elle n'a plus été entretenue dès que Amadou Toumani Toure a été au pouvoir[28]. Mais tout de même, on ne peut que s'étonner : l'opinion publique a-t-elle la mémoire si courte qu'elle ne se souvienne pas de ce qu'était l'ambition des années 1990 ? Il eut sans doute fallu que la conscience politique des jeunes générations soit éveillée et formée, ce que l'enseignement s'est bien gardé de faire : seuls les plus éduqués, on l'a vu, sont capables de penser démocratie, gouvernance, destin national ; le pays est en guerre, mais les jeunes aujourd'hui même demandent une route, une desserte ferroviaire et une desserte aérienne, et tout de suite s'il vous plaît ![29]

Cette même enquête est également très intéressante par le fait qu'elle montre le légalisme foncier des enquêtés : 91% d'entre eux estiment en 2013 qu'on doit respecter les lois édictées par le pouvoir en place même si on n'a pas voté pour lui (A-DEM p. 14) : un légalisme qui n'a pas été affecté par la crise puisque cette proportion était déjà de 88% en 2012. Il est difficile de ne pas voir dans ce légalisme l'influence de l'islam, qui prône l'obéissance au pouvoir en place quel qu'il soit[30]. Cette observance est même aveugle, puisque les opinions favorables à un contrôle du gouvernement par le Parlement sont minoritaires (seuls 30 à 45 % des enquêtés le souhaitent) ; le contrôle par les tribunaux, ou localement le contrôle des élus communaux ou des députés ont eux aussi très peu de succès. Il apparait donc clairement que le légalisme équivaut à une délégation totale, à un abandon de leurs responsabilités de la part des citoyens au profit des tenants du pouvoir à tous les niveaux de la pyramide des institutions. En effet, "une minorité significative des Maliens, surtout dans le sud, est assez tolérante à un leadership fort, « qui n'a de comptes à rendre à personne » (pas redevable)." (A-DEM p.14). En grossissant à peine le trait, on pourrait dire que la cérémonie nationale de l'élection présidentielle suffit à satisfaire les ambitions démocratiques des enquêtés, puisqu'elle permet d'attribuer le pouvoir –pratiquement tout le pouvoir– au chef élu et aux agents dont il s'entoure : les électeurs sont déchargés de toute responsabilité, et c'est ce qu'ils souhaitent !.

S'il faut résumer ce qui reste de l'expérience démocratique lancée en 1992, on doit donc dire que c'est seulement sa caricature : l'élection du président de la République au suffrage universel, au terme d'une campagne électorale coûteuse, sans programmes électoraux précis, où l'opinion publique choisira le plus beau parleur, ou celui pour qui les agences de communication auront forgé les slogans les plus efficaces. Caricature, puisque cette démocratie n'est pas l'exercice du pouvoir par le peuple, c'est la délégation de tout le pouvoir à qui veut s'en emparer, et qui l'exercera sans contrôle d'aucune sorte, comme le faisait le despote de l'ère antérieure à la colonisation[31]. La responsabilité du personnel politique est ici pleine et entière : celle d'ATT, qui a préféré régler les problèmes au "petit soir" dans son salon plutôt que de poursuivre d'effort d'éducation à la démocratie par la pratique et à tous les niveaux de la pyramide administrative, effort tout juste entrepris en 1992 ; celle des leaders de partis qui ne se battent pas pour des idées sur l'amélioration du vivre-ensemble mais pour des postes ministériels et des prébendes, et qui sont capables detoutes les turpitudes pour parvenir à leurs fins ; celle des élus locaux qui s'installent dans les postures et dans les travers des anciens chefs de canton et des récents préfets, tous notables méprisant le peuple et habiles à l'exploiter sans vergogne.

C'est encore dans les résultats des enquêtes d'opinion qu'on trouvera l'explication à cette situation surprenante.

L'opinion publique est inconséquente

Il est assez évident que l'opinion publique reflète en grande partie les situations effectivement vécues par le grand nombre. On en a déjà vu un exemple à propos de la conception "élargie" de la sécurité, celle qui ressort des réponses aux questions sur les menaces auxquelles les Maliens sont sensibles. Mais il y en a beaucoup d'autres : on ne sera pas surpris, par exemple, que ceux qui ont vécu l'occupation djihadiste ou qui ont été affectés personnellement par la crise aient sur la réconciliation des opinions différentes de ceux qui étaient loin du théâtre des opérations (M6 p. 160-161).

Cependant, il ne faut pas conclure trop rapidement que les opinions ne font que refléter les circonstances vécues. D'une part à cause de la rumeur, d'autre part à cause des imaginaires profondément ancrés dans les esprits par la culture et les médias.

En réalité, ce qu'on saisit dans ce genre d'enquête, ce ne sont pas les rumeurs qui se développent spontanément dans l'opinion, ce sont plutôt les informations qui sont amplifiées par les médias, innocemment ou à dessein, pour influer sur l'opinion. Parmi les thèmes de choix, les discriminations ou la corruption. Ainsi, il apparait que 3,9 % des répondants estiment qu'il existe des discriminations fondées sur la langue ou le dialecte, a lors que 0,3 % des répondants seulement admettent en avoir été personnellement victimes, soit douze fois moins : autrement dit onze sur douze de ceux qui en ont signalé l'existence n'en ont pas fait l'expérience eux-mêmes. Sur quoi repose leur opinion ? De même, à propos de la corruption des forces de l'ordre : alors que la moitié des femmes la signalent, 1,6 % seulement d'entre elles en ont été personnellement victimes, soit 30 fois moins (GPS2014 p. 33). Ces thèmes ont été popularisés, ils ont une connotation morale, et l'opinion ne fait que reprendre les "éléments de langage" des communicants.

