Enlarge your politics : sortie du Crieur N°11

Le dernier numéro de la Revue du Crieur, qui sort jeudi 18 octobre, se donne, avec David Graeber, un programme ambitieux : «comment changer le cours de l’histoire ?» Un impératif qui impose de scruter la politique américaine comme l’esprit de la Silicon Valley et d’arpenter les friches culturelles ou ce que peut (encore) la littérature.

Une barista latina et socialiste, une Africaine- Américaine en guerre contre les violences faites aux femmes, une ingénieure transgenre, une actrice militante lesbienne, un ancien guitariste d’origine irlandaise doté d’un surnom hispanique... À New York, Boston ou dans le Vermont et le Texas, les noms et les visages d’Alexandria Ocasio-Cortez, Ayanna Pressley, Christine Hallquist ou Beto O-Rourke percutent de plein fouet l’establishment du parti démocrate, mal remis d’avoir échoué, avec Hillary Clinton, à empêcher l’accession d’un magnat de l’immobilier incompétent et menteur à la Maison-Blanche.

Au moment d’élections de mi-mandat décisives autant pour le destin des États-Unis que pour l’avenir géopolitique et géologique de la planète, une génération propulsée par la campagne Sanders transforme les pratiques de la gauche américaine en articulant stratégie électorale et théorie du capital, rénovation du parti démocrate et pratiques démocratiques innovantes, conquête des isoloirs et souci des isolés.

Julia Salazar, jeune travailleuse sociale latina marxiste en course pour le Sénat à New York, est ainsi à la fois membre du parti démocrate et de Democratic Socialists of America, une organisation passée de dinosaure marginal de la politique américaine à pôle d’attraction conquérant sous l’impulsion d’un renouveau intellectuel de la gauche, documenté dans le numéro 8 du Crieur, et emmené notamment par la revue Jacobin.

9782348040726
Ces candidats – et surtout candidates –, souvent jeunes et issus des minorités, n’ont pas fondé leurs victoires aux primaires démocrates sur leur seule « diversité ». Ils ne sont pas seulement, en effet, les enfants du choc Trump et du dégoût de l’époque Clinton, mais aussi les héritiers des déceptions de la présidence Obama. Ils réinjectent donc de la lutte des classes dans une pensée radicale longtemps monopolisée par les «identity politics» et entendent ainsi peser sur les choix de la première puissance mondiale, où les inégalités sont telles que l’espérance de vie globale est en baisse.

En parvenant à ébranler, depuis un espace institutionnel et politique fortement contraint, l’alternative entre faux progressistes et nationaux protectionnistes, ces exemples interpellent de notre côté de l’Atlantique. À quelques encablures des élections européennes, le clivage entre Emmanuel Macron et Matteo Salvini, ou entre libéraux et populistes, prétend en effet structurer la politique sur le Vieux Continent, non sans faire l’impasse sur le fait que le président français n’est libéral qu’en matière de mœurs et d’économie et que la Ligue du Nord a toujours défendu la dérégulation capitaliste.

« Comment changer le cours de l ’histoire » est le titre du dossier de ce onzième numéro du Crieur, qui plonge dans la Préhistoire, mais devrait aussi résonner avec un futur proche si l’on veut échapper aux mâchoires d’une tenaille politique mortifère.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.