Je commande et tu obéis ! Tu commandes et je devrais obéir ?

Pour ne pas obéir aux hommes, les hommes ont inventé cette forme de pouvoir qui, ennoblissant l'obéissance, ne crée pas l'autorité, mais en affecte les formes. Produit de la dissociation de l'autorité et de l’individu qui l'exerce, il résulte de ce que les juristes appellent une institutionnalisation...

Suite à l'interview de Cédric Moreau de Bellaing par Joseph Confavreux dans ce billet - https://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/290316/les-violences-policieres-analysees-de-l-interieur - je propose l'exploration des questions que soulèvent les abus de pouvoir. Il y a une différence entre l'abus de pouvoir qui induit des violences psychologiques et l'abus de pouvoir qui induit des violences physiques, mais à la base il ne doit pas y avoir beaucoup de différences.

Voici mon commentaire après avoir écouté l'interview :

 

 

Il y a un mot que je ne comprends pas dans l'entretien à la 5e minute d'écoute. Lorsque Cédric Moreau de Bellaing explique avoir ouvert son enquête sur les faits qui aboutissaient à des sanctions car ils s'apparentent à des privatisations de l'action policière. C'est moins le fait d'avoir été violent qui est sanctionné qu'une autre qualification que je ne comprends pas ? Entre 4' 55 et 5' :

ça ne peut pas être considéré comme étant, comme relevant du ...... de la force publique.

L'abus de pouvoir est expliqué par Georges Lescuyer ainsi : 

« Pour ne pas obéir aux hommes, les hommes ont inventé cette forme de pouvoir qui, ennoblissant l'obéissance, ne crée pas l'autorité, mais en affecte les formes. Produit de la dissociation de l'autorité et de l’individu qui l'exerce, il résulte de ce que les juristes appellent une institutionnalisation... Encore faut-il une réflexion sur le pouvoir lui-même, sur sa genèse, son évolution, son agencement, et sur les crises pouvant l'affecter car il reste au coeur du débat. Etant une idée, « il suppose des esprits prêts à le penser » L'histoire des idées politiques, 2001, 14e édition, p. 15.

La privatisation de l'action policière dans les situations sanctionnées seraient alors dans le fait que le policier utilise la force dont il est le dépositaire de manière abusive en laissant transparaître dans son intervention des affects personnels !!! Dans une situation de violence, je ne vois pas comment on peut rester de marbre ! Le mot incompréhensible dans l'interview pourrait être "permis" mais j'aimerais en être certaine. 

Dans ces conditions, il est certain qu'une meilleure formation des policiers dans le contrôle émotionnel au moment des faits serait particulièrement importante. Qu'est-ce qui réveille cette hargne au moment où celui qui devrait obéir ne le fait pas ? La distance entre l'Autorité et la personne qui l'incarne n'existe plus, l'affect prend la place et fait disparaître cet espace qui permettait de garder la tête froide !? 

Je pense qu'en se remettant chacun dans certaines situations chaudes de nos existences, nous pourrions tout autant en apprendre beaucoup sur nous mêmes. Mai 1968 avait ouvert ce questionnement, mais avons-nous tout exploré ?

 

J'avais déjà exploré ces espaces de réflexions :

  • celui qui détient l'autorité et cherche à se faire obéir
  • celui qui devrait obéir à l'autorité et qui ne le fait pas

dans ce document : La Pyramide du Je

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