Réponse d’un ami du Président aux journalistes de Témoignage Chrétien

L’Association des journalistes et salariés de Témoignage Chrétien (AJSTC) prétend que l’âme du titre TC est en péril. Un inventaire moins grandiloquent permettra d’y voir plus clair.

L’Association des journalistes et salariés de Témoignage Chrétien (AJSTC) prétend que l’âme du titre TC est en péril. Un inventaire moins grandiloquent permettra d’y voir plus clair. Je suis actionnaire de TC, avec ma société d’avocats LYSIAS Partners, à 1,25 % depuis douze ans. Le Président du directoire de l’époque m’avait demandé explicitement de devenir président du conseil de surveillance en juin 2002 car le journal vieillissait et était en panne de développement. J’avais été, de longues années, directeur de rédaction de la revue Témoin fondée par Jacques Delors. J’ai été désigné à l’unanimité des actionnaires. Je suis resté administrateur à l’unanimité (y compris les journalistes) lorsque Jacques Maillot est devenu Président du conseil d’administration du journal en 2004 (toujours en crise). Il l’a abondé à une hauteur considérable. Rien n’y fit. J’ai quitté le conseil d’administration avec Jacques Maillot en 2008 et Monsieur Hubert Debbasch lui a succédé.

Le journal s’est trouvé dans un état chronique de cessation de paiements. En juin 2011, on m’a demandé de siéger de nouveau comme administrateur, à l’unanimité, y compris des journalistes. Le PDG était démissionnaire et Monsieur Bernard Stephan (directeur des Editions de l'Atelier, ex-Editions Ouvrières) a cédé à ceux qui le suppliaient de reprendre la présidence, sans quoi le journal cessait ses activités. Il a fallu prendre en charge financièrement le départ de salariés en 2012. Mon cabinet et moi-même avons fait face financièrement. Je n’ai pendant ces dix ans jamais reçu aucun centime d’euro en salaire ou en dividende. J’ai cependant donné beaucoup de temps et je crois de dévouement à ce journal, fournissant des moyens quand cela était possible et recherchant sans cesse des publicités. J’ai très peu écrit car j’ai compris n’avoir jamais été le bienvenu. J’étais socialiste ou social-démocrate puisque proche de Delors, et donc suspect. L’époque était à un alter mondialisme sans concession.

En 2012, redevenu administrateur, je deviens co-directeur de rédaction avec Bernard Stephan, à la demande de Jacques Maillot.  L’intellectuelle catholique Christine Pedotti, une des membres fondatrices du Comité de la Jupe, devient rédactrice en chef. Elle quitte, brisée, ce poste après plusieurs mois d’affrontement avec la rédaction. Un autre rédacteur en chef, Monsieur Pascal Percq lui succède avant que Monsieur Dumay ne soit embauché. Madame Pedotti et Monsieur Percq se sont d’eux-mêmes mis à l’écart. Ils faisaient partie avec Bernard Stephan et moi du Comité éditorial. 

Pour remédier à la perte endémique d’abonnés et de revenus, la formule avait été changée et un supplément mensuel avec un abondant dossier offert aux lecteurs avec une lettre hebdomadaire. J’y ai écrit à titre bénévole. Christine Pedotti, Bernard Stephan et moi avons fait venir de nombreux intellectuels qui ont contribué à nourrir les dossiers, toujours sans demander le moindre paiement. Nous avons donné notre temps et nous fournissions nos prestations gratuitement. J’étais complétement dans une économie du don.

Les quelques journalistes restant ne l’ont jamais admis, considérant qu’il s’agissait d’une immixtion sur le territoire sacré de leur mission, délimité par un corporatisme fiévreux. Jamais ils ne s’interrogent sur leur propre responsabilité rédactionnelle. Les autres, tous les autres, sont toujours coupables.

