"La vie solide, la charpente comme éthique du faire"

La pensée bien charpentée À propos de : Arthur Lochmann, La vie solide. La charpente comme éthique du faire, Payot

La vie solide, la charpente comme éthique du faire

J'ai lu ce livre et j'avoue que j'en ai retiré un très grand plaisir.

Là où l'on comprend que dire et faire sont compagnons du voyage de l'homme sur notre bonne vieille Terre.

 

L’artisanat, trop décrié, serait-il un modèle pour la vie intellectuelle,

mais aussi pour réformer les formes contemporaines du travail ?

C’est ce que prône un jeune juriste et philosophe qui a fait le détour par le métier de charpentier.

 

Jouer du violon est une chose très facile. Il suffit de faire glisser l’archet sur les cordes et de les pincer avec l’autre main. Si personne de censé n’adhère à cette proposition, il suffit pourtant de remplacer les gestes du violoniste par ceux d’un travail manuel ordinaire, tel que le sciage ou le clouage, pour mettre tout le monde d’accord. À rebours de ces clichés, l’ouvrage d’Arthur Lochmann cherche à réhabiliter le geste artisanal en célébrant sa complexité. Dans la lignée de Richard Sennett, il va jusqu’à considérer que l’artisanat est un modèle à suivre pour soigner les maux du travail contemporain.

L’auteur a suivi un parcours qui sort de l’ordinaire. Après des études en droit et en philosophie, il a appris le métier de charpentier auprès de la Fédération compagnonnique avant d’œuvrer dans plusieurs entreprises de France et d’ailleurs. Après cette escapade d’une dizaine d’années, il est aujourd’hui revenu sur les bancs de l’université et termine sa formation d’avocat. De cette expérience, il tire un récit sincère, étayé par de solides références philosophiques. Accessible tout en étant complexe, nuancé sans être maniéré, le propos est coloré par l’usage du vocabulaire de métier dont il dévoile les significations matérielles et symboliques. Arthur Lochmann n’est pas le premier intellectuel à s’aventurer dans un atelier, mais à la différence de Simone Weill ou des maoïstes des années 1970, son projet n’est pas de mener une révolution. Il s’agit plutôt de cheminer en quête de soi-même et de renouveler son rapport à la réalité par l’apprentissage d’un métier pour en arriver à « penser matériellement en [se] servant de [ses] mains et en admettant le verdict des choses » (p. 197). Fort de cette expérience qui est décrite dans la première partie du livre, l’auteur en tire des leçons pour proposer un modèle qui libère la société des bullshit jobs et de la course à la disruption.

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