RPMR : Ode aux jardins morts-vivants (mais plus vivants que morts)

Vers 6 heures, ce jeudi 2 septembre, la répression d’une lutte inédite a tué des terres et des ouvrier.ères.

Un billet disponible sur mon sitedédié. Publié exceptionnellement en intégralité sur Mediapart.

Aujourd’hui, les jardins à défendre (JAD) sont morts.

Mais tout le monde s’en fout.

Les machines de la machine sont venues, ont vu, ont vaincu. Un matin, dès l’aube, un jeudi, en septembre, nuageux, la chaleur montante, l’immédiateté de la destruction a mâté le vivant réel et ses défenseur.euses.

Les tenant.es du progrès ont raison. Comme ils le glorifient eux-mêmes, ils sont la raison. La raison face à l’hérétique fait de se nourrir, de partager, de réparer, de vivre. La raison technique et “profitique” contre la simplicité complexe de la lutte et de l’espoir. Finalement, la puissance du nombre et des moyens d’un côté et la force collectivisée et matérialisée de la sagesse de l'autre.

Plus trivialement, grâce à leurs bulldozers et leur police, les intérêts capitalo-politiques ont marché sur Aubervilliers. Au mépris de son air, de ses populations, de ses terres, des sentiments, des liens et des amitiés. Au nom d’un avenir certain, assuré, vanté paisible, jouasse, divertissant, spectaculaire. Ça y est, le tapis rouge est déroulé pour accueillir les plaisirs et l’argent maculés du sang de ceux d'ores et déjà oublié.es.

Êtes-vous conscient.es ? Non, pour vous, après la guerre, Paris est une fête. Paris est grand, Paris s'agrandit. Un Paris qui, pour ce faire, expulse, détruit, punit. Des télés, des idoles, des éclaboussures d’opulence (et de prestance globalisée) valent mieux que le silence d’un plan de tomates ou que le chant des oiseaux. Le bonheur de quelqu’un.unes, l'asservissement des publics, écrasent le quotidien des rêveur.euses. Je veux dire, ceux qui rêvent de manger suffisamment et de se lever sereinement.

Le 2 septembre 2021, les constructeur.euses ont regardé le film de leur disparition. Leurs barricades, leurs murailles, leur attirail auto-défensif ont été éclipsé.es par les bâtisseur.euses. Bientôt, le béton recouvrira les verres de terre, les cultures, le bois, l’humide, les racines et clôturera le passé. Car il s’agit, tout bonnement, d’une tentative d’effacement des mémoires, d’une éradication du toujours pour l’édification de l’après.

J’espère, malgré cela, que des temps heureux nous attendent. En fait, j’y crois. Je n’y croyais plus. Mais la succession des échecs, des volontés d’anéantir et de saccager ce qu’il reste sème les pousses des résistances. Ces expériences prospèreront, ces luttes gagneront. Ce qui est éphémère ne doit son existence qu’à un artefact chimérique, tandis que ce qui est là existe justement parce qu’il donne de sa présence et se manifeste. 

Sachez une chose : s’ils braquent leurs armes vers nous, c’est parce qu’ils sont terrifié.es. Et non l’inverse.

Nous ne mourrons plus, eux s’éteindront.

Message des collectifs en lutte : un rassemblement de soutien se tiendra ce jeudi devant la marie d’Aubervilliers, à 18 heures. 

Pour aller plus loin : https://lundi.am/La-mobilisation-des-jardins-ouvriers-une-lutte-d-ecologie-populaire

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