Conférence guadeloupéenne pour l'autonomie

Après la débâcle des FPAC, les organisations respectives (CIPPA, PCG, UPLG) qui ont en commun le projet de création d’une nouvelle collectivité dotée d’une large autonomie à proposer, à élaborer avec les Guadeloupéens, sont pour l’heure, disjointes. Pourtant, unis, nous avons tant de Soufrières et monts Caraïbes à gravir.

Après la débâcle des FPAC, les organisations respectives (CIPPA, PCG, UPLG) qui ont en commun le projet de création d’une nouvelle collectivité dotée d’une large autonomie à proposer aux Guadeloupéens, sont à ce jour, disjointes. Pourtant, unis, nous avons tant de Soufrières et monts Caraïbes à gravir. D’emblée, je ferai mien cette citation d’Isaac Newton : “Lorsque deux forces sont jointes, leur efficacité est double”. Imaginez ce que serait trois, quatre, cinq et plus organisations politiques guadeloupéennes coalisées dans la poursuite du même projet d’évolution statutaire ! Qu’attendez-vous donc pour vous retrouver en vue de sceller une nouvelle alliance, cette fois-ci solide à l’image de ces pierres imbriquées qui enceignent la Promenade Gerty Archimède pour défendre Basse-Terre des ressacs de la mer des Caraïbes ?

Tout le monde est unanime pour préconiser l'unité, mais force est de constater que la pratique de cet art de la politique est loin de prendre forme, encore moins de donner naissance à une oeuvre collective qui tiendrait vaille que vaille face aux contingences, aux regards en chiens de faïence, au tumulte des échanges, à la houle cyclonique des discussions, aux dissensus qui pourraient apparaître ça et là, résisterait à l’épreuve du temps.

Comment peut-on continuer à parler, prôner, appeler à cor et à cri à l’unité à grands renforts de déclaration d’intention, de communiqués, dé mo maké mété déwò et comme on ferme une porte délicatement derrière soi, s’abstenir, omettre de tisser patiemment, minutieusement (tels des tisserands virtuoses) ensemble une toile où s’entremêleraient les contributions, les nuances, les tonalités propres à chacun mais traversée par un fil rouge, vert, jaune qui relierait, traverserait l’ouvrage ?

Boileau, dans L’art poétique disait “Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage, Polissez-le sans cesse, et le repolissez, Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.” Puissiez-vous, comme des artisans, des orfèvres vous atteler à cette entreprise !

L’unité est proclamée dèpi nanni nannan comme une belle poésie, est articulée dans toutes les bouches en détachant chaque syllabe , mais il est loin de la coupe aux lèvres pour ce qui concerne sa réalisation. Pawòl an bouch pa chaj ! (les promesses n'engagent que ceux les font)

Le CIPPA, le PCG et l'UPLG, COPAGUA et FKNG ! avaient convenu (ainsi qu'ils l'ont exprimé dans le document d’orientation des FPAC) datant de 2012 “que le changement de Statut qu'elles appellent de leurs vœux ne peut pas être l'œuvre d'une seule organisation, mais celle d'une entité multiple, dont les membres, sans renier leur propre fondement théorique, s'accordent sur l'essentiel : L'émancipation du peuple guadeloupéen.”

Pourquoi tant de tentatives d’unité initiées à maintes reprises, depuis des lustres ont-elles avortées, échouées lamentablement, sont tombées en quenouille ? Est-ce une fatalité ?

Pourquoi depuis tant de décennies à faire des constats eu égard à la situation de notre pays, à présenter des analyses fussent-elles pertinentes , de formuler des diagnostics, de faire des états des lieux, de produire des documents, d’élaborer des programmes, de rédiger des articles, des éditos, de communiqués de presse, de dessiner des esquisses ou de former des projets, de publier un document d’orientation, ne sommes-nous (pour ceux et celles qui se positionnent en rupture avec le statu quo) toujours pas parvenus à définir collégialement une ligne politique, un socle commun, une alternative crédible, de nature à emporter l'adhésion de la majorité de nos compatriotes ? Est-ce si difficile, si compliqué à réaliser ?

