Sexualité des handicapés : avant le débat, une introspection de chacun, Madame la Ministre Marie-Arlette Carlotti

21/03/2013
Jérôme Guedj : « La question de l’assistant sexuel est celle de l’éveil à la sexualité pour des personnes très lourdement handicapées. »
http://www.faire-face.fr/archive/2013/03/21/jerome-guedj-la-question-de-l-assistant-sexuel-est-celle-de.html

Le 25 :

Handicap : l’Essonne renonce à son projet d’assistants sexuels 25 mars 2013 à 20:06 (Mis à jour: 26 mars 2013 à 10:34) Par ANNE-CLAIRE GENTHIALON

http://next.liberation.fr/sexe/2013/03/25/handicap-l-essonne-renonce-a-son-projet-d-assistants-sexuels_891193

Marie-Arlette Carlotti, ministre chargée du Handicap, a déclaré que la vie sentimentale et sexuelle des personnes handicapées fera l’objet d’un débat.

Mon commentaire sur ce point :

avant d'organiser un débat, organisons d'abord un temps collectif d'introspection : chacun individuellement imagine ce que serait sa vie s'il ne pouvait en aucune façon se toucher, et notamment sur le plan sexuel où toucher l'autre est aussi essentiel. Ensuite, chacun utilise son ressenti pour écrire ou réaliser une œuvre s'il a la chance de maîtriser une technique artistique.

A partir de là, chacun cherche à le partager avec le plus grand nombre de personnes et elles décident collectivement de la suite, sans préjugés.

Enfin, le débat aura lieu, mais sur une base beaucoup plus solide : sortir des dialogues de sourds dont notre vie politique a trop souvent le secret, avec comme exemple récent le mariage pour tous.

Et le plus important, il aura lieu avec les premiers intéressés : les handicapés eux-mêmes, comme :

- Rémi Gendarme qui parle si bien de respect et de liberté, qui rejette l'amalgame "handicap = misère sexuelle" dans "Je ne veux pas d’assistante sexuelle qui ne tremblerait pas de plaisir" :

http://www.rue89.com/2013/03/21/je-ne-veux-pas-dassistante-sexuelle-qui-ne-tremblerait-pas-de-plaisir-240682

- PATRICIA ASSOULINE Comédienne, handicapée moteur, dénonçant la décision du comité national d'éthique "Nous sommes déjà condamné(e)s du fait de notre handicap, mais vous nous condamnez aussi à une mort affective."

http://www.liberation.fr/societe/2013/03/27/je-veux-faire-l-amour_891749

 

Remarque :

n'oublions pas un point essentiel : avant d'être adulte, comme chacun, une personne handicapée est un bébé, un enfant puis un adolescent.

Les questions de sensualité, d'affectivité, d'amour, de sexualité, de rapport aux autres... sont présentes dès avant la naissance !

Les personnes ont donc des besoins, des envies, des désirs à un âge précoce. Cela doit nous aider à sortir de nos images manichéennes. En centrant les débats sur nos rapports à nous-mêmes et aux autres, pour les handicapés, ces derniers sont essentiels. Il convient donc d'en parler dès la maternelle, voire la crèche, afin de former et d'accompagner les enfants ET les professionnels.

Engager ces actions, c'est transformer des contraintes en opportunités : rendre une société plus juste et surtout plus humaine, qui reconnaisse TOUTES les différences, quelles qu'elles soient...

N'est-ce pas ce dont nous avons le plus besoin actuellement ?

 

Mon commentaire à l'article de Faire Face :
"
Merci et bravo pour votre courage politique Mr Jérôme Guedj.
Je voudrais cependant préciser deux points :
- sur le "rôle thérapeutique de l'assistance sexuelle" : cela veut dire soin. Un assistant sexuel doit être tout sauf un soignant. En effet, il doit être déconnecté de tous les professionnels de santé car la sexualité n'est pas une maladie.
C'est une composante intrinsèque et centrale de notre condition humaine. Et ne pas pouvoir suivre ses désirs sur ce plan parce qu'handicapé(e) est une souffrance qui est décrite depuis longtemps par de nombreux handicapés.
Un assistant sexuel est donc d'abord un accompagnateur. On parle d'assistant parce qu'il y a à maîtriser la dimension technique de la prise en compte du handicap : permettre à la personne dénuée de capacités motrices de trouver la bonne position, de faire les bons gestes d'éveil et d'épanouissement sexuel comme quiconque. Ou alors, de faire le deuil de son incapacité car il ne doit pas y avoir la moindre injonction. Cela redevient alors un accompagnement simple traditionnel.

- sur " la relation tarifée constituant, pour moi, un des aspects du rapport de domination" : vous vous trompez lourdement sur ce point. L'acte de payer un service sexuel, quel qu'il soit, comme de payer tout autre service d'ailleurs, rend libre : je t'ai payé pour ce service, nous sommes quittes. Il n'y a pas d'attachement possible, ni affectif, ni sexuel. Il n'y a donc pas de domination. Vous avez défini votre besoin, nous avons convenu de la transaction, une fois opérée, le contrat est rempli et nous en restons là.

«L’argent permet de prévenir l’attachement »
En fait, il peut y avoir plusieurs séances pour des raisons précises et prévues à l'avance avec la personne handicapée.

Je voudrais conclure par une question : comment garantir la qualité de la prestation, éliminer tout risque et sécuriser l'ensemble des parties prenantes ?

Avec une tentative de réponse : d'abord par le dialogue, ensuite par l'expérimentation d'une voie française pouvant faire appel à des personnes humaines expérimentées, accompagnateurs, voire médiateurs chevronnés. Enfin, par un peu de technologie afin qu'en cas de litige, on puisse faire état des faits en justice.

Surtout, Mr Guedj, ne vous découragez pas. Vous avez le devoir d'aller jusqu'au bout de cette action. Sachez que, comme moi, nous sommes nombreux à vous soutenir, que parmi nous, nous sommes quelques pionniers en capacité et en envie d'assurer les prestations éthiques comme n'importe quelle autre mission d'accompagnement.

En fait, si chacun s'interroge sur "comment je ferais si je ne pouvais pas du tout me toucher ?" avec honnêteté et sincérité, s'il allait même jusqu'à tenir un mois sans le faire, nous pourrions rapidement arriver à une vision partagée de ce que c'est qu'un être humain sexué et nous trouverions tout aussi rapidement les solutions à mettre en oeuvre.
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