Une guerre sans fin : pourquoi ?

Deux ouvrages ont décrit la prise de contrôle de l'islam en France par l'islamisme le plus réactionnaire. Qu'en est-il au Mali, où quelques personnalités religieuses jouent un rôle public de plus en plus évident sans prendre position, autrement que de façon purement verbale, sur les maux qui ruinent le pays ou sur les agressions qu'il subit au nom du jihad.

 

Devant le drame que vit le Sahel tout entier, un drame qu'on ne voit qu'empirer, malgré tant de discours et tant de moyens consacrés désormais à la sécurité, à la défense plutôt qu'au développement, beaucoup d'experts et d'hommes politiques font mine de battre leur coulpe en exposant une interprétation socio-économique des origines de la crise : la pauvreté, le chômage, l'absence de perspective d'avenir, la corruption des élites, les conflits socio-économiques latents entre groupes sociaux, les complots des puissances étrangères pour s'approprier les richesses du sous-sol sahélien, voilà l'explication, pourquoi ne l'avons-nous pas vue plus tôt ? Voilà ce qu'il faut corriger, nous nous y mettons tout de suite !

Il n'y a pas de doute que la pauvreté  –y compris la pauvreté culturelle dans un pays où l'éducation a été sabotée depuis trente ans-- a joué son rôle dans le surgissement de révoltes multiformes, que des entrepreneurs politiques  –et éventuellement religieux, et éventuellement armés–  ont su exploiter. Il n'y a pas de doute non plus que la stratégie de prédation –qui est celle des pays les plus riches avec le concours indispensable des élites nationales dès qu'elles se laissent corrompre– fournit le terreau fertile sur lequel vont se développer la pauvreté de masse, l'insatisfaction, la révolte, et la guerre. Pourtant, c'est à mon avis une cruelle erreur de perspective que de s'en tenir là, et que de fonder les espoirs et les politiques de "sortie de crise" sur le développement économique, car tous les efforts en ce sens sont ruinés par la corruption, gangrène mortelle de la vie économique comme de la vie politique, l'actualité immédiate vient de le rappeler à nouveau. Erreur cruelle et fatale qui repose sur le silence quant au rôle d'acteurs de premier plan, nationaux et étrangers : ne serait-il pas temps d'ouvrir les yeux sur un sujet qui fâche, et qui révèle l'origine politique ancienne et déterminée du mal et les contradictions qui empêchent de le soigner ?

Deux livres récemment publiés en France montrent comment, dans ce pays, l'islamisme le plus réactionnaire y prend le contrôle de l'islam[1]. On a bien lu : prend le contrôle. En commençant, selon une tradition propre à cette religion, par les apparences et les rites : les nourritures, les vêtements, les lectures, les postures à adopter pendant les prières, etc. En progressant ensuite de la domestication des corps vers celle des esprits, grâce au travail acharné de prêcheurs exaltés en lesquels il faut faire une confiance absolue. En attaquant naturellement d'abord les sujets les plus faibles culturellement et économiquement, tous ceux qui ont objectivement quelques raisons de se plaindre de la situation que leur fait le monde. Et en progressant en direction des sujets aisés et cultivés qui ne veulent pas se couper de leurs frères. C'est donc en s'intéressant à ces milieux, en France, qu'on découvre, derrière nos compatriotes engagés dans ces croisades,  de riches bailleurs étrangers, que nos dirigeants politiques fréquentent en leur réservant toutes les révérences diplomatiques, en favorisant leurs initiatives économiques et en fermant les yeux sur leurs activités culturelles, idéologiques et éventuellement religieuses.

 

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La situation est-elle si différente au Mali, qui se dit encore, à l'occasion, Etat laïc, alors que par ailleurs il se targue d'être musulman à 95% ? Ne serait-on pas en présence d'une prise de contrôle sur l'islam du Mali par des éléments étrangers qui auraient d'autres objectifs que le bonheur des Maliens et le progrès de la foi ? Nous sommes en période de ramadan : c'est le moment d'y réfléchir.

