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Le Club de Mediapart ven. 29 juil. 2016 29/7/2016 Édition de la mi-journée

La haine des causes

Le numéro 2 de la Revue du Crieur sera en librairie le 22 octobre prochain (et en avant-première aux Rendez-vous de l'Histoire) pour continuer d'enquêter sur les idées et la culture et aller contre la tendance à disqualifier les explications historiques ou sociologiques des phénomènes sociaux, assimilées à une « culture de l’excuse ». Une lecture nécessaire à l'heure où les élites européennes préfèrent l'immédiateté de la communication au temps long de la réflexion et où le gouvernement japonais veut bannir les sciences sociales de l'Université.

Le numéro 2 de la Revue du Crieur sera en librairie le 22 octobre prochain (et en avant-première aux Rendez-vous de l'Histoire) pour continuer d'enquêter sur les idées et la culture et aller contre la tendance à disqualifier les explications historiques ou sociologiques des phénomènes sociaux, assimilées à une « culture de l’excuse ». Une lecture nécessaire à l'heure où les élites européennes préfèrent l'immédiateté de la communication au temps long de la réflexion et où le gouvernement japonais veut bannir les sciences sociales de l'Université.

Depuis le 24 août 2015, les sciences politiques ont disparu d’Ouzbékistan. Le despote Islam Karimov a décidé de bannir tous les livres traitant de ce sujet, versés dans un « fonds spécial » inaccessible, et de remplacer ce cursus universitaire par des cours de « théorie et pratique de la construction d’une société démocratique en Ouzbékistan ». Le ministre japonais de l'Éducation, Hakubun Shimomura, s'est, lui, contenté, d'envoyer une lettre aux présidents des quatre-vingt-six universités du pays pour leur demander de se débarrasser des départements de sciences sociales et d'humanités «ou de les convertir afin qu'ils correspondent mieux aux besoins de la société».

Sans parvenir à de telles extrémités, la France et l’Europe, du moins leurs classes dirigeantes, semblent habitées par une semblable peur des savoirs qui dérangent, expliquent et éclairent. Au temps long de la réflexion, elles préfèrent l’immédiateté de la communication. À la recherche des causes, par la perspective historique ou par l’investigation sociologique, elles opposent l’urgence de l’action. À la complexité d’une pensée en mouvement, elles préfèrent la simplicité de mots d’ordre qui figent, assignent et immobilisent : restaurer la République, faire la guerre au terrorisme, réduire les déficits publics – quoi qu’il en coûte aux peuples et aux individus.

Qu’il s’agisse de la crise grecque ou des menaces terroristes, des enjeux sécuritaires ou des questions économiques, la politique contemporaine dans sa version dominante a choisi d’ignorer ce qui fait les sociétés : leur histoire, leurs structures, leurs contradictions sociales et, par-dessus tout, leur foncière diversité ethnique, culturelle et religieuse. Les sciences humaines et sociales sont ainsi bannies, discréditées ou vilipendées, au nom du fait qu’elles installeraient une « culture de l’excuse ».

Tout effort d’explication historique ou d’analyse sociologique d’un phénomène social est disqualifié comme tentative de justification. Aussi absurde que grossier, ce soupçon est une arme idéologique au service de l’ordre établi, justifiant une politique fière de ne plus penser à long terme. Évacuées, les causes sociales de la délinquance, les origines historiques de l’État islamique et de la décomposition du Moyen-Orient, les fondations idéologiques de la crise des dettes publiques et de la zone euro. Circulez, il n’y a plus rien à penser !

Défendant en 1939, face aux totalitarismes, le ressort vital de l’exigence démocratique, le grand philosophe américain John Dewey avait par avance répondu à cet aveuglement politique tissé d’ignorance et de court terme. Recommandant de se « débarrasser des idées qui mènent à croire que les conditions démocratiques se maintiennent par elles-mêmes automatiquement ou qu’elles peuvent être identifiées à l’accomplissement des prescriptions inscrites dans une constitution », il plaçait l’enquête au cœur du « mode de vie démocratique », tant les savoirs qu’elle apporte sont indispensables pour construire patiemment des « habitudes démocratiques de pensée et d’action ».

C’est la raison d’être de la Revue du Crieur, dont le numéro 2 sera en librairie et en Relay le 22 octobre prochain, et en avant-première aux Rendez-vous de l'Histoire, de Blois, samedi prochain.

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Tous les commentaires
  • 21/10/2015 06:46
  • Par arrue

Pour faire très bref, on ne va pas s'étonner de l'aveuglante montée en puissance d'une "reprise en main" de tous les secteurs constituant le "champ idéologique" global 

 

- par le politique (et ses appareils)

- au pur profit de l'économique (financiarisé et mondialisé)   !!!! 

 

Citez un secteur, du plus "bas", au plus "haut", qui y échappe ?  

 

Et le SECTARISME achève la chose. En effet, plutôt que de riposter COLLECTIVEMENT et FRONTALEMENT, les "intellectuels", même "critiques", s'écharpent entre eux (surtout en France, et ici même notamment) ! Comme les partis concernés, d'ailleurs.

 

CQFD. Rageant ! Criant

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