La civilisation technique : un enfant la détruira

Qu'est-ce que ça cherche, un homme ? Quand on ouvre le regard, on est toujours comme un premier homme au monde. Et on se dit "quoi" ? Mais quand nous aurons donné toutes les réponses elle ne remplirons pas. C'est le fait d'ÊTRE qui est la question...

Tiré du chapitre VII - Qu'est-ce qui n'est pas 20 sous ? (5 mai 1980) - Du livre : "SEPT JOURS EN INDE AVEC SATPREM" - propos recueillis par Frédéric de Towarnicki (Robert Laffont, 1981).

La civilisation technique : un enfant la détruira

T : Satprem, le monde de la science et de la technique est aujourd'hui fortement implanté, installé dans le monde : de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud. Cela représente une force considérable. Comment peut-on...

Oh ! un grain de sable. Un grain de sable et la mécanique s'arrête. Oui. Excusez-moi, je vous ai interrompu.

T : ... Comment peut-on imaginer qu'une expérience spirituelle pourrait ébranler, disloquer, transformer ce formidable dispositif ? 

(Court silence)

C'est un énorme monstre, mais... il est fragile.

Même en 1910 ou 12, Sri Aurobindo avait regardé cette civilisation occidentale, et il avait eu une phrase assez terrible. Je me souviens, il disait ceci (dans un de ses aphorismes) :

"L'Europe se vante de son organisation et de son efficacité pratiques et scientifiques. J'attends que son organisation soit parfaite, alors un enfant la détruira."

Oui, il avait vu.

Il suffit d'un grain de sable dans cette énorme mécanique. 

Tout d'un coup, en 1973, nous l'avons vu aussi : il suffit de fermer le robinet de pétrole et tout commence à aller de travers.

Cette mécanique, si formidable, ressemble à nos vaisseaux de l'espace. Nous sommes, en fait, dans une espèce d'énorme "capsule" scientifique, et puis il y a un petit boulon qui est mal serré, et puis d'un seul coup toute la capsule est asphyxiante.

Il suffit d'un petit boulon mal serré : tout s'arrête.

Que savons-nous si l'évènement de 73 - le premier embargo pétrolier - ne pourra pas se reproduire à une échelle plus radicale ? ou même quelque chose de très inattendu, à quoi personne n'a pensé, et puis tout d'un coup cette énorme mécanique s'arrête.

Mais du jour où l'on ne peut plus la nourrir, cette mécanique, eh bien, ça va de Quimper-Corentin à Hong Kong et à Washington : tout s'arrête.

Et alors l'homme se retrouve sans sa mécanique... eh bien, comme il était il y a cinq mille ans !

Alors c'est là où, réellement, tout d'un coup, si une panne pareille arrive, c'est là où l'homme ouvrira un regard... assez effrayant sur lui-même et sur sa condition. Il se retrouvera, brusquement, comme au début de toutes les civilisations, mais avec la conscience intérieure de tout le cycle parcouru. Et il se dira : "Quoi ?"

En quoi se sentira-t-il avancé ?

Il arrivera peut-être, alors, à cette seconde "pure" au fond de l'homme où on doit ÊTRE quelque chose. Pas une addition de mécanique + famille + philosophie + religion, mais où l'on doit être son propre battement humain REEL. 

Si une seconde comme celle-là s'empare de l'humanité parce que sa mécanique craque, alors, réellement, une autre dimension pourra envahir le coeur humain. (p.182 à 184)

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Pour les sceptiques, j'aimerais rajouter ce dernier extrait à apprécier dans toute son étendue : 

"Mais ils oublient une chose : c'est que l'évolution, c'est quelque chose qui est per-pé-tuel-le-ment hérétique. Il n'y a rien de moins orthodoxe que l'évolution ! Elle a passé son temps à CASSER des impossibilités - ce qui était impossible pour le poisson est devenu quand même possible après."

Alors, Sri Aurobindo, avec son merveilleux humour, imagine très bien, au début de l'évolution, un logicien qui serait là et puis qui regarderait les choses - qui regarderait cette Matière...

Voici le propos qu'il fait tenir à ce premier logicien imaginaire : 

"Quand il n'y avait que la Matière et pas la Vie, si l'on avait dit à ce logicien que, bientôt, la Vie naîtrait sur la terre, dans un corps de matière, il se serait écrié : "C'est impossible ! ça ne peut pas se faire - quoi ? cette masse d'électrons, de gaz, d'éléments chimiques, ce tas de boue et de cailloux et de métaux inertes, comment allez-vous tirer la Vie de là-dedans ? Est-ce que les métaux vont marcher ?"

Est-ce que les cellules vont sortir de leur programme ?

C'est le défi de Mère et de Sri Aurobindo.

C'est vraiment la question de notre temps.

Ce n'est plus de la philosophie, ce ne sont plus des histoires de civilisations qui suivent une autre civilisation...

C'est réellement une révolution à faire dans la Matière.

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Et nos gouvernants n'ont rien de mieux à nous dire 

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