L'émission du mercredi dix décembre "La tête au carré" sur France inter prouve que, sur le dossier de l'amiante, il aura fallu attendre 1997 pour avoir ENFIN une législation en France, soit 67 ans plus tard qu'en angleterre et 90 ans après le premier constat d'un inspecteur du travail en France selon les dires d'un auditeur (À VÉRIFIER) !
C'est déjà en soi une monstruosité qui me fait honte en tant qu'ingénieur...
Constater que rien dans nos procédures n'a changé et que la règle "business as usual" écrase TOUT me met dans une rage folle.
Ensemble, faisons changer les choses car la colère donne de l'énergie et voir que des chercheurs ont un comportement éthique admirable est déjà réconfortant.
Merci au couple Henri Pézerat - Annie Thebaud-Mony, à tous les chercheurs, ingénieurs et industriels mettant en avant une éthique et une vigilance de tous les instants.
Merci enfin, Madame Thebaud-Mony, d'attirer notre attention sur le projet de loi très inquiêtant qui voudrait soumettre le principe de précaution au principe d'innovation.
Et c'est un ingénieur passionné d'innovation qui vous le dit !
Rien ne doit passer avant l'éthique et les comportements responsables qui demandent recul, réflexion, avant décision et action (tourner cinq fois sa langue dans sa bouche aurait dit ma grand-mère...).
Je m'adresse à tous les jeunes ingénieurs et chercheurs, aux écoles et professeurs qui les forment : cessons de nous comporter en adolescents attardés face à leur "joujou" !
La technologie, la science sont des objets bien trop puissants pour les considérer avec légèreté. Sinon, nous devenons des apprentis sorciers... C'est ce qui s'est passé pour l'amiante... Et cela ne doit plus être possible. Nous avons été capables de concevoir l'indépendance des pouvoirs politiques. Je ne doute pas que nous soyons capables de faire de même en intégrant la science.
Sinon, ce sera le retour à la barbarie, l'obscurantisme et nous l'aurons bien cherché :-(
(BESOIN DE RÉFÉRENCES)
https://duckduckgo.com/?q=projet+de+loi+principe+de+pr%C3%A9caution+principe+d%27innovation
à creuser...
émission du mercredi 10 décembre 2014
Santé publique: la science asservie
http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-sante-publique-la-science-asservie
10/12/2014 14:05
durée : 00:54:40 - La tête au carré - par : Mathieu VIDARD - La toxicité de certains produits est avérée ? Pourtant, les industriels réussissent à les imposer malgré tout sur le marché.
*
invité(s) Annie Thebaud-Mony Directrice de recherches à l’INSERM
auteure de « Travailler Peut Nuire Gravement À Votre Santé - Sous-traitance Des Risques, Mise En Danger D'autrui, Atteintes À La Dignité, Violences Physiques Et Morales, Cancers Professionnels »2008, Editions La Découverte
Vendredi, le TASS de Nantes reconnaissait comme maladie professionnelle le cancer d'un docker. C'est une première dans cette profession. La reconnaissance des maladies professionnelles est toujours très compliquée et plusieurs scandales récents comme l'amiante ou les pesticides, montrent que des scientifiques et des industriels sont impliqués dans une stratégie du doute quand aux risques et à leurs conséquences.
La sociologue Annie Thebaud-Mony a publié aux éditions de la découverte "La science asservie", un réquisitoire pour dénoncer justement le mensonge et le cynisme autour des catastrophes sanitaires. Elle est notre invitée avec le chercheur Laurent Vauguel.
Le tribunal a estimé que la multi-exposition aux poussières des produits toxiques et cancérigènes avait eu un rôle causal direct et essentiel dans la survenue de ces pathologies. C'est une décision très importante.
Début de transcription.
ATM :
OUI, je connaissais personnellement Jean-Luc Chagnoleau puisque c'est à son initiative qu'un travail a commencé à se faire sur les cancers chez les dockers et que j'ai pu contriber au travail qui a permis d'aboutir à cette décision du DASS.
