Bienvenue dans l'angle Alpha revient sur scène à Paris

Adapté du mémorable essai philosophique de Frédéric Lordon, Capitalisme, désir et servitude (La Fabrique, 2010), le spectacle met en scène notre rapport passionnel au travail. Avec cinq acteurs et une échelle rouge, il rejoue l'histoire de ces pulsions qui nous capturent et nous fixent dans le travail, dans le salariat, dans l’entreprise, et dans le néolibéralisme - alors que, peut-être : la vraie vie est ailleurs ?

Ainsi le capitalisme carbure-t-il : à la crainte (de manquer), au désir (de consommer), et à ces nouvelles passions : « se réaliser », « s’investir », et finalement épouser le désir maître - celui du patronat. Mais il reste encore, en chacun, un désir propre, faisant écart aux commandements du désir maître ; cet écart, cette résistance possible, on peut l'appeler : l’angle Alpha. Et l'on peut, par exemple, y danser...

Dans le texte de Lordon comme sur la scène de notre spectacle, il s’agit d’explorer notre rapport au travail, à travers le désir et la passion ; d’interroger notre quête de liberté et d’émancipation, et la manière dont le travail en constitue à la fois la clef et l’obstacle… Il s’agit aussi d’offrir en partage le concept de l’angle Alpha, proposé presque pour rire, ou pour faire peur, mais qui s’avère à l’usage un remarquable outil pour penser notre degré de liberté dans le monde néo-libéral.

Pour en mesurer la portée, il faut prendre en considération le nouveau régime passionnel produit par le capitalisme néo-libéral. Ce régime tend vers un assujettissement total des travailleurs : on ne demande plus seulement au travailleur de s’investir dans l’entreprise, on veut aussi que le travailleur soit investi, possédé par elle ; on veut que son désir propre se confonde complètement avec le désir (de profit) de l’actionnariat, en le convainquant que son épanouissement individuel en dépend. Le management néo-libéral travaille en somme à l’alignement complet des désirs de l’employé sur le désir du patronat. A cette possession intégrale, seul « l’angle Alpha » peut opposer une résistance, et c’est pourquoi le spectacle œuvre à en proposer une expérience sensible, partageable… et partagée ! Lors de sa création, en 2014, Bienvenue dans l’angle Alpha a été vu par plus de 4000 spectateurs. C’est ce remarquable succès critique et public qui lui vaut d’être reprogrammé pour six semaines au théâtre de la Manufacture des Abbesses, avec le soutien de l'Adami.  

Réservations : resa@manufacturedesabbesses.com

Adaptation et mise en scène : Judith Bernard

Avec : Judith Bernard, Renan Carteaux, Gilbert Edelin, Benjamin Gasquet/David Nazarenko, Aurélie Talec. 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.