Chronique n°0 - Jeunesses : leurs maux et leur au-delà

Chronique. La nouvelle décennie, qui s'est ouverte par une crise sanitaire déstabilisatrice, verra une série de menaces gagner en intensité : réchauffement climatique, extrême-numérisation, polarisations, etc. Les "jeunes", mot valise, se trouveront à leur épicentre. Par le truchement du témoignage, je prendrai le pouls de ces jeunesses, tiraillées entre désenchantement et circonspection.

“C’est dur d’avoir 20 ans en 2020”

Emmanuel Macron

 

Où est la jeunesse ? Où sont les jeunesses ? Qui sont les jeunes ? Que font-ils ? Qu’espèrent-ils ? Que craignent-ils ? Autant de questions pour si peu de considération. Ils tentent bien d’y répondre, les autres. Enfin, ils croient y répondre. De toute manière, il faut bien que jeunesse se passe. C’est une période transitoire, où nous nous sentons nageur.euse.s entre deux rives, au confluent d’un monde qui nous apparaît soudainement abstrait, lamentable, immonde. Alors qu'ils nous qualifient de révolutionnaires, nous aspirons juste à un semblant de dignité. La plupart du temps, notre lutte première est de savoir si nous pourrons dormir et manger décemment plutôt que de faire la révolution. Le facteur “réchauffement climatique”, emprunt d’incertitudes, est devenu, ces dernières années, le chaînon manquant de nos vies angoissantes et humiliantes.

En 2020, le Covid-19 - le simple fait de l’écrire nous noue le ventre - n’a fait que ternir ce tableau maussade. Il nous a précarisé.e.s, tétanisé.e.s, tué.e.s un peu plus. Ne nous parlez pas d’idéalisme de la jeunesse - belle et lyrique. Nous sommes les matérialistes du siècle chancelant. Trop de fois, nos espoirs ont été vidés de leur incandescence. Trop de fois, nous avons cru aux milles et uns mythes qu'ils nous vendaient. Trop de fois, nous nous sommes laissé.e.s bercer par leur poésie libérale. Seulement, nous en sommes parvenu.e.s à un point tel, que leur promesses grincent désormais dans nos cauchemars.

Nous ne voulons plus de vos cauchemars. Nous souhaitons quitter notre cellule et brûler le reste derrière nous. Avec vous dedans. Les cendres tourbillonnantes seront nos illusions déchues.

Non, nous ne goûtons plus aux délices insurrectionnels. Nous sommes la révolution. Nous sommes le monstre que vous avez créé. Ou plutôt : nous sommes les destructeur.rices.s des courroies qui le soumettaient. Et nous l’aimons, ce monstre. Nous l’aimons, parce qu’il est la dernière beauté de votre monde - sinon l’unique.

Nous sommes fier.ère.s. Fier.ère.s d’incarner cette génération que vous prétendez perdue. Perdu.e. car vous vous bornez à l’appeler génération-Covid. Par quel cynisme vouloir nous aliéner le nom de notre bourreau ?

Nous sommes la lutte. La lutte que vous ne comprenez pas. La lutte qui n’est pas vindicative mais libératrice. A quoi bon s’acharner sur nos meurtrier.ère.s ? Nous laissons le charnier aux vautours dénués de commisération.

Nous autres, les jeunesses fières et puissantes, sommes la réorganisation de demain. Nous sommes le cœur battant de la terre et le chant des oiseaux. Nous sommes ces paroles, ces périls et ces cris. Ces maux, vous aurez - oui, vous - le loisir - et le plaisir, nous l'espérons - de les entendre et - nous l'espérons également - de les comprendre.

Avant votre agonie.

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