Ce billet est une suite à mon commentaire posté sur le billet de La Rédaction de Médiapart : Jospin contre Napoléon
J'ai eu l'occasion de m'intéresser à Napoléon à la suite d'une recherche menée à l'occasion d'un conflit avec l'institution scolaire. "L'objet" de cette recherche est passé par Napoléon lorsque j'ai rencontré cette phrase de Philippe Meirieu :
"il n'existe pas d'autres pays que la France qui ait à ce point construit son système scolaire contre la famille" - http://josiane.blanc.pagesperso-orange.fr/fichiers_pdf/la_pedagogie_autoritaire.pdf
suite :
C'est parce que je suis passée par Napoléon que j'ai pu aller aussi loin dans ce travail. Voici ce que j'ai trouvé sur lui à partir de la page 22 de mon mémoire - http://josiane.blanc.pagesperso-orange.fr/fichiers_pdf/memoire_maitrise.pdf - (p.20 une introduction nécessaire !).
Mon mémoire date de 2001, aujourd'hui je dirais probablement les choses différemment, mais à l'époque je découvrais tout cela et ce fut un vrai choc car je n'avais aucune conscience de ces "constructions" là et de leur puissance. Nous devons apprendre à faire la part des choses de la vie plutôt que de balancer entre le "tout bien" et le "tout mal", c'est à ce prix que nous sortirons d'une éternelle plainte et pourrons construire différemment notre Pays.
Extrait de mon mémoire (p.17-18) faisant le lien entre Napoléon, les structures scolaires et la pédagogie choisie par ceux qui le suivirent dans le désir de diriger les esprits :
Diriger les esprits afin de garantir l’ordre et la stabilité sociale est le mythe fondateur du monopole de l’enseignement. En m’appuyant sur le travail de Patrick Viveret et sa proposition de lecture de l’humain, reprise en début du chapitre “Napoléon”, je propose la réflexion suivante :
* Si on admet que le besoin de protection est un des besoins fondamentaux de l’être humain,
* Si on admet que lorsqu’il n’est pas satisfait il peut entraîner un désir de pouvoir plus ou moins fort,
* Si on accepte que le pouvoir passe par la direction des esprits,
Alors nous pouvons comprendre que le monopole de l’enseignement tel que l’a voulu Napoléon a pour assise la souffrance qu’il a connue à Brienne. “L’enfant écoute, refoule cette envie de hurler, de s’enfuir. Chez lui, dans sa maison, on l’appelait Rabulione, celui qui touche à tout, qui se mêle de tout” (Gallo, p 23) et “Il est certain que c’est à Brienne que Napoléon se forma. Il l’a dit lui-même : ‘Pour ma pensée, Brienne est ma patrie : c’est là que j’ai ressenti les premières impressions d’homme” (Lacour-Gayet, p 8).
de la souffrance d’un enfant à un Etat totalitaire
Cette découverte me rend l’homme plus attachant, et je comprends mieux ce constat de Lacour-Gayet : “Tout dans cet homme était démesuré et splendide. Il était au-dessus de l’Europe comme une vision extraordinaire... entre deux guerres, il creusait des canaux, il perçait des routes, il dotait des théâtres, il enrichissait des académies, il provoquait des découvertes, il fondait des monuments grandioses, ou bien il rédigeait des codes dans un salon des Tuileries... Mais le politique ternissait le victorieux, le héros était doublé d’un tyran, le Scipion se compliquait d’un Cromwell, une moitié de sa vie faisait à l’autre moitié des répliques amères” (p 575).
Connaissant aujourd’hui l’importance des émotions et des sentiments refoulés dans l’enfance, je peux dire que si Napoléon a pu évoluer et reconnaître ses excès, un peu tard il est vrai, c’est probablement parce qu’il a pu raviver ses émotions à la suite de tous les revers qu’il a connu après son isolement à l’île d’Elbe, son retour en France dans des conditions périlleuses, Waterloo et “son atroce saignée” (Castelot), et enfin son exil à l’île de Sainte Hélène. C’est peut-être le départ de Madame de Montholon de cette île qui lui a permis de retrouver les émotions qu’il avait dû connaître lors de son “abandon” à l’école de Brienne, et de vivre le choc émotionnel nécessaire à cette connexion. “Le 1er juillet 1819, Madame de Montholon et ses enfants sanglotent en quittant Longwood pour toujours. L’Empereur qui a pour Albine reconnaissance et affection - on ne sait toujours pas jusqu’où les choses sont allées... - voit s’éloigner le petit groupe de l’humble maison de bois, et il pleure “peut-être pour la première fois de sa vie,” écrira Montholon à sa femme...” (Castelot, 1971, p 281).
Enfin cette dernière de Napoléon à Sainte Hélène : “Je vais mourir. Vous allez repasser en Europe ; je vous dois quelques conseils sur la conduite que vous avez à tenir. Vous avez partagé mon exil : vous serez fidèles à ma mémoire. Vous ne ferez rien pour la blesser. J’ai sanctionné tous les principes, je les ai infusés dans mes lois, dans mes actes ; il n’y en a pas un seul que je n’aie consacré. Malheureusement les circonstances étaient sévères ; j’ai été obligé de sévir, d’ajourner ; les revers sont venus. Je n’ai pu débander l’arc et la France a été privée des institutions libérales que je lui destinais. Elle me juge avec indulgence, elle me tient compte de mes intentions ; elle chérit mon nom, mes victoires. Imitez-la. Soyez fidèles aux opinions que nous avons défendues, à la gloire que nous avons acquise ; il n’y a, hors de là, que honte et confusion” (p 569, ibid).
La République a cru bon de se glisser dans les structures des institutions napoléoniennes. Il lui en a coûté l’enseignement mutuel, même imparfait à l’époque. Aujourd’hui on peut “devenir enseignant sans avoir jamais entendu parler de Pestalozzi ou de Freinet, de Don Bosco ou de Makarenko” nous dit Philippe Meirieu (Non Violence Actualité, mai 1996, Le déni de la pédagogie).