C'est encore un autre phénomène que révèlent les questions sur les hauts responsables de l'Etat et ses institutions majeures. En effet, quelle signification exacte peut-on accorder aux réponses à la question "faites-vous confiance à l'armée, au Président, au Premier Ministre, au Parlement ?". Le score de l'armée est remarquable, puisque le solde d'opinions[32] est supérieur à 60 % en 2014 et atteint 70 % en 2015 (GPS2015 p. 6), alors que l'armée malienne subit depuis 2012 échecs massifs et débandades pitoyables[33]. Mais que peut dire de l'armée de son pays un bon citoyen qui veut être reconnu comme tel lorsqu'il parle à un enquêteur qu'il ne connait pas ? Et plus profondément, quelle image de l'armée de son pays occupe son esprit au point de lui interdire de considérer objectivement les faits, les performances ?

Les réponses concernant le Président et le Premier Ministre nous mettent sur la voie de cette interprétation : ces personnalités représentent le pouvoir, la force, fanga, qu'on révère envers et contre toute évidence, pour avoir vécu dans des régimes autoritaires et pour avoir été bercé de récits historiques glorifiant le pouvoir de la force ; et l'armée est le bras supposé capable de frapper au nom de ces pouvoirs. L'opinion n'évalue pas les performances objectives des institutions considérées, elle exprime l'image inconsciente qu'elle en a.[34] et qu'une certaine culture propage au nom de la tradition, contre les travers de la modernité, en lieu et place d'une culture de la responsabilité personnelle et collective.

Ces caractéristiques de l'opinion publique sont évidemment liées aux caractéristiques de l'information : la place essentielle du bouche à oreille, des grins, des longues conversations à bâtons rompus, le rôle des réseaux sociaux, des radios locales, et la place minuscule de la presse écrite,  , où la rigueur importe peu et où les analyses approfondies n'ont aucune place, alors que la lecture est la meilleure vois d'accès à la réflexion personnelle ; ne parlons ni de la radio ni de la télévision, qui cherchent avant tout à distraire leur public et à le détourner de toute pensée personnelle qui pourrait risquer d'être critique. La conséquence de cet état de fait est que la réflexion sur les évènements politiques, leur réalité et leur signification, exige, même dans un contexte aussi mobilisateur que celui de la crise de 2012, un long travail pour de très modestes progrès, comme l'a montré une étude de cas passionnante menée par Mahamadou Diawara. Il a observé, en 2012-2013 ce qui se disait dans son grin à propos des évènements. Sur cette base il montre à la fois qu'une forme d'esprit critique apparait progressivement dans les discussions du groupe à propos des nouvelles rapportées par les uns et par les autres, mais que les progrès dans cette voie sont extrêmement lents ; et que cet effort est d'une extrême fragilité, parce que les citoyens ne sont pas exercés à penser par eux-mêmes[35]. La rumeur et les "éléments de langage" des politiques ou des acteurs étrangers ont plus de crédit que la réflexion personnelle ou l'avis d'expert. Et si un coup d'Etat se produit, on l'imputera à une malédiction divine infligée aux responsables de l'ancien régime.[35]

La distorsion entre l'opinion et les faits se manifeste ainsi lorsqu'on constate que, entre 2014 et 2015, les indicateurs objectifs de la situation sécuritaire se sont améliorés alors que, d'après les enquêtes, le sentiment de peur augmente (GPS2015 p. 2). Ici comme ailleurs, l'opinion est modelée par tous les canaux d'information, et à la mesure des moyens dont ils disposent. Et la faillite complète du système d'enseignement, tous ordres confondus, après trente ans de dictature avec son parti unique, ses purges, ses complots, ses mouroirs dans le grand Nord[36], suivi de près de trente ans de gestion syndicale à courte vue –soutenue par les financements de la Banque Mondiale– de tous les ordres d'enseignement, joue pleinement son rôle : ne subsiste que la copie et la répétition orale de ce qui a été appris oralement, sans aucune formation à la pensée personnelle, à l'esprit critique et à l'imagination, à la rigueur de la pensée et à la discipline de l'écriture. L'enseignement, du fondamental au supérieur, est devenu un vaste système d'assistance sociale[37], et rien d'autre puisque tous les indicateurs des compétences acquises par les élèves et étudiants sont lamentables.[38]

 

Un autre résultat frappera tous les observateurs qui suivent l'évolution de la situation sécuritaire et socio-politique du Mali : l'optimisme dont font preuve les enquêtés. Il apparait notamment lorsqu'on leur demande, en 2014, si la situation a empiré ou bien s'est améliorée au cours des douze derniers mois : 60% des répondants estiment que les risques de conflit ont diminué ; et une proportion au moins égale estime que l'amélioration va se poursuivre dans les douze mois suivants (GPS2014 p. 31). Pourtant, l'opinion va rapidement changer, surtout dans les régions du centre. Dans les régions du Nord, alors qu'environ 65% des répondants se déclaraient inquiets face à la violence criminelle en 2005, cette proportion passe à 80 % en 2017 et revient à 70 % en 2018. Dans les régions du Centre, on passe de seulement 30 % environ en 2014 à 70 % en 2017 et 65 % en 2018. Et il est remarquable que, dans les régions du Sud elles aussi, 60 à 65 % des répondants se déclarent inquiets face à cette violence. (PolicyBrief p. 3)[39].