Ne se réjouit-on pas officiellement, depuis trois décennies, de voir pousser partout des mosquées jaunes ou vertes, les unes financées par l'Arabie saoudite et les autres par l'Iran ? Ne se réjouit-on pas d'envoyer chaque année aux frais de l'Etat quelques milliers de pèlerins à la Mecque pour y apprendre que la vraie religion est celle que propage le régime saoudite, et que les vrais droits de l'homme sont ceux qui ont été réservés à l'opposant Khashoggi ? Ne se réjouit-on pas du nombre de bourses accordées par les pays du Moyen-Orient et l'Egypte pour former à leurs idées et à leurs pratiques de jeunes maliens qui auront ensuite à cœur d'enseigner la version la plus étroite de la pensée religieuse de l'islam ? Ne se félicite-t-on pas d'accueillir des prêcheurs étrangers de tout acabit, alors même qu'on proclame par ailleurs, et à raison, l'ancienneté de l'implantation de l'islam au Mali ?

Ce faisant, le Mali ne s'est-il pas laissé envahir par des influences extérieures qui ont une stratégie à long terme dont il n'a pas eu conscience ? N'a-t-il pas considéré avec un peu de naïveté que ces riches frères moyen-orientaux ne visaient que la propagation de la religion ? Ne s'est-il pas laissé aller à solliciter toute aide qui se présenterait, sans chercher à en maîtriser les objectifs, le volume et les modalités ? Ne s'est-il jamais inquiété d'apprendre que ce sont des islamistes algériens pourchassés dans leur pays qui ont pris les premiers contacts dans le Nord, pour se fournir en carburant, vivres, pièces de rechange, armes, femmes, etc., avant de s'y acoquiner avec les trafiquants en tous genres (des cigarettes aux prises d'otages et à la drogue) qui procurent désormais des ressources financières importantes aux djihadistes ? Ne s'est-il jamais inquiété de constater que la  religion était été mise au service de la guerre ? Ne s'est-il jamais inquiété de voir comment les conflits entre groupes sociaux peuls et entre eux et les agriculteurs ont été exploités par le djihadiste Koufa qui en a fait sa base de recrutement ?

Le Mali ne s'est-il jamais étonné, non plus, de voir la religion embrigadée dans les plus banales, les plus misérables, manoeuvres électorales ? Comment a-t-il pu oublier que, depuis qu'il s'est présenté pour la première fois à la magistrature suprême, dès 2002, le président IBK s'est allié aux autorités religieuses, entourant sa visite au cheick de Nioro d'une grande publicité, et trouvant bientôt en l'imam Dicko et le mouvement Sabati des soutiens électoraux fort appréciables ? Pourquoi exactement ces hautes personnalités se sont-elles engagées à faire voter pour un candidat plutôt que pour un autre ? Comment a-t-il pu oublier que l'imam Dicko s'est montré tout disposé dès 2012 à aider à la stratégie de conquête du pouvoir par les djihadistes, en allant les rencontrer, en obtenant d'eux la libération de soldats prisonniers (mais contre quoi ? l'a-t-on jamais su ?), et en organisant ensuite, pour préparer des négociations plus générales, un colloque sur l'application de la charia ? Le danger qu'il y avait à pactiser avec les sécessionnistes armés n'était-il pas considérable ? Comment le Mali a-t-il pu ne pas remarquer encore que ces dernières années ont été marquées par de nombreux gages donnés aux milieux musulmans, sous la pression de leurs plus hautes autorités, mais à des fins purement électorales ? Création d'un ministère des cultes, autorisation donnée à un mouvement de soutien à ce même imam Dicko, un mouvement qui ne cache pas ses ambitions politiques, donc celles de son inspirateur ; introduction du mariage religieux parmi les actes d'état-civil ; promesses de favoriser les medersas et les écoles coraniques, et même d'introduire un enseignement religieux dans tout l'enseignement public.

Faut-il ignorer que cette progression de l'influence islamiste se fait ainsi par les armes et par l'argent provenant d'acteurs étrangers, mais aussi par la coopération des autorités religieuses et politiques nationales, tout cela en exploitant délibérément la faiblesse catastrophique du niveau culturel de la population malienne ? Cette inculture de masse, y compris dans le domaine religieux, rend la population malienne extrêmement fragile devant tout discours qui prétendra que telle décision de l'Etat, ou tel ou tel de ses projets, ou tel usage, ou telle publication, etc., est "contraire à l'islam" ou, plus simple encore, "contre l'islam". De telles expressions suffiront pour soulever les foules, surtout s'il est possible, grâce à de généreux bailleurs, de prendre en charge les frais de déplacement de tous ceux qui auront été mobilisés à grands cris dans les régions et qui viendront manifester à Bamako à l'appel d'un imam avide de pouvoir politique. Les exemples de ce genre sont connus de tous, qui s'en est inquiété ?

