Caricatures, libertés et malaise…

La liberté d’expression est une liberté fondamentale. Mais la liberté de manifester est une autre liberté publique… La liberté d’expression est une liberté fondamentale, la première de toutes. Elle ne se négocie pas et ses limites ne sont fixées que par la loi. Dans ce sens, ni le film vulgaire sur l’Islam diffusé par YouTube ni les dessins de Charlie Hebdo ne tombent sous le coup de la loi.

La liberté d’expression est une liberté fondamentale. Mais la liberté de manifester est une autre liberté publique… La liberté d’expression est une liberté fondamentale, la première de toutes. Elle ne se négocie pas et ses limites ne sont fixées que par la loi. Dans ce sens, ni le film vulgaire sur l’Islam diffusé par YouTube ni les dessins de Charlie Hebdo ne tombent sous le coup de la loi. Il s’agit d’un principe des sociétés démocratiques, indépendamment de toute forme de laïcité, les Etats-Unis en ayant fait une norme absolue sans référence à quoi que ce soit d’autre, une sorte de loi naturelle.

Nous ne bougerons pas de là.

Mais la liberté d’expression reconnue aux uns n’interdit pas aux autres de dire ce qu’ils pensent de ce qui est exprimé. Dans ce sens, et dès lors que le blasphème n’est pas ou plus un délit punissable par la loi, ni que les croyants puissent faire valoir  que leurs sentiments soient atteints du fait de ces représentations audiovisuelles ou graphiques – les juges s’y refusant justement –, il convient de laisser aux musulmans la liberté de se dire heurtés pas des dessins ou des films qui dégradent, à leurs yeux,  les figures de leur croyance.

Ils peuvent le dire y compris en manifestant car la liberté de manifester est une autre liberté publique. La seule condition est de ne pas troubler l’ordre public ni de scander de slogans appelant à la haine. Jusqu’alors, les musulmans de France n’ont pas plus défié l’ordre public que les intégristes catholiques devant les théâtres où se produisaient des œuvres critiquées comme  blasphématoires. Leurs cris étaient pourtant d’une grande violence.

Le malaise tient à cela : pourquoi un traitement aussi disproportionné et n’y a-t-il pas ici plus une cause de difficultés futures dans l’interdiction de ces simples manifestations, jusqu’alors parfaitement pacifiques et à la condition qu’elles le restent, que leur déroulement n’en génère ? Attention de ne pas nourrir l’ogre djihadiste de jeunes recrues radicalisées par une conception trop unilatérale de l’ordre public.

Il y a une désinvolture avec laquelle la religion musulmane est traitée en France qui pose problème. 

Nos concitoyens musulmans  seront vite pris en tenaille entre les radicaux intégristes et les islamophobes si nous n’y prenons garde. Pèle mêle la question sociale, le monde mystérieux, et parfois brutal, des jeunes des quartiers, la délinquance juvénile, l’exclusion culturelle, la ghettoïsation urbaine, une émancipation féminine difficile, une religion nouvelle perçue comme inquiétante fabriquent un monde dangereux de repli sur soi et un véritable défi à l’altérité indispensable a tout projet de vie partagée.

L’identitaire est à l’œuvre et l’identitaire  se nourrit de ses précieux « hostes », de ses ennemis. Ne tombons pas dans ce piège, les pouvoirs publics en tout premier lieu.

Jean Pierre Mignard

Avocat à la Cour

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