Je n’ai évidemment jamais censuré de papier, à la différence de ce que j’ai parfois dû supporter dans le passé. La conférence de rédaction était un lieu de vie. Elle n’est plus rien. Le comité éditorial a disparu. La codirection de rédaction est contestée jusqu’à parfois disparaitre quand elle figure sous la signature de nos noms et « l’autorité »  de Bernard Stephan  est ouvertement contestée par un petit groupe de trois ou quatre journalistes. 

 Je n’ai, en douze ans, jamais eu de pouvoir managérial, aucune délégation. Je n’ai signé aucun contrat avec des tiers ou des fournisseurs ou les salariés. Je me suis abstenu de toute visite au siège du journal pendant deux ans, sauf une fois, pour respecter l’intégrité du lieu. Quelle insupportable tyrannie en effet ! 

Les auteurs du libelle font état d’un « pacte occulte », sacrifiant ainsi à leur conception conspirationniste de la vie d’une société ou de l’histoire.  Outre que ce pacte a été évoqué plusieurs fois lors du CA en présence de l’AJSTC, il n’avait pas à être dissimulé car il a été conçu par trois actionnaires, dont deux représentaient à eux deux 53,37 %  (35,21 % pour TC et  18,16 % pour Jacques Maillot). Lysias Partners y apportait ses 1,25 %.

L’unique objet de ce pacte était d’assurer la pérennité du journal et de protéger le titre. Ce n’est pas un hasard si ce sont ces trois actionnaires qui ont signé ce pacte puisqu’ils étaient ceux qui s’étaient engagés financièrement pour empêcher la fermeture pure et simple du journal, soit par des paiements directs soit par des cautions. Ils étaient donc les premiers concernés.

L’article 4 du pacte décrit la protection de la marque Témoignage Chrétien. Il prévoit que si le journal venait à connaitre des difficultés économiques  insurmontables, les parties acteraient de la nécessité de transmettre la marque Témoignage Chrétien à une association distincte du journal, spécialement créée à cet effet appelée « Colline de Fourvière ». C’est en effet sur la colline de Fourvière, lieu du scolasticat jésuite de Lyon où sont nés les Cahiers d’actions du Témoignage Chrétien. Elle devait être composée d’un membre de la compagnie de Jésus, d’un membre de l’Ordre des dominicains et de la communauté des Frères de Taizé, une ou deux autres personnalités de l’église catholique et protestante acceptant de la patronner.

Licenciant la marque Témoignage Chrétien au journal, elle aurait eu pour objet de la mettre à l’abri de prédateurs extérieurs. Il était prévu qu’elle la remit à titre de dotation, en cas de cessation complète de son activité, au titre de sa dévolution, à l’Ordre des Compagnons de la Libération, le titre Témoignage Chrétien étant un dernier titre de la résistance française. 

La cession de la marque Témoignage Chrétien ne pouvait être prise que par l’assemblée générale et tout devait donc être transparent. Les trois actionnaires avaient fait le choix de la responsabilité lors la signature de ce pacte afin d’éviter que se dégrade une situation financière irréversible entrainant des coûts encore plus insupportables avec la volonté par-dessus tout de sauver ce titre.

Ce pacte a-t-il seulement vécu ?

Il n’a, jusqu’alors, même pas  eu le temps d’être mis en œuvre. Vous avez dit « occulte » ?

C’est avec amertume que l’on peut lire ce libelle inspiré par la seule passion idéologique alors que pendant douze ans j’ai donné, mon cabinet aussi, sans jamais rien recevoir, et sans un seul remerciement, sinon l’affront de la main qu’on mord après l’avoir tendue.

Quant à mon amitié avec le Président de la République elle date de plus de 30 ans. Des lecteurs un peu documentés pourraient savoir que nous n’avons pas toujours été d’accord, loin de là. Ce petit groupe de journalistes fait une bien mauvaise publicité à Témoignage Chrétien en dressant de lui la figure d’un journal sectaire et replié sur lui-même, contrariant ainsi le sentiment profond de ses lecteurs fait de générosité et d’engagement. Beaucoup jetteront un regard sévère sur ces comportements.

Nous tenterons de sauver ce qui peut encore l’être lorsque sera clos ce lugubre procès. 

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