Et je voudrais insister sur le fait qu'à cette occasion, nous avons pu identifier l'exposition à de multiples produits toxiques dans le métier de docker qui s'est beaucoup transformé dans les 25 dernières années.
MV :
C'est une victoire pour ce contre pouvoir, vous en parlez abondamment dans votre livre dans ce domaine des risques industriels et de la santé au travail ?
ATM :
oui, c'est une victoire à la fois parce que le système de réparation des maladies professionnelles est ridiculement restrictif, pas du tout en phase avec les connaissances qu'on a dans ce domaine, et puis, c'est un vrai travail collectif où une alliance entre un mouvement des travailleurs eux-mêmes, soutenus par des scientifiques et par des juristes, a abouti à cette très belle décision.
MV:
voilà, la science asservie, donc ça illustre le combat que vous menez et les collusions mortifères entre industries et chercheurs, c'est ce livre, ATM, que vous publiez qui est au coeur du dossier de latac. On va parler d'amiante, de nucléaire, de pesticides et les auditeurs nous rejoignent.
...
maladie de Limes 650 000 cas chroniques.
153176 espèces recensées
naissance d'un rhinocéros blanc
...
Reportage Serge Doucin président de l'association pour la protection de la santé au travail :
ya plusieurs dizaines de dockers qui sont malades, ya des décès de plusieurs malades connus. Donc nous pouvons nous appuyer sur un rapport scientifique qui reconnaît le caractère maladies professionnelles dans la profession des dockers. ya un causal pour prendre le terme utilisé entre les pathologies et l'environnement au travail. Donc c'est un jugement de grande portée qui aura sûrement des retombées au delà de nos propres frontières.
Cette actualité illustre parfaitement la reconnaissance du combat que vous menez depuis des années pour la reconnaissance des maladies professionnellles. C'est une première donc pour cette profession des dockers. Combien d'autres personnes concernées pour ce métier où le nombre de cancers est déjà très élevé ?
ATM :
Sur le port de Nantes-St-Nazaire, c'est plusieurs centaines certainement. Pour l'ensemble de l'europe, c'est des milliers voire des dizaines de milliers. Pour le monde du coup, la profession de docker, c'est des centaines de milliers certainement de travailleurs.
MV :
ce docker malheureusement est décédé. Vous l'avez connu parce qu'il a fait appel à vous et il a mené un vrai combat. Il n'a pas été aidé du tout au départ par les syndicats de dockers. Il a fallu qu'il se débrouille et c'est de cette façon aussi qu'il a réussi à mobiliser et à créer beaucoup de dynamisme autour de lui ?
ATM :
il était syndicaliste à la base. Il pensait qu'il était très important de travailler sur ces sujets là. Il faut voir la position dans laquelles les syndicalistes sont aujourd'hui. C'est très compliqué car ils sont complètement submergés et du coup, avec le soutien du syndicat, il a formé cette association avec d'autres dockers malades. Et ils ont fait un travail que je considère remarquable du point de vue de la santé, c'est-à-dire que c'est eux-mêmes qui ont décidé dans un premier temps de recenser parmi eux les malades notamment du cancer, mais aussi d'autres maladies graves comme les maladies cardio-vasculaires. Et grace à ce travail là, a pu se greffer sur cette enquête, une enquête faite à l'initiative de chercheurs en santé au travail, santé publique, sur la connaissance des expositions, des parcours professionnels et de l'identification des expositions dans ces parcours.
MV :
Il a quasiment fait une étude épidémiologique, ce docker... il a décroché son téléphone et il a appelé tous ses collègues malades, c'est ça, pour savoir exactemetn dans quel contexte la maladie est apparue ?
ATM :
absolument. C'est-à-dire que lui-même s'est rendu compte que parmi ses collègues, il en connaissait quelques uns qui étaient aussi atteints à un âge jeune. Lui avait autour de 50 ans quand il a été atteint. Et à partir de là, il s'est dit je ne suis pas tout seul. Et donc il faut qu'on aille plus loin. Et je dirais que c'est ça qui a fait exploser le couvercle parce qu'autrement, il est sûr qu'aujourd'hui on n'en serait pas là.
