Le Crieur N°12 sort la semaine prochaine !

Le dernier numéro de la Revue du Crieur, qui sort jeudi 21 février, enquête sur la New Romance, le retour du clash entre intellos, le masculinisme et les Punks chinois. Tout en revenant sur les 25 ans du génocide des Tutsi et les 20 ans de la guerre au Kosovo. A vos librairies !

« Le plus excellent symbole du peuple, c’est le pavé. On marche dessus jusqu’à ce qu’il vous tombe sur la tête. » La formule de Victor Hugo traverse les siècles pour rappeler que la notion de peuple convoque presque toujours celles de dignité et de surgissement. Extraite d’un recueil de notes posthumes intitulé Choses vues, elle peut aussi signaler la nécessité de toujours bien regarder ce qui se produit du côté du populaire, avant de vouloir y repérer, qui un ferment révolutionnaire, qui une pente réactionnaire.

Tantôt assimilé à une transcendance positive, tantôt porteur d’une consonance négative, le peuple, tel qu’il a été remis sur le devant de la scène par les gilets jaunes, demeure, à l’instar du désormais fameux chasuble, un signifiant flottant, propice à toutes les appropriations, qui ne fait souvent que réfléchir les désirs de celles et ceux qui pensent l’observer ou prétendent le diriger. A cette aune, la révolte française de l’hiver 2018 constitue à la fois une clarification et une accélération.

Clarification puisque le soulèvement des gilets jaunes vient rappeler que le peuple ne se limite pas, d’un côté, à une entité plus ou moins stable que les démocraties représentatives sont désormais bien incapables de représenter, et, de l’autre, à une communauté homogène réduite à des caractéristiques identitaires. Et qu’il n’y a donc pas de fatalité à accepter le face-à-face mortifère et mensonger auquel on voudrait réduire la politique contemporaine entre soi-disant progressistes et autoproclamés défenseurs du peuple, d’abord soucieux de le réduire à sa composante ethnique et autoritaire. La révolte de cet hiver réveille une troisième idée du peuple, en tant qu’il cristallise à la fois une situation de domination et une possibilité de débordement.

Accélération dans la mesure où la mise en cause, dans la rue et sur les routes, de démocraties libérales exsangues et iniques, peut aussi bien faire jonction avec leur remise en cause dans les urnes, visible lors des élections récentes au Brésil ou aux Etats-Unis de présidents racistes voire fascistes, que faire pression pour leur nécessaire métamorphose vers beaucoup plus de justice sociale et fiscale.

Dans l’hypothèse optimiste, convertir les exigences d’égalité comme les rancœurs et les colères accumulées en passions joyeuses ne passera pas seulement par des jets de pavé, même si l’on considère celui-ci comme le symbole du peuple. Cela suppose aussi de desserrer l’étau européen et d’en finir avec le carcan économique dont il est le garant, et non seulement avec des institutions nationales sclérosées.

Les prochaines élections européennes – dont les classes populaires se sont détournées depuis longtemps – pourraient-elles alors l’occasion de dessiner la couleur du peuple européen ? Peut-on imaginer une mobilisation jaune à l’échelle du continent, qui ne soit pas investie par les partisans de Salvini ou Orban ? Réponse dans quelques mois. Le temps de lire cette nouvelle livraison roborative de la Revue du Crieur.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.