 

Mais il faut bien admettre que les variations constatées dans les régions du Nord et du Centre ne sont pas corroborées par une évolution dans le même sens de la proportion des répondants qui ont été personnellement victimes de ces formes de violence, puisque cette proportion passe de 8% en 2014 à 4% en 2016 et 3% en 2018 (PolicyBrief p. 4). Malheureusement, la première analyse des résultats des années 2016 à 2018 est beaucoup trop sommaire pour permettre une interprétation plus fine (une analyse plus approfondie a été présentée au cours du séminaire et sera prochainement publiée).

 

Faut-il encore s'étonner qu'une opinion aussi fragile, aussi influençable, ne parvienne pas à ordonner ses priorités ? Mais voilà : alors que la corruption est considérée comme élevée ou très élevée par 9 sur 10 des enquêtés en 2018[40] et que la justice est classée au premier rang des secteurs affectés par la corruption[41], les mêmes personnes, interrogées sur les priorités de l'action publique –qu'il  s'agisse de celles du gouvernement ou de celles des régions–, classent aux premiers rangs d'autres actions : lutte contre le chômage, garantie de la sécurité alimentaire, lutte contre la cherté de la vie, lutte contre l’insécurité (à Tombouctou et Gao), et plus rarement amélioration de l’éducation, amélioration de la santé.

Au total, sur 33 trois premières priorités exprimées (3 pour chacun des onze échantillons), la lutte contre l'injustice (qui est plus large que la lutte contre la corruption de la justice) n'est citée qu'une fois. Le jugement que l'opinion publique exprime à propos de la corruption, et notamment de la corruption de la justice, sera d'ailleurs superbement ignoré en 2017-2019 lorsque la magistrature se mettra en grève[42] pour obtenir des aménagements de son stratut, des augmentations de ses rémunérations et un renforcement de la protection dont elle bénéficie : personne –ni du côté du gouvernement, ni du côté des syndicats, des partis politiques ou de la société civile– n'évoquera les rémunérations illicites nées de la corruption. Par suite, c'est le corps considéré par l'opinion comme le plus corrompu qui recevra le premier des augmentations significatives de ses rémunérations[43] et des avantages liés à ses fonctions.

Cette incapacité à ordonner ses priorités, c'est-à-dire à articuler une stratégie, affecte les dirigeants politiques eux-mêmes, comme le montre ce qu'ils présentent comme programmes politiques. L'exemple du Mali pourra donc faire penser que la démocratie ne peut survivre que dans une société qui la cultive avec soin et qui soigne aussi ses racines dans l'éducation, dans la justice, dans la gouvernance, dans la responsabilité individuelle et collective. Devrait-on résumer en disant que les priorités de l'opinion publique du Mali ne sont pas celles d'une nation, ce que pouvait laisser entendre par exemple le slogan "le Mali d'abord"[44], mais celles d'une population qui revendique sa pauvreté pour demander seulement à "manger d'abord", et aux deux sens de l'expression[45] ?

 

Conclusion

 

Il est temps de signaler que certaines questions introduites dans les enquêtes d'opinion n'intéressent que les bailleurs étrangers et n'ont de sens que pour un pourcentage infinitésimal de la population malienne. Un premier exemple : la question "dans ce pays, les droits de l'homme sont-ils respectés ?" suppose une compréhension commune de ce que sont les droits de l'homme. Il faut douter qu'elle existe, lorsqu'on lit sous la plume d'un intellectuel, à propos de la Charte de Kurukanfuga,[46] souvent présentée comme la première de toutes les déclarations des droits de l'homme, qu'elle concerne une société "fortement hiérarchisée sans être inégalitaire"[47], ce qui est une formule bien mystérieuse. En réalité, l'état de cette société est mieux décrit par le fait que son chef est dit "briseur de grosses têtes, fendeur de grandes bouches"[48], par le fait que "la force des armes était devenue le seul juge"[49]et par le fait que "les frères rivaux aussi se capturaient entre eux pour aller se vendre aux marchands esclavagistes maraka et suraka"[50]. Faute d'une commune compréhension du concept, toute interprétation précise des réponses sera impossible, mais les étrangers ne seront pas détrompés dans leur conviction que les droits de l'homme ont un sens au Mali. On ne gagne pas en précision lorsqu'on aborde les dimensions des droits de l'homme, par exemple la liberté de la presse, dans un pays où la majorité de la population est illettrée, où la presse écrite n'est disponible dans les capitales régionales qu'avec plusieurs jours de retard, et où il est de notoriété publique que les journaux et journalistes indépendants sont rares et parfois muselés.[51]

 