MF:
Donc une victoire pour combien de dockers et surtout une omerta terrible dans ce milieu et ce domaine de la santé au travail ?
ATM :
oui. Ce qui me frappe, c'est que depuis, en fait, le travail que JLuc Chagnoleau à commencé il y a à peu près quatre ans, a entraîné aussi une prise de conscience dans la profession des dockers et, que ce soit au niveau européen ou français, il y a actuellement une réflexion qui traverse le mouvement syndical. Mais traverse aussi les institutions de santé au travail.
MV :
donc un mouvement justement pour essayer de mettre au jour cette réalité des travailleurs ?
ATM :
alors non seulement mettre au jour cette réalité des travailleurs, mais les expositions d'aujourd'hui fabriquent les cancers de demain donc ce qui est urgent, c'est de mettre en place des dispositifs de sécurité. D'abord de connaissance des risques, puis les dispositifs qui mettent les dockers à l'abris de ces expositions.
MV !
ATM vous êtes sociologue de la santé, vous êtes directrice honoraire de recherche à l'INSERM, spécialiste de la santé au travail, chercheur associé au groupement d'intérêt scientifique sur les cancers d'origine professionnelle CGISCOP93 à l'université Paris 13 et donc ce livre que vous publiez : "la science asservie" aux éditions de la découverte. Ce combat, vous l'avez mené avec votre mari, le toxicologue Henri Pézerat. C'est d'abord un travail qui fait aller à contre-courant de la recherche officielle. C'est une démarche qui demande beaucoup d'énergie et de convictions quand même.
ATM :
Certes ! C'est vraiment en fait, quand on a commencé au début des années 80, j'étais sur un versant de lutte contre les inégalités de santé. Henri étant dans une démarche de recherche fondamentale classique sur les minéraux. Lui a été impressionné par le travail qu'ils ont fait à Jussieu dans les années 70 sur l'amiante. Et pas seulement sur ce qui se passait à l'université, mais quand il a été vers les sites industriels et notamment les usines d'amiante, là il a pris conscience de l'océan d'ignorance dans lequel étaient les ouvriers et les ouvrières et ça l'a déterminé à modifier son sujet de recherche en se disant il faut que mon activité scientifique contribue à une meilleure connaissance de la toxicité de l'amiante.
MV :
au risque même d'être disqualifié de la science elle-même ?
ATM :
au risque d'être disqualifié, c'est-à-dire que Henri était physicien et chimiste. Donc dans des disciplines qui ne s'occupent ni de près ni de loin de la santé.
Et il a contribué avec notamment un autre toxicologue qui s'appelle André Pico, à la genèse d'une discipline qui s'appelle la toxico-chimie. Et quand Henri à transformé son activité de recherche, il a été confronté à la difficulté d'une part d'intégrer un champ très pluridisciplinaire, mais dans lequel jusque là yavait pas de physiciens ou de chimistes qui s'y étaient vraiment risqués. yavait une autre discipline qui était la biochimie complètement différente. Et ça a été pour lui intégrer de nouvelle connaissances mais aussi se heurter à l'incompréhension de son champ d'origine et du champ dans lequel il intervenait.
MV :
c'est-à-dire qu'on va vraiment à contre-courant effectivement. On sort des sentiers battus et on publie des résultats dérangeants donc évidement c'est pas très facile de pouvoir rester dans ce contexte ultra protégé de la recherche ?
ATM :
alors c'est pas facile du tout... ça suppose une très grande rigueur. Et je crois qu'une des grandes qualités du travail fait avec Henri, ça a été de travailler à des hypothèses qui étaient extrèmement novatrices, mais en prenant le temps de les valider et de les confronter à la connaissance par rapport à ces hypothèses qui étaient relativement peu développées jusque là. C'est-à-dire qu'il y avait 2 ou 3 équipes dans le monde. Il a travaillé avec ces équipes étrangères et c'est par ce biais là qu'il a obtenu une reconnaissance scientifique de ses travaux, que, pour dire vite, il avait pas vraiment en France.
