Le Mouvement Commun : mon questionnement sur cette initiative - Série "Comment contribuer à l'émergence de forces politiques à la hauteur des enjeux ?"

Dans un foisonnement politique en France face aux "désastres" actuels - électoraux (montée de l’extrême droite et de l’abstention aux dernières élections), attentats et ses conséquences) - Le Mouvement Commun est né en décembre 2015. Il ambitionne de contribuer au renouveau pour amener des réponses politiques à la hauteur des enjeux. Je questionne ici ses documents fondateurs.

Ma réponse postée à http://www.lemouvementcommun.fr/vote-de-la-charte/ publiée ci-dessous.


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Bonjour,

j'ai rejoint le mouvement car j'ai trouvé l’Appel de lancement intéressant, enthousiasmant même avec "Le « nous » de l’égalité, sans aucune distinction entre les citoyennes et les citoyens.". Ne serait-il pas nécessaire de mieux le mettre en valeur par une formulation plus concise en préambule qui mette mieux en évidence les idées essentielles ? Un bémol, cet appel n'a-t-il pas quelque peu édulcoré la synthèse de l'atelier de décembre ?

Concernant la charte, je regrette que le vote soit déjà clos car cela n'aura permis qu'à 1182 personnes de monter dans le train du mouvement, ce qui me semble bien peu en rapport avec les ambitions affichées "construire la France et l’Europe de demain". Cela ne risque-t-il pas aussi d'être perçu comme une concession à la "tyranie du temps", un des symptômes des conséquences qui ont amené la démarche ?


Je désire tout de même vous faire partager mon questionnement en espérant être considéré comme un communeur effectif.

Sur "Il veut donner le pouvoir d’agir" : vous évoquez la capacitation des personnes. Vouloir "donner" le pouvoir, c'est en disposer. De quel pouvoir dispose un mouvement naissant ?! Quand bien même il en aurait un "petit", le donner me semble de bien peu d'intérêt... Par contre, s'il s'agissait d'aider chacun à accroître sa propre capacitation, si nous cherchions à co-construire une capacitation collective, alors là oui, je SUIS D'ACCORD ET PARTANT car j'y vois un sens profond ! Le pouvoir ne se conquiert-il pas plutôt ?!

Sur "mouvement politique et citoyen mais non électoral." il est respectable de donner au mouvement un but non électif. Mais ne pas en exprimer les raisons, c'est laisser flotter du non dit et provoquer une division entre ceux qui savent, et les autres. Cependant, en fin de charte, la phrase "Le mouvement commun est indépendant des partis politiques, il n’a donc pas vocation à soutenir des candidats aux élections quel que soit le scrutin." précise sans expliquer complètement dans la mesure où le fait d'être indépendant n'empêcherait pas de faire émerger des candidats à une élection. Je précise que je n'ai pas d'avis personnel sur la nécessité ou non d'ouvrir cette potentialité.

Sur "le mouvement commun s’engage dans un processus permanent d’innovation des pratiques démocratiques." il n'est pas explicité à quoi cette phrase se rapporte. Je peux supposer qu'il est question de la démocratie du mouvement lui-même. Si tel est le cas, il conviendrait de l'annoncer au préalable.
Concernant le "processus", il n'est pas précisé en quoi il consiste ni à quoi il s'applique. C'est d'autant plus regrettable qu'il est qualifié de "permanent".

"Chaque communeur(euse) est propriétaire à part égale du mouvement commun" nécessite de définir sur quoi s'applique cette notion de propriété singulière en ce qu'elle ne s'applique pas à un bien matériel.

Si "La structure du mouvement commun est décentralisée et horizontale", il ne peut y avoir de verticalités synonyme pour moi de hiérarchie. Dès lors, constituer un Parlement ne respecte pas ce principe, quel que soit son mode de constitution, que cette verticalité soit ascendante n'y change rien.


En conclusion, je ressens que cette charte va jusqu'à définir des modes d'organisation précis ressemblant plus à une sorte de règlement intérieur. Ne conviendrait-il pas qu'elle en reste à des principes fondamentaux ? Ne serait-il pas plus "participatif" de laiser aux Forums locaux la possibilité de s'auto-organiser dans la manière d'instituer des interactions entre eux ? Cela ne renforcerait-il pas la robustesse du mouvement ?
Quitte à "s'engage dans un processus permanent d’innovation des pratiques démocratiques" n'aurait-il pas été nécessaire de l'engager dès l'amont c'est-à-dire dès le lancement de l'appel initial ? Car toute création, invention, innnovation... est-elle bonne en elle-même dans sa capacité à intruire du nouveau, quelle que soit sa nature ? Bien sûr que non ! Sinon, on tombe dans le "tout se vaut" devenu une véritable idéologie détestable autant que le simplisme, voire l'égalitarisme... Ne serait-il pas nécessaire d'ajouter dans le préambule la nécessité de discerner en quoi la novation recherchée amène un progrès en lien avec les valeurs et les buts du mouvement ?


Espérant que ce questionnement sera pris en compte avec attention et qu'il permettra de contribuer à un dialogue constructif.

P.S.: ce texte est mis en ligne sur mon blog dans la série "comment contribuer à l'émergence de forces politiques à la hauteur des enjeux ?"

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Ce texte a été posté le jeudi 4 février 2016 à 20 heures. Le site ne le met pas en ligne. Sera-t-il publié ultérieurement ? à suivre...

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