Sur beaucoup d'autres questions qui leur sont posées, les répondants n'ont aucune information, aucune connaissance, aucune idée personnelle, ce qui se traduit par des taux de non réponse élevés. Tout le monde n'est pas en mesure de définir l'intégrité territoriale ou l'unité nationale ou la laïcité de l'Etat (environ un sur cinq des répondants ne sait pas, M3 p. 40-41) ou la régionalisation (les non-réponses représentent de 32 à 83 % des enquêtés selon les régions, M6 p. 122-125) même s'il a compris la traduction qu'on lui donne de ces concepts[52]. Tout le monde n'est pas en mesure d'apprécier la composition de la Commission de Dialogue et de Réconciliation (un sur cinq des enquêtés de Bamako répond qu'il ne sait pas, mais la moitié des enquêtés de Mopti,  M3 p. 36) ou le fonctionnement du Haut Conseil des Collectivités (un sur six des enquêtés répond qu'il ne sait pas, M6, p. 27) ou encore la réussite ou l'échec de la décentralisation (les non-réponses représentent de 24 à 52 % des enquêtés, selon les régions, M6 p. 134-135, sous la même réserve quant à la compréhension du terme)[53]. Le Mali paie aujourd'hui l'abandon de toute éducation, de toute éducation  civique, de toute éducation politique par le débat sérieux[54], et même de toute information politique digne de ce nom. Il paie les discours politiques allusifs ou parfaitement vides que lui servent les plus hauts responsables.[55]

 

Au contraire des questions incompréhensibles pour lui, chacun peut dire s'il se sent en sécurité (et même qualifier son sentiment : suffisamment, un peu, pas assez, pas du tout) et alors les "sans opinion" représentent moins de 2,5% des répondants, sauf à Kayes où ils ont 8% (cf. M6 p. 138-139). C'est la raison pour laquelle nous nous sommes concentré sur des questions aussi simples que ces dernières.

 

Cependant, il est vrai que dans certains cas les non-réponses pourront aussi signaler non pas l'ignorance, mais plutôt l'hésitation des répondants devant une question à laquelle leur réponse pourrait être mal interprétée par l'enquêteur inconnu qui la pose. C'est ainsi qu'on comprend des taux de non-réponse à la question "Que signifie pour vous Azawad ?" (les non-réponses vont de 9,4 % à Mopti jusqu'à 61 % à Kayes, M6 p. 111-113), car, trois ans après 2012, ce mot n'a pas pu ne pas parvenir aux oreilles des répondants qui, dans ces échantillons, vivent en milieu urbain.

 

Ce que montrent les enquêtes, c'est donc que depuis au moins dix ans, l'opinion publique malienne s'avère incapable de mettre en cohérence ses actions ou celles qu'elle réclame de l'Etat d'un côté et ses propres déclarations sur les problèmes principaux de l'autre. Ni les dirigeants politiques[56], ni les syndicats, ni la société civile, ni les intellectuels ni les religieux ne les y aident : chacun pense à "manger d'abord". Et certains ont peur, puisque ce pays bafoue ses propres lois[57] et que ses juges ont une réputation bien établie de corruption.

Ce que montrent encore les enquêtes, c'est que beaucoup d'institutions extérieures plus ou moins bien intentionnées, beaucoup d'acteurs et d'avocats de l'aide entretiennent un mythe -- un mensonge -- à propos de l'opinion publique des pays où ils interviennent  Ainsi OXFAM par exemple : "Les populations aspirent au respect de leurs droits les plus fondamentaux, à plus de justice, de transparence, de redevabilité, à tous les niveaux. Ils souhaitent des institutions répondant à leurs besoins et pouvoir participer davantage à la vie publique et démocratique de leur pays."[58] Rien de ce que nous avons observé au Mali à l'aide des enquêtes d'opinion ne permet de souscrire à cette description.

Ce que montrent enfin les enquêtes, c'est que la crise du Mali est beaucoup plus profonde et beaucoup plus ancienne qu'on ne le dit. Elle a commencé lorsque les enseignants n'ont plus rien appris à leurs élèves, sauf qu'on peut s'arranger de diverses façons pour masquer son ignorance et obtenir un diplôme, qui de ce fait perd immédiatement toute valeur ; lorsque les responsables des ministères chargés des divers ordres d'enseignement se sont mis à "gérer des flux" (faire passer les promotions dans la classe supérieure pour faire place aux promotions suivantes) au lieu de conserver l'œil rivé sur les compétences acquises ; lorsque tant d'enseignants se sont précipités vers les postes administratifs, qui leurs donnaient de meilleures conditions de vie, mais privaient les classes de certains de leurs meilleurs maîtres ; lorsque les politiques ont manipulé les mouvements étudiants pour servir des desseins à courte vue, en introduisant des pratiques mafieuses -dont l'usage des armes pour mener des bagarres mortelles dans certains établissements ; lorsque l'Etat a toléré la construction d'innombrables mosquées jaunes et d'innombrables mosquées vertes, qui ont diffusé au Mali le conflit entre chiites et wahhabites, et les prêches bas de gamme qui ont ruiné l'unité de la Oumaa et l'autorité des imams ; lorsque l'Etat, ses diverses administrations (enseignement, santé, douanes, travaux publics, eaux et forêts, etc. ) mais aussi son sommet, et la justice, les armées, la police, se sont laissé gangrener par la corruption. La situation culturelle et morale est aujourd'hui désespérée au Mali, et toute la société en souffre, et en souffrira encore pendant des décennies quoi qu'il arrive. Plus qu'au djihad, faux nez du trafic de drogue, c'est à cet effondrement culturel et moral qu'on doit l'établissement des réseaux de trafic, puis la crise, déclenchée par un mouvement au nationalisme infantile, bien vite bousculé par des intervenants extérieurs bien plus structurés. C'est cette déchéance culturelle et morale qui explique les errements de l'Etat depuis 2012, incompétence, indigence de la vision et de l'action, corruption massive et scandaleuse ; c'est elle aussi qui explique l'engagement de plus en plus réticent des partenaires extérieurs : malgré leurs grands discours, ils disent de plus en plus souvent "c'est au gouvernement du Mali qu'il incombre de …faire ceci et cela…". C'est cette déchéance culturelle et morale qui explique ce que répond l'opinion publique aux questions qu'on lui pose.