MV :
on en reparlera tout à l'heure avec le cas très emblématique de l'amiante, on entendra d'ailleurs un son d'archive dans sa première conférence de presse en 1979 où on le voit face à la pression des industriels devant les déclarations de votre compagnon.
Michel nous dit ceci : "pourquoi voudriez-vous que la science ne suive pas le reste de la société ? Tout le monde partout doit se plier au système économique et il n'y a pas d'alternative. La corruption est devenue la règle."
C'est sévère ! Mais vous l'êtes aussi ATM ! Vous dites par exemple que le premier objectif de votre livre, c'est de montrer et d'analyser comment les scientifiques dans leur majorité ont été amenés à s'inscrire dans un processus de confiscation et corruption de la science au service des intérêts privés de groupes industriels et de leurs actionnaires avec la complicité de l'Etat. Dans leur grande majorité, là vous exagérez non ?
ATM :
malheureusement, je ne crois pas...
MV :
tous les scientifiques seraient corrompus selon vous ?
ATM :
pas forcément, ils s'inscrivent dans ce qu'on appelle un paradigme dominant. Et quand on s'inscrit dans un paradigme dominant, on n'a pas forcément à justifier pourquoi on s'y inscrit. Et le paradigme dominant a été constitué par les industriels qui là, pour le coup, ont corrompu un certain nombre de scientifiques.
MV :
un certain nombre, mais pas la majorité...
ATM :
c'est-à-dire que le processus par lequel s'est passé, c'est par exemple pour l'histoire du plomb, j'en parle au début du bouquin, c'est vraiment le choix d'un professeur de médecine qui s'érige en spécialiste du plomb, qui ne connait pas le sujet et qui en plus est d'accord pour faire des expériences qui vont prouver le contraire de l'évidence puisque la toxicité du plomb est connue depuis très longtemps !
MV :
c'est un mécanisme qui marche à tous les coups en tout cas ! c'est ce que vous montrez. Il faut prendre un scientifique de renommée.
ATM :
et ça marche ! à partir de là, ya des pratiques scientifiques qui se mettent en place et qui instrumentalisent un certain nombre de disciplines, mais en particulier l'épidémiologie, pour prolonger le plus longtemps possible le doute. Alors si on reprend l'ex de l'amiante, vous avez là une situation où pratiquement les industriels connaissent tout sur ce qui se passe par rapport à l'amiante pendant les années 1930, et il faut attendre 1964 pour que le professeur Selikov de New york, travaillant avec la caisse de retraite des travailleurs de l'isolation aux états unis, démontre dans une publication avec un congrès très public, que l'amiante donne le cancer.
MV :
ça veut dire que l'écran de fumée a parfaitement fonctionné pendant toutes ces décénnies...
ATM :
et y continue de fonctionner puisque malheureusement dans cet espace de temps, au lieu de faire de l'épidémiologie une discipline qui cherche à comprendre quelle est la répartition des maladies dans la population, on est encore aujourd'hui avec une épidémiologie qui passe son temps à prouver que l'amiante donne le cancer...
MV :
donc pour répondre à michel, la corruption est devenue la règle ?
ATM :
c'est pas la corruption au sens "les scientifiques sont achetés", c'est les rapports de domination au sein de la science avec des scientifiques qui réfléchissent pas forcément à la manière dont ils sont instrumentalisés.
MV :
vous parlez des alliances, comment fonctionne aujourd'hui la science, les universités, les organismes publics de recherche et les financements des industriels... Parce qu'on peut plus fonctionner autrement aujourd'hui, surtout dans un contexte de budgets qui se raréfient, enh... ?