Faut-il ignorer aussi par exemple que, dans la ruine générale de l'éducation au Mali, les médersas se signalent par les résultats particulièrement lamentables qu'elles obtiennent, comme le montrent les enquêtes Bèèkunko de l'OMAES[2], auprès de leurs élèves auxquels elles prétendent apprendre à lire en français ou à compter ? Faut-il ignorer que la réalité de ce qui se passe dans ce secteur, c'est le remplacement de toute éducation par l'acquisition de réflexes d'obéissance aux prêcheurs, et rien d'autre pour affronter le monde d'aujourd'hui ? Faut-il ignorer que, de ce fait, les médersas partagent ces caractéristiques déplorables du système éducatif malien, un système qui fait des travailleurs maliens un sous-prolétariat totalement analphabète à la merci du premier exploiteur étranger venu, qu'il soit européen, américain ou chinois ? qui fait des agriculteurs maliens des paysans incapables de moderniser leurs exploitations familiales et d'augmenter leur productivité ? qui fait de l'administration malienne, incapable de contribuer de quelque façon que ce soit au développement, le cœur du système de prévarication ? qui fait des citoyens maliens une masse inconsciente qui va voter pour ramener un ou deux billets de 1000 FCFA ? qui fait de l'économie malienne une économie dépendante, une économie de la misère, et pour des générations ?

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Et pourquoi, dans ces conditions, est-il si difficile de retrouver la paix au Sahel ? N'est-il pas vrai que le Qatar a soutenu certains des djihadistes du Mali ? N'est-il pas vrai que d'autres –des "frères", entend-on dire– ont leurs appuis et leurs maîtres en Arabie Saoudite ? Qui donc se trouve derrière EIGS ? et qui derrière JNIM-AlQaida ? La religion n'est à l'évidence qu'un paravent, mais un paravent utile pour préparer le terrain aux activités financées par les pétrodollars engagés dans la déstabilisation du Sahel, des activités qui, elles, ont une tragique réalité. Il est devenu courant au Mali de dire que la France n'a que des intérêts, et qu'elle agit donc au Mali en fonction de ses seuls intérêts. Soit, mais alors pourquoi ne pas se demander aussi quels sont donc les intérêts des bailleurs moyen-orientaux qui financent des mouvements maliens tantôt djihadistes invétérés, tantôt indépendantistes, tantôt engagés dans le détestable, interminable et si juteux processus d'Alger ?

Mais voilà, "je te tiens, tu me tiens par la barbichette !" Comment la France pourrait-elle parler franchement du Mali avec les parrains des djihadistes maliens en Arabie saoudite alors qu'elle vend à ce pays des avions pour sa guerre du Yémen ? Comment la France pourrait-elle modérer l'ardeur du Qatar au Mali lorsqu'elle lui vend, à lui aussi, des avions Rafale et des blindés ? Et avec l'Iran ? Et avec l'Egypte ? Et avec la Syrie ? Ces pays ne sont-ils pas tous promoteurs de la même idéologie prétendument fondée sur le coran ? Et ne cachent-ils pas d'ailleurs ce travail de sape, dans leurs relations diplomatiques avec l'Occident, derrière un paravent culturel –notamment des musées– dont les partenaires font, en chaque occasion, le plus grand cas !

Il est sûr qu'un Sahel en feu, et demain dominé par les intérêts islamistes qui bientôt se battront entre eux –n'est-ce pas déjà le cas en Syrie ? n'est-ce pas déjà le cas entre Menaka et Talataye depuis que la famille Intalla et Kidal sont inféodés à AlQuaida ?–, au sud d'un Maghreb également travaillé par les mêmes intérêts et déjà lui aussi visiblement fragilisé, représentent un danger pour l'Europe, leur voisin immédiat. Mais pour l'instant les intérêts de quelques milliers de salariés de l'industrie aéronautique militaire et ceux de quelques rares capitalistes patrons de cette industrie, et l'intérêt que prend la France à conserver une posture de puissance moyenne sur la scène internationale, prévalent sur une vision à moyen-long terme de la géopolitique de l'Eurafrique. L'Europe ne devrait-elle pas situer son action internationale, et notamment son action en Afrique, dans un horizon un peu plus long qu'un quinquennat ? Ne devrait-elle pas imaginer ce dont demain sera fait si les tendances déjà bien installées se renforcent encore ?

