L'obéissance : un besoin de l'âme !

"Pour ne pas obéir aux hommes, les hommes ont inventé cette forme de pouvoir qui, ennoblissant l'obéissance, ne crée pas l'autorité, mais en affecte les formes. Produit de la dissociation de l'autorité et de l’individu qui l'exerce, il résulte de ce que les juristes appellent une institutionnalisation..." Georges Lescuyer (L'histoire des idées politiques)

Lors d'un conflit avec un représentant de l'autorité scolaire, j'ai eu à sortir de la confusion qui m'habitait. La séparation entre l'autorité et son représentant a été le moteur de cette clarification.

C'est Georges Lescuyer dans son livre L'histoire des idées politiques qui m'a permis d'introduire un écart entre ce qui me semblait lié de manière indéfectible : Pour ne pas obéir aux hommes, les hommes ont inventé cette forme de pouvoir qui, ennoblissant l'obéissance, ne crée pas l'autorité, mais en affecte les formes. Produit de la dissociation de l'autorité et de l’individu qui l'exerce, il résulte de ce que les juristes appellent une institutionnalisation... Un livre qui passe entre les mains des élèves avocats, c'est l'un d'eux qui me l'avait prêté, mon fils.

Myriam Revault d'Allonnes le dit ainsi : La relation est donc dissymétrique. L’un, celui qui détient l’Autorité doit acquérir, parfois conquérir, la position la plus haute, l’autre peut accepter cette position à certaines conditions : reconnaissance, légitimité, précédence, trois éléments qui dépassent la relation commandement / obéissance.

Je relis le livre de Simone WEIL, L'enracinement (écrit peu avant sa mort en 1943), et je re-découvre une autre manière d'en parler. Voici ce qu'elle dit :

L'obéissance est un besoin vital de l'âme humaine. Elle est de deux espèces : obéissance à des règles établies et obéissance à des êtres humains regardés comme des chefs. Elle suppose le consentement, non pas à l'égard de chacun des ordres reçus, mais un consentement accordé une fois pour toutes, sous la seule réserve, le cas échéant, des exigences de la conscience. Il est nécessaire qu'il soit généralement reconnu, et avant tout par les chefs, que le consentement et non pas la crainte du châtiment ou l'appât de la récompense constitue en fait le ressort principal de l'obéissance, de manière que la soumission ne soit jamais suspecte de servilité. Il faut qu'il soit connu aussi que ceux qui commandent obéissent de leur côté ; et il faut que toute la hiérarchie soit orientée vers un but dont la valeur et même la grandeur soit sentie par tous, du plus haut au plus bas.

L'obéissance étant une nourriture nécessaire à l'âme, quiconque en est définitivement privé est malade. Ainsi toute collectivité régie par un chef souverain qui n'est comptable à personne se trouve entre les mains d'un malade.

C'est pourquoi, là où un homme est placé pour la vie à la tête de l'organisation sociale, il faut qu'il soit un symbole et non un chef, comme c'est le cas pour le roi d'Angleterre ; il faut aussi que les convenances limitent sa liberté plus étroitement que celle d'aucun homme du peuple. De cette manière, les chefs effectifs, quoique chefs, ont quelqu'un au-dessus d'eux ; d'autre part ils peuvent, sans que la discontinuité soit rompue, se remplacer, et par suite recevoir chacun sa part indispensable d'obéissance.

Ceux qui soumettent des masses humaines par la contrainte et la cruauté les privent à la fois de deux nourritures vitales, liberté et obéissance ; car il n'est plus au pouvoir de ces masses d'accorder leur consentement intérieur à l'autorité qu'elles subissent. Ceux qui favorisent un état de choses où l'appât du gain soit le principal mobile enlèvent aux hommes l'obéissance, car le consentement qui en est le principe n'est pas une chose qui puisse se vendre.

Mille signes montrent que les hommes de notre époque étaient depuis longtemps affamés d'obéissance. Mais on en a profité pour leur donner l'esclavage. (p.23/24)

J'ai donné ici la totalité de cet extrait car c'est sur cet aspect que j'ai eu à travailler pour sortir du conflit que j'ai vécu. Je reprendrais de manière succincte les autres besoins que propose Simone Weil pour faire ressortir ce qui me semble être désormais si différent de ce qu'elle a connu. A l'époque du conflit j'avais pu écrire un courrier sur lequel j'ai retrouvé l'essence de ce qui me faisait agir : "Je refuse cette façon de penser qui est absolument contraire à mes valeurs fondamentales" que j'ai traduit, lorsque je me suis mise en recherche de comprendre mon attitude, ainsi :

« Je refuse cette façon de penser      /            Désobéir à une injonction
qui est absolument contraire           /         Opposition radicale
à mes valeurs fondamentales »      /    Les racines profondes de l’estime de soi

Cette recherche m'a permis de me confronter aux parties du texte mis en gras. La partie soulignée aurait-elle à voir avec ce qu'il se passe aujourd'hui ?

 

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