ATM :
alors effectivement, actuellement, l'essentiel de la recherche est financée par les industriels. Moi, ce que je dis par rapport à ça, c'est que il devrait y avoir une recherche sur fonds publics qui soit alimentée par des industriels, mais sur lesquels les industriels n'aient pas droit de regard.
MV :
bien sûr mais ça ne marcherait pas ça ! L'important pour eux, c'est de pouvoir biaiser les publications justement !
ATM :
vous prenez la question des fondations. Je vais prendre celle créée à Toulouse par TOTAL et d'autres industriels dont EDF, AREVA... Elle est allimentée par les crédits des industriels qui du coup, obtiennent des crédits d'impôts. Rapatrions l'argent de ces crédits d'impôts au minimum pour en faire de l'argent public pour la recherche publique...
MV :
ATM, vos propos suscitent beaucoup de réactions.
...
Vous parlez de la fabrique de l'incertitude, de la stratégie du doute en expliquant que ça domine la recherche en santé publique aujourd'hui.
ATM :
tout à fait. Ce que les industriels ont réussi pour que ce soit - ça a commencé avec le tabac, le plomb, l'amiante et les rayonnements ionisants -
MV :
c'est l'écran de fumée dont on parlait tout à l'heure au fond...
ATM :
oui et qui en fait consiste à contester continuellement les résultats de chercheurs qui prouvent que l'amiante donne le cancer et d'autres pathologies, le plomb est un neurotoxique, les perturbateurs endocriniens sont des toxiques redoutables, les rayonnements ionisants également et pas seulement en terme de cancers mais aussi de maladies cardio-vasculaires, de phénomènes immunitaires. Et en fait, face à cette accumulation de résultats qui devraient alerter bien au delà des pouvoirs publics, l'ensemble des sociétés industrielles, les industriels ont réussi à imposer une recondution indéfinie du doute "on n'est pas très sûrs que...". Ils s'appuent en fait sur le caractère probabiliste des statistiques qui ne peuvent jamais affirmer complètement un résultat puisqu'on ne l'a jamais à 100 %.
MV :
avec la force de frappe évidemment des industriels dans le domaine de la communication et du marketing... c'est absolument primordial.
ATM :
la force des industriels, c'est cette possibilité de communication y compris pour disqualifier - et je voudrais reprendre un ex peu connu mais qui est très important, c'est 2 chercheurs sur les rayonnements ionisants dans le nucléaire : Ally stewart qui était une prof de santé publique en grande bretagne, qui a été la première à montrer d'ailleurs l'effet des rayonnements pendant la grossesse sur les leucémies chez les enfants à l'issue d'une naissance, qui a été en fait disqualifiée dans son travail par le grand épidémiologiste Richard Doyle qui a pris une puissance grace au soutien des industriels pour pratiquement nier les effets toxiques de la chimie de l'amiante et du nucléaire. Et deuxième ex c'est Thomas Mancouzeau qui est un chercheur américain, le seul qui, à l'époque du début du nucléaire, avait commencé à travailler avec une enquête sur les travailleurs du site d'anford un des grands sites du nucléaire américain, dont les travaux ont été interrompus et il a été mis en retraite anticipée.
MV :
ya une autre notion dont vous parlez, c'est celle du risque acceptable qui est plus cynique que jamais... Le cancer ferait partie de ces risques justement...
ATM :
ce concept de risque acceptable est né avec toute l'analyse coût-bénéfice, c'est-à-dire que ça n'est jamais exprimé comme ça, mais cette analyse coût-bénéfices par rapport au cancer c'est dire un certain nombre de cancers sont légitimes parce que l'économie en a besoin.
MV :
oui, donc ça s'est le cynisme des industriels, des politiciens et des scientifiques, vous les mettez tous dans le même lot !
ATM :
absolument.
MV :
Ce courriel de Pierre : "j'aimerais savoir ce qu'il en est pour les travailleurs du bois, dans les scieries par exemple. Est-ce qu'ils vont être un jour reconnus pour maladie par rapport aux sciures ?"
