Lettre ouverte : Expression de notre mécontentement quant au fonctionnement actuel de l’école française

L’année prochaine, nous n’inscrirons pas notre enfant en deuxième année de maternelle à l’école Jacques Hillairet, Paris 12, ni dans une autre école. Nous avons pu constater que l’école telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, opère un certain nombre d’effets destructeurs sur notre enfant. En effet, celui-ci est devenu colérique, frustré, anxieux et consommateur en l’espace de quelques mois. Nous y sommes pour quelque chose, nous direz-vous. C’est entendu... Mais il nous paraît évident que l’état actuel de l’école française (pédagogie qui date de deux siècles, 28 à 30 élèves par classe, évaluations, menaces, coups, système de punitions-récompenses, séparations matinales difficiles et pas toujours respectées…) n’a aidé notre fils ni à trouver confiance en lui, ni à développer de l’empathie envers les autres. En revanche, il aura déjà développé une compétitivité nauséabonde avec ceux qui l’entourent. C’est sans doute dans le but de le préparer à la société dans laquelle il vivra, faite de compétitions et régie par la loi du plus fort, que l’école s’attache à transmettre ces valeurs ? De notre point de vue, c’est une catastrophe que le potentiel gigantesque d’un enfant de 4 ans se voie déjà partiellement détruit par les effets d’un système obsolète depuis plusieurs décennies, par la reconduction et la transmission irréfléchies de valeurs malsaines qui mènent notre société aux désastres sociologiques, écologiques, et politiques que l’on voit se confirmer partout avec consternation.

L’année prochaine, nous n’inscrirons pas notre enfant en deuxième année de maternelle à l’école Jacques Hillairet, Paris 12, ni dans une autre école. 
Nous avons pu constater que l’école telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui, opère un certain nombre d’effets destructeurs sur notre enfant. En effet, celui-ci est devenu colérique, frustré, anxieux et consommateur en l’espace de quelques mois. Nous y sommes pour quelque chose, nous direz-vous. C’est entendu... Mais il nous paraît évident que l’état actuel de l’école française (pédagogie qui date de deux siècles, 28 à 30 élèves par classe, évaluations, menaces, coups, système de punitions-récompenses, séparations matinales difficiles et pas toujours respectées…) n’a aidé notre fils ni à trouver confiance en lui, ni à développer de l’empathie envers les autres. En revanche, il aura déjà développé une compétitivité nauséabonde avec ceux qui l’entourent. C’est sans doute dans le but de le préparer à la société dans laquelle il vivra, faite de compétitions et régie par la loi du plus fort, que l’école s’attache à transmettre ces valeurs ? De notre point de vue, c’est une catastrophe que le potentiel gigantesque d’un enfant de 4 ans se voie déjà partiellement détruit par les effets d’un système obsolète depuis plusieurs décennies, par la reconduction et la transmission irréfléchies de valeurs malsaines qui mènent notre société aux désastres sociologiques, écologiques, et politiques que l’on voit se confirmer partout avec consternation.

Et que dire des enseignants, qui se débattent dans un système voué à l’échec ? D’ailleurs, se débattent-ils toujours ? Quelle résistance peuvent-ils opposer aux évolutions destructrices de leur cadre de travail ? Sont-ils encore en mesure de poursuivre une réflexion pédagogique ? Et surtout, ont-ils vraiment envie que les enfants soient équilibrés, épanouis, forts et en bonne santé (1) ? Parce que si tel est le cas, il est grand temps de tout, absolument tout remettre en question ! Mais peut-être que « le pédagogue n’aime pas les enfants » ! C’est le titre du livre écrit par Henri Roorda en 1917, dont nous conseillons la lecture à toute personne s’interrogeant sur ce que l’on inflige aux enfants, particulièrement à l’école. C’est accablant de se rendre compte que cent ans plus tard, la critique émise dans ce livre est toujours effroyablement contemporaine.

Et c’est ce que nous en arrivons à croire, les enseignants, les personnes qui entourent les enfants tout au long de la journée (cantine, ARE, centre de loisirs) n’aiment pas les enfants. Seraient-ce leurs conditions de travail qui les en empêchent ? Parce que l’amour que l’on a pour l’enfant contient à lui seul en puissance toute l’éducation. Les récompenses et les punitions, sous n’importe quelle forme, ne font qu’asservir et alourdir l’esprit, et si c’est cela que nous voulons, l’éducation par la contrainte est un procédé excellent (2).