Au Mali, de même, on en était récemment à faire grand cas de contacts entre l'Etat et deux chefs djihadistes, pour répondre à la fatigue des intervenants extérieurs et concrétiser le glissement vers un Etat islamique, en ignorant la suite inévitable d'une nouvelle négociation en position de faiblesse. Aujourd'hui les Maliens somment leur Président de tout faire pour libérer le chef de l'opposition kidnappé par l'un de ces chefs djihadistes, et semblent prêts à tout accepter : payer une rançon, libérer des djihadistes criminels retenus dans les prisons du pays, tout ce qu'on leur demandera... Aucun principe ne résiste, aucune fierté nationale. On est prêt à en passer par les conditions que dicteront ces "frères" et "compatriotes" qui non seulement ont pris les armes contre leur patrie, mais encore et surtout ne sont que les exécutants d'une stratégie qui est pensée à l'extérieur du Mali et financée de là-bas. Des "frères" et "compatriotes" qui sont simplement chargés de choisir, parmi leur frères musulmans ou païens, les victimes des prochains attentats. Des "frères" et "compatriotes" qui n'ont aucune vision à long terme pour le Mali qu'un califat local à l'ancienne, et qui ne disposent que des moyens qu'on leur donne : ils ont fait allégeance aux intérêts étrangers, ils sont maintenant employés à créer le désordre qui permettra l'implantation d'un pouvoir réactionnaire au service de ces intérêts étrangers.

La perspective n'est-elle pas clairement tracée par un des "observateurs politiques" de Bamako, qui est invité à tous les panels pour dire qu'il ne voit aucun inconvénient à une fédération pour remplacer l'Etat unitaire, ni à l'établissement de la charia dans une partie des régions de la fédération[3] ? N'est-ce pas parfaitement clair ? Il est vrai que, aux yeux de cet observateur, le Qatar, l'Iran et le Koweit sont des Etats démocratiques, et que pour lui il n'est pas très conforme à la démocratie qu'un Etat majoritairement musulman décrète la laïcité. Voilà comment se prépare la prise de contrôle de l'opinion publique malienne.

Personne dans les élites maliennes n'aurait entendu dire que la démocratie ne se réduit pas aux élections ? Personne dans les élites maliennes n'aurait compris que l'expérience malienne des élections est devenue une triste parodie de la démocratie ? Personne ne saurait au Mali que la démocratie est venue au jour avec les droits de l'homme ? Personne ne saurait au Mali que la démocratie véhicule des valeurs qui sont beaucoup plus importantes qu'un rituel électoral totalement perverti par l'argent, par la médiocrité du personnel politique, par l'inexistence ou  l'inconsistance des propositions des partis concernant l'avenir du Mali ?

Il est vrai que ces ennemis de l'intérieur peuvent compter sur une tradition malienne aussi longue que sa courte expérience démocratique : l'utilisation des arguments de la démocratie pour lutter contre la démocratie ! Pour l'opposition politique, depuis 2002, aucune élection n'est assez bien organisée pour qu'on s'y engage loyalement, il faut tempêter, décourager les électeurs, éviter les débats de fond, et éventuellement aller jusqu'à refuser de se porter candidat "pour ne pas cautionner", dit-on ! Cette opposition politique oublie au passage le travail de propagande, de conviction et de formation que devra faire tout parti qui ne serait pas qu'une coterie ou une clientèle familiale s'il veut gagner une élection. Quant aux islamistes et à leurs soutiens politiques, ils diront qu'il serait parfaitement démocratique de suivre l'avis populaire si cet avis était favorable à un régime islamiste ; ils tairont au passage que l'islam est d'abord soumission, en pratique soumission au prêcheur ou à celui qui se proclame calife ; ils tairont aussi qu'un intense travail d'achat d'influence et de propagande en faveur de ces conceptions se fait depuis des décennies au Mali, grâce à d'abondants financements étrangers et nationaux, et de façon aussi sommaire qu'efficace.

Il est bien évident, et tous ceux qui ont une tête pour réfléchir le savent depuis janvier 2013, que la solution à la crise sahélienne n'est pas militaire ; mais il devrait être tout aussi évident que la solution n'est pas non plus dans le seul développement économique, car le djihad interdit toute action de développement, et cela parce que le développement économique du Sahel n'intéresse pas les intervenants moyen-orientaux. Ces derniers ne pensent, et chacun devrait l'avoir compris depuis le 11 septembre 2001, qu'à contester les valeurs qui sont reconnues en Occident depuis deux siècles, à ruiner les institutions démocratiques, à combattre les valeurs de la démocratie, à asservir les populations sahéliennes après avoir dévasté leurs pays. Le repli sur une religion réduite à ses rites, à l'obéissance au prêcheur du quartier, et sur une culture arabe en perdition depuis des siècles, et aujourd'hui noyée dans la marée des dollars de l'or noir, telle est la seule perspective d'avenir qu'offrent au Sahel les trop généreux "frères" moyen-orientaux.