Décidément, au Mali, l'opinion publique ne pense pas ce que vous voudriez croire, elle ne pense pas, elle veut manger.

 

 

Notes et références

 

[1] https://afrobarometer.org/data/470  et https://afrobarometer.org/fr/publications?field_author_value=&title=&field_publication_type_tid=All&field_publication_country_nid=340&field_language_tid=All&page=1 passim

[2] https://library.fes.de/pdf-files/bueros/mali/10100/

[3] Issu des enquêtes 1-2-3, développées par des chercheurs de l’IRD dans le cadre de la Stratégie pour l’Harmonisation des Statistiques en Afrique (SHaSA) coordonnée par la Commission de l’Union Africaine (CUA), ce module a été adopté par plusieurs pays africains ; voir M. Razafindrakoto, F. Roubaud : Les modules Gouvernance, Paix et Sécurité dans un cadre harmonisé au niveau de l'Afrique (GPS-SHaSA), développement d'une méthodologie d'enquête innovante, Stateco, n° 109, 2015, p. 103-134, http://horizon.documentation.ird.fr/exl-doc/pleins_textes/divers16-05/010067184.pdf , (p. 112, 113 et surtout 116)

[4] Abdrahamane Coulibaly, Arouna Sougane, Mamadou Foénè Tounkara et Seydou Moussa Traore (INSTAT), Mireille Razafindrakoto et François Roubaud (DIAL-IRD) :  L'état de la gouvernance, de la paix et de la sécurité au Mali en 2014, Rapport d'analyse du Module SHaSA-GPS, http://www.instat-mali.org/contenu/eq/ranagouver14_eq.pdf , (p. 10)

[5] Voir Le Bon Citoyen, revue d'information de Afrik-Poll, association africaine de sondages et d'éveil des consciences citoyennes, n° 2, juillet 2017, p. 4 (Sondage national sur la gouvernance et la sécurité) ; n° 4, juillet 2018, p. 3-5 (sondage d'opinion sur les élections présidentielles de 2018 : un second tour encore incertain)

[6] Groupement d'intérêt des statisticiens et statisticiens économistes, bureau d'études fondé par Sidiki Guindo.

[7] Cette association a été créée par des juristes après l'instauration de la démocratie multipartite, dans le but d'informer, d'éduquer et de conseiller la population, tant dans les villes que dans les campagnes, sur le nouveau contexte démocratique et l'Etat de droit, cf. http://www.cnpcpmali.org/pages/demeso.html

[8] https://www.hiil.org/wp-content/uploads/2018/09/HiiL_Mali_Report_lores.pdf pour le rapport de 2014 et  https://www.hiil.org/wp-content/uploads/2018/07/HiiL-Mali-JNS-report-FR-web.pdf pour l'enquête de 2018

[9] Joseph BRUNET-JAILLY, François ROUBAUD, Arouna SOUGANE : Mesurer, décrire, interpréter les opinions en matière de Gouvernance, Paix et Sécurité au Mali : défis méthodologiques et analytiques, INSTAT et IRD, Bamako, 24-25 juin 2019

[10] Les expressions bamanan mara ka ségi so (le retour de l'autorité, du pouvoir à la maison, au terroir), mara kanan bo (restaurer le pouvoir, procéder à sa réfection) de mara ka cèbo ou ka fanga cè bo (élargir le cercle de participation au pouvoir) qui ont été utilisées font plus allusion à l'autorité, voire à la force fanga qu'à la décision locale impliquant responsabilité ; en pays sénoufo, les expressions wu ya yo (prenons‑nous en charge ou acquérons notre indépendance), utilisée au nord, et wa bi wu ya ma (travaillons pour nous‑mêmes, procédons à l'auto‑développement), au sud, étaient probablement plus adaptées. Cf. Bréhima Béridogo, Processus de Décentralisation au Mali et couches sociales marginalisées, Bulletin de l'APAD [En ligne], 14 | 1997, mis en ligne le 26 janvier 2007, consulté le 30 mai 2019. http://journals.openedition.org/apad/581 . De son côté le linguiste et socio-économiste Hamidou Magassa avait proposé les néologismes yeredon ou yeremara, qui connotaient les notions de gestion et de responsabilité du décideur, plutôt que la notion de pouvoir : cf. Hamidou Magassa, Décentralisation, le "soi" à conquérir, in L'Essor n° 12444, 5 avril 1993 ; et Hamidou Magassa, La crise de la société malienne, une alternative, Africa Development / Afrique et Développement, Vol. 21, No. 2/3, The African and Middle East Crisis: An Alternative / Une alternative à la crise de l'Afrique et du Moyen Orient (1996), pp. 141-158

[11] GPS2014 : Abdrahamane Coulibaly, Arouna Sougane, Mamadou Founè Tounkara et Seydou Moussa Traore (INSTAT), Mireille Razafindrakoto et François Roubaud (DIAL-IRD) :  L'état de la gouvernance, de la paix et de la sécurité au Mali en 2014, Rapport d'analyse du Module SHaSA-GPS, http://www.instat-mali.org/contenu/eq/ranagouver14_eq.pdf

[12] Mali-mètre, Enquête d'opinion, Que pensent les Maliens, n° 6, 18-25 mai 2015, https://library.fes.de/pdf-files/bueros/mali/10100/2012-01.pdf ,  p. 136-138

[13] Il serait indiqué d'adopter un dipositif d'enquête qui permette d'éviter ce biais,  par exemple en introduisant un ordre aléatoire dans la présentation des réponses proposées.

