Ahmed Fouad Negm : mort d’une voix révolutionnaire

« Tu peux élever tes palais sur nos champs
avec notre labeur et le travail de nos mains,
tu peux installer tes tripots près des usines
et des prisons à la place des jardins,
tu peux lâcher tes chiens dans les rues
et refermer sur nous tes prisons,
tu peux nous voler notre sommeil
nous avons dormi trop longtemps,
tu peux nous accabler de douleurs
nous avons été au bout de la souffrance.
A présent nous savons qui cause nos blessures,
nous nous sommes reconnus et nous sommes rassemblés,
ouvriers, paysans et étudiants ;
notre heure a sonné et nous nous sommes engagés
sur un chemin sans retour.
La victoire est à la portée de nos mains,
la victoire point à l’horizon de nos yeux. »

Ahmed Fouad Negm, l’auteur de ces vers chantés maintes fois par Cheikh Imam, son complice de toujours, et par des générations d’Egyptiens en révolte, est mort ce matin au Caire.

Né en 1929 dans le nord de l'Egypte, le « poète des pauvres » avait passé au total dix-huit années de sa vie derrière les barreaux, sous les régimes de Gamal Abdel Nasser et Anwar Sadat, en raison de ses poèmes toujours critiques des abus de pouvoir.

En juin 2012, entre les deux tours de l’élection présidentielle égyptienne, il était encore aux côtés des jeunes révolutionnaires égyptiens, au premier rang desquels se trouvait sa fille Nawara, alors en grève de la faim. Et il expliquait alors son lien avec les acteurs de la révolution du 25 janvier : « ces jeunes révolutionnaires sont venus avec leurs chansons à eux, leur poésie à eux, leurs mots à eux, leurs musiques à eux. Bien sûr, ils sont aussi dans la continuité de ce que nous étions. Quand j’entendais sur la place un de mes poèmes, j’étais fier de sentir la graine que j’avais semée, il y a des années, devenue une plante. Pour moi, tous ces jeunes sont les fleurs épanouies de mon jardin. Mais alors que, d’habitude, ce sont les parents qui élèvent les enfants, ce sont aujourd’hui nos enfants qui nous éduquent et nous élèvent. »

Ecoutez ici un extrait de notre entretien avec Ahmed Fouad Negm traduit et mis en onde par Aiman Abd el-Hafez pour Arte Radio.


« Quand le soleil se noie dans une mer de brume,
Quand une vague de nuit déferle sur le monde,
Quand la vue s'est éteinte dans les yeux et les cœurs,
Quand ton chemin se perd comme dans un labyrinthe,
Toi qui erres et qui cherches et qui comprends,
Tu n'as plus d'autre guide que les yeux des mots. »


NB : la traduction des poèmes cités est de Omar el Moustapha

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