La paix ne se fera pas par des négociations à la base, de village en village ; elle ne résultera pas de négociations avec les petits chefs qui ne sont que les exécuteurs de basses œuvres de stratèges étrangers qui ambitionnent d'étendre leur domination en s'autorisant d'une religion dont ils se sont proclamés les seuls héritiers légitimes. Ce type de conflit ne pourrait être apaisé que par l'intervention d'une autorité régionale ou internationale disposant de légitimité et de forces militaires. L'Union Africaine est encore trop peu légitime, elle-même est minée par d'incessants conflits picrocholins et n'a pas de force armée ; les Nations-Unies ne s'engagent qu'en paroles, et les forces de bric et de broc qu'elles envoient sur le terrain ne peuvent rien contre des assaillants déterminés, mobiles bien incrustés dans la population. Il faut tirer les conséquences du fait que notre époque a abandonné tous les efforts d'organisation internationale entrepris au lendemain des deux guerres mondiales pour éviter que se renouvellent des conflits qui ont causé des millions de victimes. Notre époque ne respecte plus aucune notion de droit international[4], et les procédures issues de la charte des Nations-Unies ne sont suivies que pour faire semblant[5].

 

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Dans ce contexte, se pourrait-il qu'une partie de la solution soit à trouver dans le champ religieux au Mali même ?

Si l'islam a effectivement un poids dans le djihad armé, s'il est son inspiration et s'il lui fournit ses moyens, une position claire et nette des personnalités de l'islam au Mali pourrait être entendue non seulement par les chefs locaux des groupes armés sécessionnistes mais aussi par leurs sponsors étrangers.

Et par ailleurs, en tous cas, comme l'islam a effectivement un poids dans l'opinion du Mali, une position claire et nette des personnalités de l'islam au Mali devrait être entendue par les électeurs, par les juges, par les politiciens, par tous ceux qui se veulent pieux musulmans et qui se laissent aller à exploiter le pauvre, à corrompre et à bénéficier de la corruption, à piller l'Etat, à vivre dans le mensonge et la malhonnêteté.

Si, au contraire, l'islam n'est qu'un prétexte pour conquérir un pouvoir personnel ou un pouvoir pour le groupe de ses affidés, ou pour établir un Etat islamique, et qu'alors tous les moyens sont bons, y compris le mensonge, y compris la corruption, y compris l'injustice, alors soyons lucides : le Mali sera déchiqueté par des bandes rivales et disparaitra sous nos yeux, les Maliens seront victimes consentantes d'un enfer sous leurs pieds et sur leurs têtes.

 

Joseph Brunet-Jailly

 

[1] Hugo Micheron, Le jihadisme français : quartiers, Syrie, prisons (Gallimard, 416 p.) ; Bernard Rougier (sous la direction de), Les territoires conquis de l'islamisme, PUF, 412 p. ; voir aussi Jean Birnbaum, Extension du domaine islamiste, le Monde, 7 février 2020

[2] Office Malien d'Aide à l'Enfance au Sahel, http://www.omaes.org/index.php/presentation-omaes

[3] https://www.maliweb.net/insecurite/que-peut-discuter-le-mali-avec-les-chefs-djihadistes-me-cheick-oumar-konare-sexprime-a-coeur-ouvert-sur-le-sujet-2861195.html

[4] Stéphane Rials, professeur de relations internationale à l'Université Panthéon-Assaris : "le droit international public est mort […]  c'est un recul phénoménal […] le recours à la force n'est plus véritablement condamné, ce seront les plus violents qui gagneront" https://www.facebook.com/RTFrance/videos/idi-nous-assistons-%C3%A0-la-mort-purement-et-simplement-du-droit-international/462789571334093/

[5] Alexandra Novosseloff : UN peacekeeping is stymied by serious contradictions. They need to be resolved, 20 janv 2020, https://theconversation.com/un-peacekeeping-is-stymied-by-serious-contradictions-they-needto-be-resolved-129823

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