[14] Joseph Brunet-Jailly, Jacques Charmes, Doulaye Konate  (sous la direction de) : Le Mali contemporain, Editions Tombouctou-Editions IRD, 2014, 658 p. (p. 31-38)

[15] Malimètre, 18-25 juin 2015, p. 162-163, https://library.fes.de/pdf-files/bueros/mali/10100/2012-01.pdf

[16] Malimètre, 18-25 juin 2015, p. 164-166, https://library.fes.de/pdf-files/bueros/mali/10100/2012-01.pdf

[17] Malimètre, 18-25 juin 2015, p. 167-169, https://library.fes.de/pdf-files/bueros/mali/10100/2012-01.pdf

[18] Joseph Brunet-Jailly, Jacques Charmes, Doulaye Konate (sous la direction de) : Le Mali contemporain, Editions Tombouctou-IRD Editions, 2014, 609 p. https://www.editions.ird.fr/produit/335/9782709921329/Le%20Mali%20contemporain (p. 25-30)

[19] GPS2015 : Arouna Sougane, Mamadou Tounkara et Seydou Moussa Traore (INSTAT), Mireille Razafindrakoto et François Roubaud (DIAL-IRD) : Dynamique de la Gouvernance, la paix et la Sécurité au Mali entre 2014 et 2015 : Une analyse à partir des modules GPS-ShaSA, octobre 2015, 18 p. dial.ird.fr › policy-brief-mali-dynamiquegps20142015 

[20] Mahamadou Diawara : La crise malienne et la politisation des catégories populaires, pp. 89-116 in J. Brunet-Jailly, Jacques Charmes, Doulaye Konate, op. cit., https://www.editions.ird.fr/produit/335/9782709921329/Le%20Mali%20contemporain

[21] Certains rapports d'enquête reconnaissent explicitement le biais que représente ce comportement : "We have learned in Afrobarometer surveys to be particularly sensitive to the likelihood that some citizens will try to provide socially or politically “correct” answers, especially when they are unsure of the identity of the interviewer. Such “interview effects” are discussed in Appendix 1", Michael Bratton, Massa Coulibaly and Fabiana Machado : Popular perceptions of good governance in Mali, Afrobarometer Paper n° 9, 2000, 51 p.  https://afrobarometer.org/fr/publications/wp9-popular-perceptions-good-governance-mali , (à partir d'ici : A-PP) p.9

[22] Sur ce sujet, la moitié des répondants ont évoqué des "disputes territoriales", bien que cette curieuse expression qui leur est proposée n'ait rien d'idiomatique, lorsque tout le monde parle de conflits fonciers. A-t-on voulu faire allusion à la proclamation d'indépendance de l'Azawad ? lui aussi Vient ensuite un motif dénommé "compétition économique", dont le sens précis aurait gagné à être dévoilé, et qui est cité par environ 15 % des répondants, puis la "rareté des ressources naturelles", de l'ordre de 9 %, et plus en milieu rural qu'en milieu urbain évidemment (GPS2014 p. 30)

[23] Youssouf Karembe : Les facettes de l'aînesse  dans la participation politique locale des jeunes au Mali, pp. 479-510 in J. Brunet-Jailly, Jacques Charmes, Doulaye Konate : Le Mali contemporain, op. cit. https://www.editions.ird.fr/produit/335/9782709921329/Le%20Mali%20contemporain

[24] Massa Coulibaly : Prioritisation des problèmes de développement et des Objectifs de Développement Durable au Mali, Synthèse de politique Afrobaromètre n° 46, mai 2018, 22 p., afrobarometer.org%2Ffr%2Fpublications%2Fpp46-priorisation-des-problemes-de-developpement-et-des-objectifs-de-developpement&usg=AOvVaw2bPWoekQTnzT8fDUGixBcK

[25] A ceci près que, ici, l'insécurité n'est pas aux premiers rangs

[26] A-DEM : Boniface Dulani, La démocratie Malienne se rétablit, le régime militaire suscite encore une admiration, Afrobarometer Policy Paper 12, 22 p

[27] Il prétend aujourd'hui n'avoir pas été informé des assassinats de Modibo Keita ou de Cabral, cf. https://www.facebook.com/104001987652415/photos/a.104064660979481/104102857642328/?type=3&theater

[28] Pour deux exemples de la pratique de la décentralisation sous Amadou Toumani Toure, voir Kadari Traore : La décentralisation et le transfert des compétences d'éducation scolaire dans la commune  rurale de Siracorola au Mali, pp. 141-158 ; Mamy Soumare, Baba Coulibaly : Gestion décentralisée des ressources naturelles dans les communes rurales de Siby et de Zan Coulibaly, les limites d'une responsabilisation des acteurs locaux, p. 187-206 in J. Brunet-Jailly, Jacques Charmes, Doulaye Konate : Le Mali contemporain, https://www.editions.ird.fr/produit/335/9782709921329/Le%20Mali%20contemporain