Pourquoi des Guadeloupéens, partisans d’une autre Guadeloupe, ayant une vision politique consistant à ce que notre pays ait une plus grande maîtrise dans la prise en charge des affaires publiques, ne parviennent-ils pas à accorder leurs violons, à travaillersans relâche, ansanm ansanm, san janmen bigidi, adan on gran bokantaj, on bel lyannaj ? (ensemble, sans chanceler, pour un échange noble, une alliance grandiose)

Pendant combien d’années les uns et les autres vont-ils continuer à faire des constats, déplorer tel ou tel fait, phénomène, situation etc...et toutes les dénonciations qui s’en suivent sans poursuivre inlassablement, parallèlement, les uns avec les autres, la construction pied à pied d’une voie pour nous en sortir ?

Allons-nous constater passivement le mauvais état économique de notre pays comme on attend vautré dans l’inertie, calfeutré chez soi qu’un cyclone s’éloigne, avant de sortir pour déplorer l’ampleur des dégâts autour de soi ?

Sommes-nous démunis face au délabrement de notre pays, son enfoncement dans la dépendance comme dans la vase ou au contraire allons-nous enfin chercher en nous-mêmes, mobiliser tous nos moyens intellectuels, expertises, savoir-faire, expériences, nous atteler de toutes nos forces à nous surpasser, nous transcender, détruire, expulser les rancoeurs anciennes, se débarrasser des méfiances comme des vieilleries, se défaire des croyances limitantes comme des frusques, enlever les ornières, faire tomber en ruine les murs qui empêchent de voir l’étendue du champ des possibles, le vaste horizon, la beauté qui s’offre au regard ?

Quels sont les antagonismes, les divergences, les contradictions, les oppositions ? Sont-ils insurmontables ? Quels sont les points, les zones fertile de convergence ? Est-il envisageable de faire fleurir, prospérer à partir de ces points, de ce terreau fécond, un rapprochement, une union, une alliance indéfectible, on krey ? Les motifs sur lesquels reposent cette proposition de changement de statut politique, c'est-à-dire de régime législatif et réglementaire demeurent intangibles et l’archipel de la Guadeloupe, reste inchangé, avec le statut départemental qui n’est pas une assignation statutaire, ni un sort scellé ad vitam aeternam. Nonobstant, les organisations qui sont susceptibles de porter un projet alternatif, un argumentaire convaincant sont éparses, émiettées, ne parlent pas encore de la même voix, n’empruntent pas la même voie.

Diverses tentatives, entreprises de regroupement sont nées récemment continuent leur chemin cahin-caha, en silence, sans éclat. Je pense en particulier au Pacte guadeloupéen qui donna de ses nouvelles sur sa page Facebook le 9 avril 2016. Et depuis, aucune information des réseaux auxquels je me suis pourtant inscris. Il y a aussi l’entité Karésol otorité politik, ou le Kolèktif pou Sové Gwadloup...

Cette diversité, cette profusion d'idées, d’initiatives tout azimut témoignent d’une vitalité intellectuelle, de la créativité dont nous pouvons faire montre, d’une volonté d’intervenir dans le débat public, de proposer des orientations, de tracer d’autres pistes de réflexion. Mais tout cela reste très insuffisant, dispersé aux vents alizés. Est-ce que toutes ces organisations, collectif, entité, mouvement, partis politiques n’ont rien à se dire, échanger, partager ? Vraiment ?

Toutes ces trajectoires, ces cheminements tous azimut ne sont pas encore parvenus, hélas, à atteindre leur point de convergence dans l'élaboration, la mise en oeuvre d'un projet commun à proposer, élaborer avec les nôtres pour sortir le pays de l'ornière, du marasme. L’exemple le plus éclatant de notre capacité à faire cause commune, de notre faculté à nous, Guadeloupéens, à nous joindre est le mouvement du LKP en 2009 qui a vu se coaliser 48 organisations venant d’horizons différents pour présenter une plateforme commune. Lyannaj a Gwadloupéyen, sé lyannaj a moun vayan kon gayak ! (quand les Guadeloupéens s'associent, ils se révèlent des plus intrépides)

C’est dans le dessein d’interpeller les uns et les autres, de suggérer que soient jetées des passerelles, qu’un espace soit créé, pour tenter de trouver ensemble des réponses à ces questions lancinantes, de proposer d’ouvrir le débat que je formule l’idée, je prononce le voeu, le rêve (éveillé) que soit instauré (j’espère, non pas aux calendes grecques) une CONFERENCE GUADELOUPEENNE POUR L’AUTONOMIE.

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