Apprentissage de l'arabe : Il faut créer des postes.

Les réactions suscitées par l’annonce de Jean-Michel Blanquer de développer l’apprentissage de l’arabe se sont vite multipliées. Mais la question centrale reste celle de la création de postes de professeurs titulaires d'arabe.

Leçon de langue arabe © Julien Lacassagne Leçon de langue arabe © Julien Lacassagne

Les réactions suscitées par l'annonce de Jean-Michel Blanquer de développer l'apprentissage de l'arabe se sont multipliées. Les calomnies et autres réactions d'hostilité remplissent de dégoût, celles de Nicolas Dupont-Aignan comme celles de Xavier Bertrand. Quant à celle, enthousiaste, de Jack Lang, elle incite à se demander pourquoi il n'a pas lui-même valorisé cet enseignement lorsqu'il était rue de Grenelle. Je me suis aussi demandé pourquoi je ne parvenais pas à partager cet enthousiasme. Je crois en avoir trouvé la raison. Dans toutes les interventions concernant l'apprentissage de l'arabe, un sujet pourtant central est soigneusement évité, notamment par Jean-Michel Blanquer, celui de la création de postes de professeurs titulaires d'arabe.

Le 10 septembre dernier, au cours d'un entretien à BFM-TV, dont les propose furent repris par Le Parisien, le ministre de l'Education nationale parlait de "stratégie qualitative", ce qui, traduit de la novlangue, signifie : pas de quantitatif, et donc, pas de postes.Il faut rappeler que les postes en arabe aux concours n'excèdent pas un à deux par an, voire tous les deux ans (capes et agrégation confondus). Un nouveau budget est sur le point d'être adopté, et rien ne laisse présager des ouvertures supplémentaires. Jean-Michel Blanquer dit vouloir faire de l'arabe une "langue de prestige" (l'avait-elle attendu pour l'être ?). Or, l'enseignement de l'arabe se brise sur deux écueils, celui de sa "communautarisation" et celui de sa mise en réserve par et pour une élite. Ces deux écueils ne peuvent être évités que par la création massive de postes de titulaires en arabe. Il semble que ce ne soit pas le chemin pris par Jean-Michel Blanquer.

Faisons maintenant un peu plus de politique. Tout laisse à penser que cette annonce sert à exciter la droite, et à faire ainsi passer le gouvernement Macron pour un rassemblement de progressistes, tout en n'ouvrant aucun poste. La manoeuvre fut de courte durée car Jean-Michel Blanquer vient tout récemment de déplorer un emballement médiatique, qu'il a lui-même créé. L'annonce d'un hypothétique développement de l'apprentissage de l'arabe (encore une fois, sans postes) poursuit sans doute un autre but : celui de détourner les regards des aberrations islamophobes et néo-coloniales du rapport El-Karoui, de l'Institut Montaigne, rédigé à l'attention du gouvernement d'Emmanuel Macron.

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