[29] Voir https://www.studiotamani.org/index.php/themes/societe/21155-route-kayes-bamako-le-blocus-continue

[30] Coran, Sourate 4 verset 59: "Ô vous qui avez la foi, obéissez à Dieu et obéissez au Messager et à ceux qui détiennent le commandement parmi vous." ; il existe pourtant de nombreux commentaires restreignant la portée de ce verset, en s'appuyant sur sa formulation même, qui impliquerait que ceux qui ont le pouvoir soient eux-mêmes musulmans et qu'ils l'exercent conformément à l'islam (voir par exemple http://musulman007.free.fr/nouveau%20site/riyad/f80.htm ) ; mais l'islam bas de gamme qui est diffusé au Mali n'a que faire de l'exégèse.

[31] Shaka Bagayogo a montré le rôle de la force fanga, héritage de la conquête du pouvoir par les esclaves devenus maîtres du royaume de Ségou après la chute des royaumes aristocratiques antérieurs ; cf. Shaka Bagayogo : l'Etat au Mali, représentation, autonomie et mode de fonctionnement, pp. 91-122 in Emmanuel Terray (sous la direction de) : L'Etat contemporain en Afrique, l'Harmattan, 1987  (p. 104) ; voir aussi Shaka Bagayogo : Lieux et théories du pouvoir dans le monde mandé, passé et présent, Cahiers des Sciences Humaines, ORSTOM, 1989, pp. 445-460

[32] Le solde d'opinions est la différence entre la proportion de répondants ayant exprimé une opinion positive et la proportion de répondants ayant exprimé une opinion négative.

[33] Voir aussi, dans Afrobaromètre round 7, la question "A votre avis, à quel point les Forces Armées du Mali protègent-elles notre pays de menaces sécuritaires internes et externes? (% de ceux qui répondent « souvent » ou "toujours »)". Les régions de Gao (37%) et Kidal (25%), qui sont aux premières loges, se montrent clairement les moins affirmatives, toutes les autres dépassent 70 %. (Afrobaromètre 2017 Impact de la crise, p. 10)

[34] Shaka Bagayogo a développé l'idée que "l'imaginaire des siècles précédant la conquête coloniale charpente le réel contemporain" cf. les travaux présentés plus haut

[35] Mahamadou Diawara, La crise malienne et la politisation des catégories populaires, pp. 89-115 in J. Brunet-Jailly, Jacques Charmes, Doulaye Konate : Le Mali contemporain, op. cit. https://www.editions.ird.fr/produit/335/9782709921329/Le%20Mali%20contemporain

[36] Colonel Assimi Souleymane Dembélé, Transferts définitifs, éditions le Figuier, 2003. ISBN, 2842580850, 9782842580858, 231 pages

[37] Voir le dernier incident, révélateur des méthodes de la lutte syndicale : https://www.maliweb.net/education/pour-avoir-denonce-lintegration-eventuelle-de-502-contractuels-mamadou-bakaye-dembele-menace-par-le-snesup-2838171.html

[38] Pour le fondamental, voir Ce que nos enfants savent lire et calculer : Rapport annuel d’évaluation des apprentissages scolaires par la société civile au Mali Bèèkunko 2013, mars 2014, 62 p  ; ainsi que Rapport d'évaluation Bèèkunjo 2016, juillet 2016, 87 p.; pour l'enseignement supérieur, voir J. Brunet-Jailly : Des « remèdes de cheval » pour tenter de sauver l’enseignement supérieur au Mali , communication à la Concertation nationale sur l’avenir de l’enseignement supérieur au Mali, Bamako, 7-9 avril 2014

[39] Policy Brief Institution et sécurité au Mali : Cas des Forces de Sécurité (Police et gendarmerie), 4 p., http://www.instat-mali.org/contenu/eq/rapsecurite-mali_eq.pdf

[40] Sauf à Taoudeni où l'enquête a visiblement subi un incident puisque le taux de NSP sur cette question est de 50 % (M9, p. 38)

[41] Dans les enquêtes M5 à M19, à l'exception de M6 où la police est légèrement mieux classée ; les enquêtes antérieures ne comportent pas ce tableau de déshonneur.

[42] Du 9 janvier au 13 février 2017, puis du 8 au 20 mai 2018, du 4 au 12 juin 2018, du 25 juillet au 10 août 2018, du 28 août au 12 septembre 2018

[43] Joseph Brunet-Jailly : Une note sur les rémunérations des agents de l'Etat au Mali, https://blogs.mediapart.fr/joseph-brunet-jailly/blog/091018/une-note-sur-les-remunerations-des-agents-de-letat-au-mali

[44] L'un des slogans de la campagne électorale d'Ibrahim Boubacar Keita en 2013 ; voir aussi    http://liseuse.harmattan.fr/978-2-343-01895-9

[45] Se nourrir, évidemment ; mais aussi détourner à son profit les biens de l'Etat, des collectivités locales, des entreprises, etc…

[46] Ou plutôt Kankanyanfuga, selon Drissé Diakité : Kuyatè, la force du serment, auc origines du griot mandingue, La Sahélienne-L'Harmattan, 2009, 203 p.

