à l'épreuve de l'Autorité pervertie

Un billet auquel j'ai participé me permet de revenir sur le conflit que j'ai vécu, et il me permet ainsi de mettre en lumière ce qui se passe lorsque l'autre - celui qui détient une autorité déléguée par le groupe auquel il appartient - se permet de déroger à la règle qu'il cherche à imposer. Je crois que je n'ai jamais été aussi concise dans cette explication ! Voici l'échange en question.

C'est sur le blog de Salah Lamrani, en conflit lui-même avec l'institution, que j'ai pu échangé avec digitalmum ; c'est cet échange qui m'a permis de condenser en peu de mots ce que j'ai vécu moi-même dans ce type de conflit. Aujourd'hui je suis toujours aussi étonnée que si peu de mots suffisent à relater une expérience qui a duré autant d'années, avant que je ne comprenne pleinement ce que j'avais vécu au travers de cette épreuve là !!!

Il me semble que ce que nous vivons en nos temps de révoltes est du même genre, cela pourrait aider à comprendre certains épisodes... Le "contrat" qui nous lie n'est plus le même et nos élites s'étonnent que nous ne soyons pas aussi souples qu'elles le voudraient ! Mais un contrat se conclut entre des parties et il faudrait enfin entendre que l'autre partie n'est pas d'accord avec le nouveau contrat proposé.

Que des personnes si intelligentes ne le comprennent pas m'étonnera toujours ! Les caprices n'ont aucune force de Loi que je sache. Seul le dialogue peut faire bouger les lignes et nous en sommes si loin.

https://blogs.mediapart.fr/salah-lamrani/blog/080316/un-terroriste-islamiste-dans-l-ecole-de-la-republique-jour-7/commentaires#comment-7435169

(ce lien n'existe plus, Salah Lamrani a effacé son blog)

 

 

Salah Lamrani, vous avez une sacré énergie ! Mais je peux le comprendre, lorsque l'on est dans ce type de lutte on parvient à trouver des trésors enfouis au fond de soi pour faire face encore et encore.

Juste une remarque concernant la FCPE ! Ne croyez surtout pas que tous les parents adhérents à cette fédération soient à ce point aveugles. Lorsque j'étais moi-même en lutte, j'étais la responsable d'un conseil de parents d'élèves FCPE, mais il est vrai que j'ai pu constater alors trois sortes de réactions.

Les parents qui avaient connu le conflit dès le départ parce qu'ils faisaient déjà partis du conseil depuis un certain temps et l'avaient vu monter en puissance. Mais même parmi ceux-là il y avait certaines nuances au niveau de l'engagement.

Les parents qui arrivaient en début d'année et ne pouvaient pas comprendre les tensions qui existaient. Un manque d'informations n'est pas facile à combler car l'expérience fait défaut.

Les parents enseignants qui à un moment donné, parce qu'ils étaient enseignants aussi, ne pouvaient pas suivre les "simples" parents qui remettaient en cause les prérogatives du principal. J'imagine qu'ils craignaient que leurs propres prérogatives soient aussi remises en cause. Il faut beaucoup d'autorité personnelle pour accepter une certaine vulnérabilité... ces fameuses contradictions (autorité - vulnérabilité) paradoxales qui montrent que l'on a compris certaines choses essentielles de la vie.

Si vous avez eu le temps de lire mon travail, vous avez compris ce qui, dans la culture française laïque, donne autant de force pour lutter contre l'injustice. Avez-vous pu découvrir ce qui, dans la culture arabo-musulmane, pouvait renforcer ce désir ? 

 

 

 

Bonjour Josiane,

Désolé de n'avoir pu revenir vers vous, vous comprenez mieux pourquoi maintenant.

Pas de malentendu pour la FCPE, les trois têtes de serpent se sont fait humilier sous mes yeux par 30 à 40 parents au nom desquels ils s'exprimaient. Les manipulations ne durent qu'un temps.