ATM :
ya une reconnaissance. Un tableau de maladies professionnelles pour les travailleurs du bois, pour la reconnaissance des cancers des sinus. Mais on est face à une situation qui est un peu la même dans tous les domaines : c'est-à-dire que les poussières de bois n'ont aps une toxicité exclusivement sur les sinus mais probablement aussi sur l'ensemble de l'axe respiratoire, sauf que les études n'ont pas été faites ! Le gros pb auquel on se heurte, c'est parce qu'il n'y a pas d'études, alors il n'y aurait pas de toxicité. Et cette équation là il faut la remettre en question.
MV :
Et vous montrez toute la complexité d'ailleurs de faire le rapport précisément entre les produits et les pathologies... qui en découlent. Et les industriels jouent énormément d'ailleurs sur cette complexité pour gagner du temps.
ATM :
ils jouent énormément sur cette complexité tout en imposant une recherche qui travaille polluant par polluant alors que, on le sait très bien en milieu de travail - et dans l'enquête que j'ai coordonnée pendant 12 ans en Seine St Denis sur un millier de patients, on a 84 % d'exposés et de lourdement poly-exposés à différents cancérogènes - .
MV :
Yves nous écrit "depuis la publication de votre livre sur la contamination radioactive des sous-traitants de l'industrie nucléaire, est-ce qu'il y a eu une amélioration de leurs conditions de travail" ?
ATM :
malheureusement non. La sous-traitance est plus que jamais la règle, les exploitants du nucléaire ont annoncé qu'ils réduiraient peut-être d'ici 2015-2016 à trois niveaux de sous-traitance, mais malheureusement c'est toujorus la règle et les syndicalistes parmi les soustraitants qui essaient de se battre sur ce sujet ont énormément de difficultés.
MV :
et dans ce domaine vous citez un chiffre absolument allucinant puisque pour le nucléaire à Tchernobyl, entre 800 000 et un million de soldats liquidateurs qui sont allés travailler sur le toit de la centrale, soit morts ou sont tombés malades. Ils ont été exclus des statistiques des conséquences sanitaires de la catastrophe. Un million de personnes ! On ne connait pas ces chiffres...
ATM :
ce sont des chiffres qui ont été complètement occultés de tout le discours officiel sur Tchernobyl. Sur les conséquences sanitaires que ce soit pour les travailleurs ou la population, les chiffres publiés sont mensongers produits par l'agence internationale pour l'énergie atomique - elle porte bien son nom - et l'OMS.
MV :
et vous parlez évidement de l'invisibilité de ces travailleurs... tout comme l'amiante puisque là aussi, c'est l'exemple important de ce livre. Celui aussi de votre combat avec votre compagnon Henri Pézerat qui a révélé les dangers de l'amiante dès la fin des années 70. On le retrouve en 76 face aux représentants de l'usine FERODO. C'est sa première conférence de presse sur le sujet :
Reportage :
je représente ici un collectif de 20 à 30 personnes qui travaillent depuis maintenant 2 ans sur ces questions et disons que notre information est effectivement assez complète. Beaucoup plus complète que celle de la chambre patronale à moins qu'il y ait des émissions volontaires dans celle-ci. Nous avons un retard en France absolument considérable et inadmissible. Depuis 1930, il y a une législation en angleterre. Nous sommes en 1976, il n'y a toujours rien. C'st absolument incompréhensible d'autant plus que si on ne savait pas les pressions considérables faites par l'industrie de l'amiante pour empêcher la sortie de ces informations.
Mr ???
Mais Mr...
MV :
extrait d'un documentaire diffusé sur France Culture en mars 2010. Et ce sont les industriels qu'on entend face à Henri Pézerat face à ces propos.
ATM :
ça a été une bombe pour les industriels parce qu'ils pensaient qu'en France ils étaient tranquilles, yavait eu aucun étude pratiquement sur ces questions.
MV :
Thierry nous dit ceci "la première étude en France sur la dangerosité de l'amiante date de 1907. Elle est dûe à un inspecteur du travail à Condé sur Noirot. Il existait de nombreuses filatures d'amiante. L'interdiction on le rappelle date de 1997. Que de temps perdu..."