[47] Issa Ndiaye, Démocratie et fractures sociales au Mali, tome II : Le festival des brigands, 314 p. , Editions La Sahélienne, Bamako, 2018 vol. 2 p. 88

[48] Drissa Diakite, Kuyate, la force du serment, aux origines du griot mandingue, La Sahélienne-l'Hiarmattan, 2009, 203 p. (p. 189)

[49] Idem p. 197,

[50] Idem p. 178

[51] Le Mali est ce pays où un journaliste enquêtant sur le fils du président de la République a disparu sans laisser de trace depuis janvier 2016. Alors que l'enquête judiciaire traîne sans aboutir, ce dernier a récmment déposé une plainte pour diffamation. cf https://www.msn.com/fr-fr/actualite/monde/disparition-de-birama-tour%C3%A9-au-mali-karim-ke%C3%AFta-attaque-pour-diffamation/ar-AACqEQL Il déclare : "je n'ai éliminé personne" cf. https://www.facebook.com/niangtvmali/posts/720570591722168?comment_id=720715208374373&comment_tracking=%7B%22tn%22%3A%22R%22%7D

[52] Il se peut aussi que les réponses suggérées créent la confusion : par exemple à propos de l'unité nationale, les deux réponses suggérées sont "le Maliens ne seront plus divisés" ou "mêmes droits et mêmes devoirs pour tous les Maliens" ; cette question provoque des proportions de non-réponse exceptionnelles (de l'ordre de 17 à 23 % à Bamako, et d'au moins 23 % à Mopti (M3 p. 40-41)

[53] On se souvient des discussions sur la façon de traduire ce concept lors de la réforme lancée en 1993 : les expressions bamanan mara ka ségi so (le retour de l'autorité, du pouvoir à la maison, au terroir), mara kanan bo (restaurer le pouvoir, procéder à sa réfection) de mara ka cèbo ou ka fanga cè bo (élargir le cercle de participation au pouvoir) qui ont été utilisées font plus allusion à l'autorité, voire à la force fanga qu'à la décision locale impliquant responsabilité ; en pays sénoufo, les expressions wu ya yo (prenons‑nous en charge ou acquérons notre indépendance), utilisée au nord, et wa bi wu ya ma (travaillons pour nous‑mêmes, procédons à l'auto‑développement), au sud, étaient probabalement plus adaptées. Cf. Bréhima Béridogo, « Processus de Décentralisation au Mali et Couches Sociales Marginalisées », Bulletin de l'APAD [En ligne], 14 | 1997, mis en ligne le 26 janvier 2007, consulté le 30 mai 2019. URL : http://journals.openedition.org/apad/581

[54] Moussa Mara  : La crise malienne est aussi une crise de la pensée, La Tribune-Afrique, 08/08/2019, https://afrique.latribune.fr/think-tank/tribunes/2019-08-08/la-crise-malienne-est-aussi-une-crise-de-la-pensee-825319.html

[55] Par exemple Younouss Ahmed Dicko à l'ouverture du 3ème congrès de son parti, en mars 2017 https://www.maliweb.net/politique/3eme-congres-rds-younouss-hameye-dicko-sen-prend-aux-auteurs-de-calomnies-contre-ibk-2114322.html ; ou  l'interview donné par le Président de la République à l"ORTM à l"occasion du premier anniversaire de son second mandat, cf. https://www.maliweb.net/interview/ibrahim-boubacar-keita-lors-du-1er-anniversaire-de-son-second-mandat-nous-travaillons-pour-cette-jeunesse-la-on-ne-peut-pas-la-craindre-2838065.html

[56] Qui ne sont que des chefs de coterie, comme l'exprime parfaitement le nom que se donne l'un d'eux, mogotigi (littéralement le maître des gens, le maître, le patron, celui qui a la possession des autres), qui a baptisé son parti Môgôtigiya, «  la maîtrise des gens », la chefferie ; merci à Gérard Dumestre et à Diakaridia Dembele pour leur aide à l'interprétation de ces deux mots ; cf. Chiaka Doumbia : Mamadou Bakary Sangaré dit Blaise, Président de la CDS : “Il nous manque une classe politique capable ...MALIKILÉ- N°443 du 03/09/2019. Par cette désignation de son parti et de son rôle, M. Sangare fait preuve d'une parfaite compréhension de la nature des partis au Mali ; de même sa récente analyse, résumée par le titre de l'article cité, témoigne d'un diagnostic très sûr.

[57] Le calendrier électoral et la réforme de la Constitution en fournissent d'innombrables exemples récents : voir Mamadou Fomba, Protocole de la Cedeao : Interprétation (encore) erronée de la Cour constitutionnelle, http://www.maliweb.net/institutions-politiques/protocole-de-cedeao-interpretation-erroneede-cour-constitutionnelle-1981272.html ; et Mamadou Fomba, Révision constitutionnelle : les tares de l’avant-projet, 1ère partie, https://www.malicanal.com/revision-constitutionnelle-les-tares-de-lavant-projet-1erepartieentre-insuffisances-et-incoherences-3/ ; 2ème partie, http://bamada.net/mali-revision-constitutionnelle-les-tares-de-lavant-projet-2eme-partie-unsenat-inutile-la-partition-engagee

[58] OXFAM : Sahel, lutter contre les inégalités pour répondre aux défis du développement et de la sécurité, juillet 2019, 56 p.  (p.32)

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