Le monde renversé

Le N°18 de la Revue du Crieur sort ce jeudi 18 mars et donne voie à des brèches dans le domaine de la santé, de l’anthropologie, de la politique au Brésil, de la poésie, de la BD : comme si le « monde d’après », souvent moqué, s’immisçait bien jusqu’à nous, sans fracas ni grande déclaration, mais de manière obstinée et répétée, dans différents domaines de la vie.

Vous connaissez par coeur les noms de vaccins produits par Moderna, AstraZeneca, Pfizer-BioNtech ou Johnson&Johnson. Et même le russe Sputnik V ou le chinois de Sinopharm. Mais avez-vous entendu parler des « VaccineMaitri », ces dizaines de millions de doses de « vaccins de l’amitié » qui partent, depuis le début de l’année, des ports indiens à destination de pays pauvres d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique Latine ? Ou de Soberana  1 et Soberana 2 que Cuba, pays exsangue économiquement, finit de développer avec comme objectif d’immuniser l’ensemble de sa population en 2021, et d’aider aussi l’Iran ou le Venezuela, pénalisés par les sanctions internationales ?

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Quoi qu’il en soit, vous n’entendrez pas de si tôt parler d’un vaccin de Sanofi. Dont le retard est symptomatique de la perte de vitesse des laboratoires de recherche qui ont été longtemps un fleuron français. Et dont l’attitude actuelle – licenciements à foison et dividendes records – montre la vanité des différences saillies sur la « réinvention » ou la « résilience » des modèles qui nous ont mené à la faillite politique et écologique mise en lumière par le coronavirus.

La façon dont certains pays asiatiques, tels Taïwan, ont géré l’épidémie par rapport à l’Europe ou aux Etats-Unis nous avait déjà rappelé qu’il n’y avait plus grand sens à parler dichotomiquement de « tiers-monde » et de « pays développés ». Et que la « solidarité internationale » - dont l’absence, au-delà de questions morales, serait synonyme de nouvelles vagues épidémiques – ne dépend pas de réunions à Paris, Londres, Washington ou encore moins Davos.

Pour que ce renversement géopolitique déjà en cours ne constitue pas simplement une redistribution des profits, encore faut-il qu’il s’accompagne d’un soulèvement du monde du maintenant. C’est à penser cela que se consacre ce nouveau numéro du Crieur, en donnant voie à des brèches dans le domaine de la santé, de l’anthropologie, de la politique au Brésil, de la poésie, du pouvoir masculin, de la BD, de l’esthétique du quotidien : comme si le « monde d’après », souvent moqué, s’immisçait bien jusqu’à nous, sans fracas ni grande déclaration, mais de manière obstinée et répétée, dans différents domaines de la vie.

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