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Billet de blog 25 octobre 2013

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En Syrie, promouvoir la paix, pas la guerre

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 Commentaire écrit en réponse au texte En Syrie, armer pour une paix négociée , publié le 24 Octobre 2013 par Bassma Kodmani.

Texte habile, qui tente de récupérer "le soulagement général, voire l'enthousiasme, à l'égard de l'accord russo-américain pour le démantèlement de l’arsenal chimique du régime syrien". Pourtant, à ce que je sache, le CNS était (avec le gouvernement français, en désaccord avec son peuple sur cette question) une des rares organisations qui a fait grise mine à l'issue de cet accord!

    Dans la guerre civile syrienne en cours, qui est largement devenue un conflit entre différentes puissances sur le sol syrien, dont les syriens sont les otages et les principales victimes, le spectacle le plus révulsant est sans doute celui des "hordes djihadistes", composées de mercenaires étrangers payés par le Qatar et l'Arabie saoudite pour aller fonder en Syrie un nouveau régime, idéologiquement proche desdits financeurs et donc aux antipodes d'une tradition syrienne de cohabitation pacifique, voire amicale des différentes composantes, multi-ethniques, multi-religieuses qui composent la société  syrienne. La violence et l'autoritarisme de ces militants d'un islam rigoriste indispose même les populations syriennes "libérées"... qui en viennent à regretter l'époque précédente, dans laquelle la paix régnait dans le pays, dans laquelle les femmes pouvaient conduire une voiture... par exemple!

    L'auteure de l'article nous apprend que les populations "libérées"... n'ont désormais qu'un souhait, celui d'être débarassées de ces "libérateurs", encore plus liberticides que le régime précédent!, et qu'elles s'adressent à l'ASL pour ce faire.  Cette information corrobore celle provenant d'autres sources disant que des populations (sans doute dans d'autres zones, plus proches des zones contrôlées par l'armée régulière) s'adressent, elles à ladite armée régulière dans le même but: celui d'étre libéré de ces "libérateurs" détestés de la population; nouvelle version des "dix plaies d'Egypte".

     Il me semble donc que le CNS serait bien inspiré de modifier un tant soit peu ses revendications, en y plaçant en première ligne le départ de Syrie des djihadistes étrangers, qui n'ont bien évidemment rien à y faire: La Syrie n'est pas leur pays!

    Le CNS serait également bien inspiré d'accepter de s'asseoir à une table de négociation avec Assad à la même table, sans poser comme préalable le départ sans condition du pouvoir de ce monsieur. C'est aux syriens de décider s'ils veulent être dirigés par Assad ou par quelqu'un d'autre, cette décision doit être prise à l'issue d'élections, et pas imposée par un comité sis à l'étranger, évidemment sous l'influence des puissances étrangères, qu'elles se prétendent "démocratiques" ou non, qui le financent! Il est en effet tout sauf évident que lesdites puissances ne recherchent que le bien du peuple syrien... elles recherchent bien plus sûrement leur propre intérêt, et ce n'est pas la même chose.

     L'auteure de cet article explique que pour que la révolution syrienne ne soit pas volée (à l'évidence par les djihadistes, même si ça n'est pas dit explicitement) il est urgent d'armer les rebelles "démocratiques"... parce que ne pèse dans une négociation que le poids des armes. Et évidemment, dans ce type de négociation, avec d'un côté des djihadistes armés à coup de pétrodollars  et de l'autre une armée syrienne équipée depuis longtemps par la Russie, les gentils rebelles démocratiques armés par personne (nous dit-on), au milieu, ne pèsent pas lourd...

     On peut quand même commencer par remarquer que la conception démocratique qui dit "je pèse dans la négociation ce que pèsent mon fusil, mes chars et mes roquettes" (en lieu et place de "je pèse ce que représente, numériquement parlant, le groupe que je représente") est une conception de la démocratie assez particulière... et fort violente! Personnellement, j'appelerais plutôt cette conception "la loi du plus fort", pas "la démocratie".

      Bassma Kodmani ne semble pas avoir compris (ou ne veut pas comprendre...) que de très nombreux citoyens en occident (ils sont très probablement largement majoritaires) ne souhaitent pas fonctionner de la même façon que l'Arabie Saoudite, à savoir sur le principe: "Je finance sans états d'âme mon candidat dans le pays, je l'arme autant que je peux, et je prie pour son succès/ je prie pour qu'il écrase dans le sang tous ceux qui s'opposent à lui... et tant pis s'il y a des pots cassés, des "dégâts collatéraux"... on fonce, et on verra bien qui l'emporte, peu importe le nombre de morts, peu importent les destructions, les viols, les assassinats!".

     Pousser un peuple à se rebeller les armes à la main contre le régime en place, autrement dit encourager, susciter et soutenir une sédition est une très lourde responsabilité... qu'on est en droit de refuser de prendre... pas par lâcheté, mais parce qu'on considère qu'il y a de meilleures solutions que d'envoyer un peuple se faire massacrer par sa propre armée/ que de vouloir corriger un régime injuste en utilisant la violence, qui est elle aussi, par nature, injuste et "anti-démocratique".

     Un régime injuste peut être en effet  renversé par la violence... sans garantie que ce qui suivra sera meilleur... mais ce n'est pas la seule solution. On peut par exemple se référer à la chute du communisme en Allemagne de l'Est: un régime discrédité y est tombé, non pas sous les coups d'une insurrection populaire armée, qui aurait provoqué une réponse violente, et sans doute une prolongation du régime injuste en place, mais sous les "coups" de protestations populaires non-violentes, les "Montagsdemos". En clair, le communisme discrédité a tenté, de longues années, de se maintenir... et puis un jour est arrivé, à l'intérieur du système, un dirigeant qui a fait le constat de l'échec du système, et qui a décidé de tout changer. Ce dirigeant s'appelait Mikhail Gorbatchov, et le processus qu'il a mis en place s'est appelé Perestroika. S'en est ensuivi un vent de liberté dont a profité, sans violence, toute l'Europe de l'Est. 

    Des " Montagsdemos", une Perestroika syrienne étaient-elles impossibles? Le renversement du régime par la violence, avec les épouvantables destructions auxquelles on assiste était-il absolument indispensable/ n'y avait-il vraiment aucune autre solution? Faut-il, aujourd'hui encore, perséverer dans la violence/ ne rechercher que la loi du plus fort?  Faut-il faire un concours à n puissances en Syrie:

     candidat 1: Arabie Saoudite

    candidat 2: Qatar

    candidat 3: Turquie

    candidat 4: Russie

    candidat 5: Chine

    candidat 6: Iran

    candidat 7: Etats-Unis

   candidat 8: France

   candidat 9 : Régime d'Assad

  candidat 10: Reste du monde

   Règle du jeu: chacun trouve son candidat, en Syrie ou à l'extérieur, on arme tout ce petit monde, on envoie tous les candidats s'entre-exterminer en Syrie, en laissant les populations civiles au milieu, et on verra bien ce qu'il en sortira... que le meilleur (le plus riche, le plus armé, le plus fanatisé...) gagne!?

    Est-ce vraiment ça, la solution?

    On est en droit d'en douter.

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