ATM :
exact et ce temps perdu a été rompu dans les années 70. En 77 un décrêt alibi. Et ensuite, les industriels créent le fameux comité permanent amiante avec un slogan : l'usage contrôlé de l'amiante alors qu'ils savent pertinament qu'il n'y a pas d'usage contrôlé possible de l'amiante.
MV :
Laurent Vauguel, vous êtes en ligne avec nous depuis la Belgique. Vous êtes chercheur à l'institut syndical européen qui est le centre indépendant de recherche et de formation de la confédération européenne des syndicats. Vous y êtes chargé des questions de santé et de sécurité, c'est-à-dire que vous défendez les intérêts des travailleurs au niveau européen, c'est ça ?
Laurent Vauguel :
oui, on est un centre qui fait à la fois des expertises scientifiques sur les questions de santé et de sécurité, et qui intervient pour essayer de modifier les législations existantes et aider les syndicats à avoir une influence sur celles-ci.
MV :
donc vous parvenez à mener des études indépendantes...
LV :
Oui, mais on va à contre-courant. Si on prend les études qui sont prises en compte par les institutions européennes, notre influence est limité car les études financées par l'industrie et qui défendent les industriels sont beaucoup plus importantes par rapport à ce qu'on peut faire. On arrive à faire bouger les choses mais de façon modeste et limitée.
MV :
donc vous constatez aussi au niveau européen le même rapport de force entre les industriels et les études scientifiques qui se voudraient indépendantes...
LV :
la situation s'est même nettement empirée. En europe s'est pire qu'en France avec les deux dernières commissions qui ont été présidées par mr Baroso, on a créé des mécanismes institutionnels qui en fait vont privilégier de façon systématique la production scientifique financée par l'industrie. Donc là on se trouve dans une situation biaisée dès le départ.
Ya eu à partir de 2006 la création d'un organisme qui s'appelle le bureau pour l'évaluation d'impact, et ce bureau permet de bloquer tout projet de législation qui serait un peu ambition en matière de défense de l'environnement, de la santé des travailleurs ou de la santé publique. Et alors, l'étape suivante a été accomplie en 2012 où la comission Baroso a désigné une personne au titre pompeux "conseillère en chef en matière de science". Et cette personne est intervenue de façon systématique pour privilégier les positions des industriels. Et donc pour trancher de façon non publique - c'est ça qui est particulièrement scandaleux - elle prend position mais ces positions ne sont pas rendues publiques. Elles sont communiquées à la commission européenne, aux commissaires, au président de la commission, mais elles ne font pas l'objet d'un débat scientifique. Alors l'idée qu'une seule personne pourrait concentre un ensemble de compétences scientifiques est un mythe de la mirandole, c'est impossible. Mais d'autre part, sur tous les débats concrets qu'on a eus, notamment sur les perturbateurs endocriniens, les OGM, on a vu que effectivement, cette nouvelle institution s'alignait de façon systématique derrière l'industrie et rejetait le débat avec les scientifiques qui étaient indépendants.
MV :
2 messages pour vous :
- "en 90 afin de pouvoir assumer mes études en micro-biologie, il m'a été proposé d'être intégralement financé par une société pharmaceutique, la contrepartie étant de devoir travailler pour eux les 3 premières années de ma vie active, j'ai refusé. Mais j'atais plutôt une exception. Combien ont accepté..."
- Jean-Paul "dans l'actualité, on parle de la loi sur la pénibilité au travail. On pense souvent à la pénibilité mécanique, ergonomique, moins souvent à l'expositon à des substances nouvelles mal connues du point de vue toxicologique. Existe-t-il, devrait-il exister un article du droit du travail qui prendrait en charge cette pénibilité écologique ?
