Macron en prend plein la tête !

Ce billet est né d'une réflexion suite au billet de Ben (voir lien dans le billet) : S'abstenir c'est donner de la voix aux racistes, aux islamophobes.

Lien vers le billet de Ben

Macron en prend plein la tête, c'est peut-être une manière de le réveiller et de le faire revenir sur terre, parmi les humains. Son attitude n'est-elle pas dûe à ce qu'il a lui-même reçu de la société dans laquelle il vit ?

Voici quelques anecdotes. N'avons-nous pas tous, par notre laisser-faire, permis cela ! Pourtant je ne doute pas du fait que, éduquées différemment, les personnes dont je vais parler envisageraient autrement leur rapport au monde. Mais comment aurions-nous pu prévoir ce qui est arrivé par la suite ?

La 1ère, un jeune avocat ami de mon fils, qui doit bien avoir pas loin de la quarantaine aujourd'hui. Alors que nous discutions (10 ans déjà) sur leur métier et leur formation m'a dit à peu près ceci : Le travail qu'il avait fourni pour obtenir son diplôme lui permettait de mériter d'avoir une vie plus "facile" (l'essence de ce que j'ai compris ce jour là).

La 2ème, une jeune chirurgien-dentiste installée tout récemment avec notre dentiste de famille. Lorsqu'elle reçoit un patient, il ne ressort pas de son cabinet sans avoir le montant du dépassement d'honoraire qu'il devra payer de sa poche à la fin des soins. Cette jeune-femme a même demandé à notre dentiste de revaloriser ses tarifs, ce qu'il a refusé de faire.

La 3ème, ma fille il y a déjà un certain temps 10 ans au moins, elle était en DESS à Aix en Provence à l'époque. L'un de ses prof a dit aux étudiants qui avaient l'habitude de travailler ensemble de ne plus le faire, qu'ils devaient en quelque sorte se mettre en concurrence et qu'ils étaient la future élite. Ils ont refusé cette fois là et ont continué à travailler, hors de son regard, ensemble pour s'entre-aider.

Comment se fait-il que, dans un temps éloigné déjà malheureusement, nous avions des groupes où l'entraide et le but collectif ou commun étaient possibles et pourquoi, aujourd'hui, notre société est-elle à ce point individualiste ?

Jean Foucambert dans son livre "L'école de Jules Ferry, un mythe qui a la vie dure" sorti en 1986.

La norme a été si bien intégrée par les enfants et leurs parents qu’il est difficile encore aujourd’hui d’aller contre les grands principes pédagogiques de l’école Jules Ferry. De plus la dépolitisation de la société a été réussie :

  • le sentiment d’appartenir à des classes sociales antagonistes a disparu.
  • le riche se sent les mêmes droits que le pauvre.
  • le pauvre se sent les mêmes devoirs que le riche.
  • l’individualisme a remplacé l’évidence du combat solidaire.
  • les oppositions entre classes ont été détournées (contre les Juifs, Allemands, Russes, jeunes, immigrés ou sur tout le monde à la fois).
  • le sentiment d’impuissance et le refuge dans la résignation débouchent sur un respect ahurissant envers les puissants.
  • l’opinion publique a perdu le goût de l’impertinence et le sens de la révolte.

“Les avancées sociales qui ont néanmoins jalonné le siècle résultent d’un travail opiniâtre des syndicats et des partis de gauche pour réveiller chez une minorité une conscience de classe, le sens d’un engagement et les moyens d’une analyse politique, travail mené contre ce que l’école enseigne, car rien n’incite le futur citoyen à s’intéresser à la politique, à se donner les moyens de la lutte sociale” (p 128).

Jean Foucambert termine son livre sur un constat désabusé.

Cette acceptation de l’inacceptable, cette soumission à l’injustice tempérée, l’enfermement de tout un peuple dans un présent sans perspective, ce désarmement et cette impuissance, c’est cela l’aliénation. Quel rôle y tient l’école ? Est-elle impuissante à le combattre ? On peut le déduire des présupposés  pédagogiques sur lesquels elle s’appuie.
L’école de Jules Ferry a cessé d’exister en tant qu’institution cohérente au cours des années soixante. Mais elle n’a pas été remplacée. Elle survit dans l’attente d’un nouveau projet cohérent ; qui met du temps à naître... (p 128 à130).

ou plutôt qui n'est jamais naît ! Un livre à redécouvrir peut-être. Un très très court résumé pour ce que j'en ai compris :

Cette pédagogie permet la formation :

  • d’un être solitaire – individualisme (Homme pour Homme)
  • à la conquête du monde (Valeurs pour Valeurs)
  • capable de reproduire le système (Système pour Système) (p85 à 91)

“L’école s’est implantée dans les contradictions d’une lutte contre deux adversaires à la fois dont elle a dû tenir compte. Les dominés l’ont transformée comme elle les a transformés. De là son ambiguïté et ses espoirs ” (p 80).

 

Comment s'étonner dès lors que, passant par les mêmes bancs, il n'y ait plus de différences entre gauche et droite ?!

Que faut-il en penser ? Notre société est-elle la résultante de la disparition de l'école de Jules Ferry ? Ne fallait-il pas simplement la faire évoluer plutôt que disparaître ?

Quels sont les lieux où l'on apprend à s'entraider et à travailler ensemble, à part quelques rares îlots ? Peut-être dans quelques banlieues que d'autres veulent faire disparaître !

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.