Le nouveau clip coup de poing de Tom Connan

Le chanteur Tom Connan vient de sortir son dernier clip "You Didn't Give Them a Chance (Club Remix)", qui a atteint les 60 000 vues en moins d'une journée. Constitué en partie d'authentiques images d'archives, dont certaines sont particulièrement violentes, la vidéo a d'abord été suspendue de YouTube puis remise en ligne quelques heures plus tard. Retour sur une polémique naissante.

Pochette du single "You Didn't Give Them a Chance (Club Remix)" de Tom Connan © Tom Connan Pochette du single "You Didn't Give Them a Chance (Club Remix)" de Tom Connan © Tom Connan

J'avais déjà mentionné sur ce blog le travail du jeune artiste Tom Connan, musicien et auteur.article Habitué aux controverses, son livre Le Camp, qui formule une critique virulente des écoles de commerce et d'HEC - dont il est issu -, avait déjà créé la polémique. Aujourd'hui, c'est son dernier clip, mis en ligne hier, qui suscite la contestation. D'abord diffusé dans la matinée, il est ensuite retiré de YouTube à la suite de plusieurs signalements qui dénonçaient l'extrême violence qui y était montrée. Remis en ligne quelques heures plus tard, les commentaires ont toutefois été désactivés sur la vidéo.

Le clip fait en effet référence, avec l'utilisation d'images d'archives, à des faits réels (encore) difficiles à regarder en face : le nazisme, la violence policière, l'homophobie, le racisme, la guerre en Syrie... Le choc est d'autant plus grand que le visage heureux d'Hitler apparaît à l'écran lors des premières secondes, comme pour poser d'emblée le ton général : montrer le Mal pour (mieux ?) le dénoncer. Contacté via Facebook, l'artiste confirme cette intention et "la nécessité de montrer ce qu'on ne veut pas ou plus voir". Le camp d'Auschwitz, la ville dévastée d'Alep, la propagande de Daesh... autant d'images qu'on préférerait effectivement ne pas avoir sous les yeux, pour éviter le sentiment de malaise, voire d’écœurement. Mais l'horreur est rapidement compensée par des symboles d'espérance et de résistance, tels que les combats LGBT ou les marches contre l'islamophobie. 

C'est toutefois la figure de l'enfant qui semble avoir obsédé l'artiste. A travers les nombreuses références aux théâtres de guerre, qui dévastent la réalité quotidienne de la jeunesse et la privent à jamais d'accéder à l'innocence des premières années de vie, Tom Connan apparaît tiraillé entre espoir et désespoir. La circulation dialectique opérée au fil des plus de six minutes de vidéo est celle d'un spectateur inquiet - si le milieu du clip semble dans un premier temps faire triompher la liberté et l'espérance, la fin se présente comme beaucoup plus sombre et désespérante. La brève citation de la philosophe Simone Weil, placée dans les toutes dernières secondes, est elle-même ambiguë : "ne souhaiter la disparition d'aucune de ses misères, mais la grâce qui les transfigure.

Esthétiquement, l'artiste s'inscrit dans une tradition parfois moquée, celle de la chanson "engagée". A ceci près que, contrairement aux clips qui insistent parfois avec naïveté sur l'avènement programmé de la paix entre les peuples, l'oeuvre de Tom Connan insiste finalement davantage sur la négativité qu'il s'agirait plutôt de dépasser que de supprimer. Ne serait-ce pas là un sage conseil ? Non plus appeler de ses vœux une réconciliation hypothétique et lointaine, mais plutôt inciter à l'action concrète dans la situation telle qu'elle se présente à nous aujourd'hui et maintenant. Pour aller au bout de la comparaison, le clip de Connan serait plus proche du controversé They don't care about us de Michael Jackson que du gnangnan Heal the world du même chanteur... D'ailleurs, Spike Lee avait, à l'époque, été lui aussi confronté à la censure. Ce qui nous amène à une question : la musique peut-elle encore être engagée ? 

Dans tous les cas, nous vous conseillons de regarder le clip en question, pour vous en faire une idée. 

J.G.

You Didn't Give Them a Chance (Club Remix), de Tom Connan © Tom Connan

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