ATM :
la pénibilité toxicologique est un tout petit peu prise en compte, mais elle ne sera mise en application que dans les années futures (2017 ?) mais de toute façon, on a un problème aïgu de dévaluation des risques au quotidien sur les sites industriels, et pratiquement un déni des conséquences de ces risques cumulés. Je pense à des secteurs industriels comme l'aéronautique, mais aussi et surtout tout ce qui est maintenance, manutention, gestion des déchets, nettoyage, où on cumule les expositions et les travailleurs sont très fortement exposés à des substances anciennes et nouvelles. Et malheureusement l'évaluation des risques est pas faite.
LV :
on constate exactement la même chose au niveau européen donc on a des sommes colossales pour tout ce qui est développement industriel des nano-matériaux et les sommes consacrées à l'évaluation des risques sont dérisoires. Donc on est vraiment dans un rapport de disproportion absolue entre ce qui est donné aux industriels pour mettre en place de nouvelles technologies, développer de nouveaux matériaux, et ce qui est fait sur le plan de la protection de la santé, et notamment la santé des travailleurs, pour évaluer les risques. Donc le principe qu'on a défendu et qui est passé dans une réglementation cadre à caractère très général qui s'appelle REACH : on ne peut pas produire une substance nouvelle sans avoir au préalable fait une évaluation complète des risques. C'est un principe excellent mais malheureusement l'entrée en application de REACH se heurte à de très nombreuses entraves.
MV :
2 courriels pour terminer :
- François "comment les experts en toxicologie sont-ils désignés ? Quelles sont lurs compétences requises ? C'est l'occasion de parler de conflit d'intérêt...
LV :
lE grand pb c'est la confusion des genres. D'un côté la production scientifque à des fins de savoir et de l'autre la régulation. Dans le premier cas ya un code de langage : le doute. Comme toute profession, les scientifiques ont leur manière de parler. Les scientifiques mettent en avant le doute. On peut discuter sur ce code, ce n'est pas lui qui fait la science. Le grand pb, c'est que quand il s'agit de passer à la régulation, on utilise le code de langage qui est assez commun parmi les scientifiques, donc un langage du doute - on est arrivé à un certain nombre de conclusions... - on utilise cela pour bloquer la prise de décision.
Là ya vraiment un pb de responsabilité sociale et politique de la part des scientifiques. Je pense que autant on peut admettre le code disant "on est à arrivé à des résultats provisoires, le doute est permis...", lorsqu'il s'agit d'intervenir dans la régulation, il faut au contraire nécessairement trancher. On tranche dans un sens ou dans l'autre, on est pour ou contre l'interdiction de l'amiante par ex. Et ça malheureusement, cette conscience de la responsabilité politique et sociale dans la production scientifique, est insuffisament développée.
ATM :
Sur cette question là, ya actuellement en discussion un projet de loi très inquiêtant qui voudrait soumettre le principe de précaution au principe d'innovation. C'est-à-dire qu'à partir du moment - et c'est très complémentaire de ce que disait LV - à partir du moment où yaurait une innovation ex les OGM, le gaz de schistes... il ne serait plus possible d'invoquer le principe de précaution pour empêcher, bloquer la mise en production ou l'exploitation, l'expérimentation de nouvelles molécules ou de nouveaux procédés dangereux.
MV :
on termine avec le msg de Mireille "que dire des effets particules atmosphériques qui sont connues depuis plus de 20ans et que l'on semble découvrir aujourd'hui. Les industriels de l'automobile ont culivé cet esprit du doute en critiquant notamment des études européennes telles cafea qui ont attribué à cette pollution des milliers de morts par an et cela depuis 15 bonnes années ?"
Ya beaucoup d'exemples, vous les abordez dans ce livre : le plomb, l'amiante, la radio-activité, les substances chimiques...
*
vêtements intelligents université Laval Québec
imaginer que votre chemise, votre pantalon, puissent grace à des capteurs intégrés prévenir un accident cardio-vasculaire et alerter les secours en temps réel.
Une équipe de chercheurs canadiens de l'université Laval à Québec travaille sur des vêtements intelligents. Ils viennent de publier sur leur avancée.