L'Islam & la parole de Dieu, c'est avant tout la justice envers et contre tous, incarnée par le Coran, le Prophète (saas) et les Saints (as), et même chaque atome de l'Univers, condition même de l'existence de la Création. J'aurai l'occasion d'écrire longuement là-dessus, mais commencez par lire attentivement le Coran. Un petit hadith : le meilleur des djihads est une parole de vérité face à un tyran. Voyez l'exemple de l'Imam Hussein (as) face à Yazid...

Au plaisir.

 

Merci, j'ai lu - http://www.al-imane.com/limam-hussein-as-le-maitre-des-martyrs/ - et je comprends mieux.

Je vais chercher des informations au sujet des différences entre chiisme et sunisme ?

 

Entre autres, je relève :

"J’ai pu constater son vide intersidéral avant qu’il ait le temps de le garnir"

Il n'y aurait pas un petit souci syntaxique ?

Pour le reste : c'est clair, c'est un complot.

 

complot (Larousse) :

  • Atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation.
  • Résolution concertée de commettre un attentat et matérialisée par un ou plusieurs actes.
  • Par extension, projet plus ou moins répréhensible d'une action menée en commun et secrètement.

Je ne crois pas au complot, par contre les pressions que l'on ressent dans ces systèmes autoritaires et hiérarchiques amènent les individus à agir de manière étonnante. 

Je me demande si, dans la formation que reçoivent les futurs responsables d'un niveau hiérarchique, les personnes ne reçoivent pas l'injonction de se faire obéir dans toutes les situations, et cela à n'importe quel prix, plutôt que de trouver des solutions plus "pratiques" qui permettraient de résoudre les conflits plus en "douceur" ?  S'enferrer dans les chemins de l'exclusion n'est vraiment pas constructif et nombreux sont ceux qui en pâtissent.

Quand les responsables hiérarchiques n'y parviennent pas, les niveaux hiérarchiques supérieurs entrent en jeu et là tout foire car celui qui subit l'exclusion a beaucoup de difficultés à accepter une telle cohésion dans l'injustice qu'il vit.

Chacun fait comme il peut très certainement, mais une formation à la gestion des conflits serait plus que nécessaire à ces niveaux là.

 

Il y a du vrai dans ce que vous écrivez.

Et/ou il y a aussi des personnes qui ne supportent pas l'autorité et l'état de subalterne et qui voient cela comme du harcèlement.

Quant au cas de ce monsieur Lamrani, ses propos outranciers, ses comparaisons fumeuses, ses invectives à peine voilées, masquent l'éventuel bien-fondé de son "combat".

En revanche, cela permet d'appréhender ses qualités de professeur de français. Il ne suffit pas dire les choses pour qu'elles soient vraies.

 

Je ne vais pas parler de Salah Lamrani, mais de ma propre expérience. On ne parle bien que de ce que l'on connaît.

J'ai eu à vivre un conflit avec un principal de collège ; à l'époque j'étais responsable d'un conseil de parents d'élèves, et c'est à ce titre que j'étais "intégrée" à la structure du collège puisque j'étais aussi au CA de l'établissement. Hors de cela je n'aurais eu aucune légitimité que la mienne pour la demande que nous (fcpe) formulions alors. C'est également parce que j'étais au CA que j'ai pu constater les abus de pouvoir qui ont eu lieu à ce moment là.

Je peux vous assurer que j'ai eu de nombreuses interventions de personnes extérieures à l'établissement qui ne connaissaient rien au conflit et qui cherchaient à me faire taire. Chacun s'ingéniait à me démontrer par A + B l'incongruité de ma position. Je portais tort à l'institution ! J'allais au delà de ma responsabilité, je ne l'ai pas entendu mais je suis certaine que d'autres m'ont qualifié de folle.

