Les clés de l’imaginaire

Le n° 19 de la « Revue du crieur » sort ce jeudi 14 octobre en librairies et Relay, et tente, à l’amorce d’une campagne présidentielle inquiétante, de déverrouiller un imaginaire national fossilisé. Il explore aussi les dérives du CNRS, la planète E-Girl, l’itinéraire du chercheur Bernard Rougier ou encore l’héritage de Simone de Beauvoir.

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« La France ne peut être la France sans la grandeur. » De Gaulle.

« Chère vieille France! La bonne cuisine! Les Folies Bergère! Le gai Paris! La haute couture ! […] C’est terminé! La France a commencé et largement entamé une révolution industrielle.» Pompidou.

« La France n’est pas un pays de réformes, c’est un pays de nouveautés. » Giscard.

« Quand la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde. » Mitterrand.

« La France est un vieux pays, mais elle est aussi une nation jeune, enthousiaste, prête à libérer le meilleur d’elle-même pour peu qu’on lui montre l’horizon. » Chirac.

« La France n’est jamais aussi prête au sursaut que lorsqu’on la croit sur le déclin. » Sarkozy.

« Ma responsabilité, c’est de faire en sorte […] que la France rayonne partout dans le monde grâce à sa culture. » Hollande.

« Il y a peu de pays comme la France où on prétend penser le monde entier. » Macron.

Ce florilège de citations signées – et singées l’une sur l’autre – des présidents d’une Ve République plus que jamais à bout de souffle rappelle à quel point l’élection présidentielle demeure pensée, en France, comme la rencontre entre un homme providentiel et un pays imaginaire.

Or, plus que jamais, cet imaginaire est aussi verrouillé que vieilli : il entonne l’air de la modernité, du progrès, de l’innovation, orchestré par des startupeurs et autres micro-entrepreneures, davantage que par des citoyen·ne·s ; celui de la République, devenue la chasse gardée des conservateurs sur le mode d’un Georges Clemenceau « premier flic de France » ; celui de la place de l’Hexagone dans le monde sur la gamme de la « puissance » et de la « grandeur » de la France ; celui encore du multiculturalisme, avec le répertoire de l’assimilation et de l’identité nationale.

S’ouvre une année de meetings et, avec elle, revient la saison des débats propices aux grands discours comme aux petites phrases, aux belles promesses comme aux sentencieuses mises en garde, chacun·e des candidat·e·s promouvant une certaine idée de la France, fallacieuse au pire, fatiguée au mieux.

À l’amorce de ces mois qui menacent d’être pénibles, la Revue du crieur propose de défaire cet imaginaire national. Moins dans l’idée de se le réapproprier qu’en vue de le faire exploser et de le libérer de ses pesanteurs historiques et de ses crispations idéologiques.

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