Notre enfant et ses camarades ont été tirés violemment par le bras des dizaines de fois durant l’année, des adultes leur ont mis des coups de panières à vêtements en plastique sur la tête, leur ont tiré les cheveux, les ont menacé de fessées ou encore, de grosses fessées dans le bureau de la directrice.
Nous avons là une image fantastique, des petits citoyens en herbe, déjà sous l’emprise de la peur et de la menace !!!
Et quelle n’est pas notre surprise, à réception du Livret d’évaluation (3) de fin d’année, de lire que notre enfant doit prendre confiance en lui et développer son autonomie !
Vous ? Vous avez envie de vous exprimer librement et avec enthousiasme quand on vous menace ? Quand on vous tire le bras ? Quand on vous frappe la tête ? Vous vous souvenez à l’école ? Vous n’en êtes pas mort (4) ? Vous aimiez ça ? Vous peut-être... Lui pas...

De quel droit décidons-nous de conformer l’enfant à un quelconque modèle, décrit par tel ou tel livre, déterminé par nos ambitions, nos espoirs et nos craintes ? L’éducation (...) ne s’appuie sur aucune idéologie, quelles que soient ses promesses au sujet d’une future utopie ; elle ne s’appuie sur aucun système, si intelligent soit-il, et ne doit pas être un moyen de conditionner l’individu d’une façon ou d’une autre. L’éducation doit aider l’individu à mûrir librement, à s’épanouir en amour et en humanité. C’est à cela que nous devrions nous occuper et non pas à façonner l’enfant conformément à un modèle idéal (5).

Il est grand temps de mettre à la poubelle ces méthodes qui ne construisent pas un homme serein, confiant, capable d’initiative et de prise de risques, mais bien plutôt un homme soumis, docile, et effrayé.
Nous aimons beaucoup trop nos enfants pour laisser un système et des personnes adhérents à celui-ci, les détruire : 98% des enfants naissent avec un cerveau à haut potentiel. Après la scolarisation, ils ne sont plus que 2% (6).

N’est-il pas temps de se poser sérieusement, très sérieusement la question de ce que nous désirons pour la société future ? N’est-il pas notre devoir de parents et d’enseignants de penser ensemble, une évolution favorable pour nos enfants ?

Nous tenons à préciser que nous avons tenter de communiquer avec l’école, nous nous y sommes impliqués en tant que représentants des parents d’élèves, avec l’enseignante de notre enfant en la croisant régulièrement, en prenant rendez-vous... Mais ces échanges n’ont pas été à la hauteur de nos espérances ; on nous a très vite fait comprendre qu’il valait mieux ne pas tenter de faire évoluer quoique ce soit… Se taire donc, pour ne pas être stigmatiser comme des personnes malveillantes au sein de l’école. Alors, nous nous sommes tus et avons observé le déroulement de l’année.
L'École sait ce qui est bon pour les enfants ! Et nous parents, nous ne savons rien ? Ne pourrions-nous pas travailler ensemble à la co-éducation de nos enfants ? Non !? C’est accablant. Et très regrettable pour ce que représente maintenant à nos yeux et bientôt – nous en sommes certains – aux yeux de beaucoup de parents, l’école française (et pas seulement l’école dans laquelle nous avons fait notre expérience) : une institution de la république qui organise son fonctionnement autour de processus frustrants, et donc destructeurs pour l’enfant, ses parents et par extension pour la société.

Nous restons disponibles et ouverts à toutes discussions, souhaitant que cette lettre trouve une résonance particulière auprès de ses différents lecteurs et qu’elle conduise peut-être à de sérieuses remises en questions.

Sophie Demeyer et Julien Duc-Maugé

(1) Voulons nous vraiment des enfants forts et en bonne santé ?, Jasper Juul, Éditions Fabert, 2015
(2) De l’éducation, Krishnamurti, Editions Albin Michel, 2012. (Première édition Krihnamurti foundation of America, 1953)
(3) Est-il vraiment nécessaire d’évaluer un enfant ? Ah oui, cela permet d'éviter de perdre du temps à échanger avec les parents des progressions de l’enfant tout au long de l’année, et enjoint l’entourage de ce dernier à l’enfermer dans ses réussites et ses difficultés…
(4) http://www.oveo.org (Observatoire des Violences Éducatives Ordinaires)
(5) De l’éducation, Krishnamurti, Editions Albin Michel, 2012. (Première édition Krihnamurti foundation of America, 1953)
(6) Nous conseillons ici la lecture de Semeurs d’enthousiasme, pour une écologie de l’enfance, André Sterne, Editions L'instant Présent, 2014

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