Je suis partie lorsque j'ai vu que les parents qui avaient suivi jusqu'à un certain moment se retiraient et ne comprenaient plus mon désir de confrontation. C'est alors que le conflit est devenu personnel, j'ai démissionné de ma fonction et j'ai quitté l'établissement en octobre. Pendant 9 mois plus personne n'a entendu parlé de moi. C'est au mois de juin suivant que j'ai refusé à mon tour d'obéir à une injonction venant de l'établissement. Un enseignant avait sanctionné ma fille pour un chewing-gum qu'elle avait oublié de jeter avant d'entrer en cours d'EPS. Voici le courrier que j'ai envoyé au collège :

A l’attention de la C. P. E. et du professeur
Madame, Monsieur,
J’ai lu le mot que Mr…. a marqué dans le carnet de correspondance de ma fille. Il m’a fait réfléchir et je vois mieux ce qui me déplaît dans cette punition. Je vais vous l’exposer.

Elle sanctionne le manquement à une règle du collège. Je suis d’accord pour accepter une règle qui s’applique à tout le monde. Mais pour moi ce monde ne s’arrête pas aux seuls élèves, il concerne aussi ceux qui font les règlements. Or au collège de ….., les règles sont imposées aux plus jeunes pour des questions évidentes de rapport de force. Les adultes chargés de les éduquer les contournent ou les aménagent pour leur plus grand profit (rappel du C. A. de Mars …. dont les décisions ont été détournées) ce qui me paraît autrement plus grave qu’un simple chewing-gum dans un gymnase.

La leçon que je tire de cet épisode est que « les plus petits » devraient toujours respecter les lois alors que les « autorités supérieures »[1] peuvent composer avec. Je refuse cette façon de penser qui est absolument contraire à mes valeurs fondamentales[2].

Ce que je veux que ma fille retienne dans la vie, c’est que nous sommes égaux (jeunes et adultes) devant la Loi, et, si elle n’est pas respectable[3], de ne pas se sentir obligé d’obéir à une chose avec laquelle elle ne serait pas d’accord.

Je viendrai au collège ce soir à 16 h 30 pour emmener ma fille. Dans le cas contraire j’avertirai les autorités académiques et plus s’il le faut.
Veuillez agréer, Madame, Monsieur, mes salutations distinguées.


[1] Théocratie   [2] Républicaines   [3] Puisque pervertie par « l’autorité » elle même.

J'avais tenté de discuter avec le professeur en lui demandant de faire un rappel à la sécurité plutôt que de sanctionner, en fin d'année scolaire ma fille était très fatiguée physiquement. Mais l'enseignant a refusé et c'est sa réponse qui a provoqué ma lettre, il me disait qu'il y avait une loi et qu'elle était la même pour tous !!!  Un site internet a suivi - http://josiane.blanc.pagesperso-orange.fr/ -  puis un livre...

Vous voyez que ce qui se passe dans ce type de situation n'est pas du tout anodin et qu'en "général" nos réactions ne sont pas sans fondement, il est difficile à atteindre c'est vrai, mais je vous prie de croire que lorsqu'on y parvient c'est particulièrement puissant.

 

 

Voici enfin ce qui m'a permis de comprendre l'abus de pouvoir, non plus par l'expérience mais de manière conceptuelle, entre ces deux "moments" il s'est passé un certain nombre d'années !

« Pour ne pas obéir aux hommes, les hommes ont inventé cette forme de pouvoir qui, ennoblissant l'obéissance, ne crée pas l'autorité, mais en affecte les formes. Produit de la dissociation de l'autorité et de l’individu qui l'exerce, il résulte de ce que les juristes appellent une institutionnalisation... Encore faut-il une réflexion sur le pouvoir lui-même, sur sa genèse, son évolution, son agencement, et sur les crises pouvant l'affecter car il reste au coeur du débat. Etant une idée, « il suppose des esprits prêts à le penser ». (Georges Lescuyer, L'histoire des idées politiques, 2001, 14e édition, p. 15).

Je n'avais pas obéi à l'homme dont la fonction était celle d'un principal de collège, mais j'avais obéi à ce qui nous liait, l'Autorité de la Loi que cet homme avait bafouée. A l'époque cette découverte a effacé toute la colère que j'avais pu ressentir.

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