Michel Onfray : Penser l’islam sans le connaître

Le tout nouveau livre de Michel Onfray, Penser l’islam , vient de paraître. Il est à placer dans la parentèle du dernier livre de Bernard-Henri Lévy , édité par la même maison Grasset qui semble se spécialiser dans la production de philosophes infatués. Arguant de la « nécessité de se remettre à penser », Onfray y laisse entendre que « ça pense » alors que ça ne pense manifestement pas des masses.

« Penser l’islam » sans connaître l’arabe

Le livre de Michel Onfray se compose essentiellement d’un entretien avec la journaliste Asma Kouar auquel s’ajoutent quelques billets proposés à la presse. Cet entretien est d’ailleurs parfois mal découpé, ce qui produit des effets comiques. A une question posée par son interlocutrice, Onfray répond : « Les historiens dont vous parlez peuvent dire ce qu’ils veulent … »[1]. Mais aucun historien n’est évoqué dans la question, pas plus que dans les précédentes. Onfray nous présente un islam hors-sol, dépourvu de toute histoire, qui ne serait inscrit dans aucun devenir et accessible par des traductions dont nous ne saurons pas grand-chose.  Car le premier point qu’il faut aborder est celui de la méthode. De même que Bernard-Henri Lévy s’est dispensé de la peine d’apprendre l’hébreu afin de présenter un Esprit du judaïsme, Onfray se passe de la connaissance de l’arabe pour écrire son Penser l’islam. Imagine-t-on un instant un auteur étranger, quelle que soit sa discipline, écrire sur la culture française sans parler la langue d’Onfray ? On peut déceler au moins trois explications à ce défaut de polyglossie chez nos penseurs : Premièrement, on peut y reconnaître le legs de l’orgueil impérial et national qui juge superflu de maîtriser une autre langue que le français, langue à prétention universelle malgré son éclipse devant l’anglais, l’espagnol et … l’arabe. Quel digne représentant de la culture universelle française s’avilirait-il à apprendre l’hébreu ou l’arabe, langues des liturgies  juive et musulmane ?  C’est là l’héritage culturel de la francisation coloniale, sous une forme cadavérique : un assimilationnisme-zombie en somme. Deuxièmement, ce rapport à la langue a un lien avec le rapport aux sources. C’est un autre point commun du livre d’Onfray avec celui de BHL. Le livre ne contient aucune bibliographie, aucune source, aucune référence ne serait-ce par exemple aux traductions utilisées par l’auteur (à une exception près - p. 128-129 - où il se fend d’une brève comparaison de traductions peu convaincante). Troisième explication, qui n’exclut pas les précédentes : comme Bernard-Henri Lévy, Onfray n’a aucune hésitation à écrire sur un sujet qu’il ne maîtrise pas. C’est d’autant plus surprenant qu’il ne cesse de se targuer de sa minutie de lecteur. Intellectuellement, il se montre aussi vaniteux que brouillon, trop sûr de lui pour être rigoureux. Ce nietzschéen a oublié les mots de son maître pour qui « ce n’est pas le doute qui rend fou, ce sont les certitudes ». Onfray a toutefois ceci de distinct avec BHL qu’il conserve quelques scrupules. Il se sent obligé de légitimer son ignorance de l’arabe, ou tout au moins de la faire oublier en faisant dériver le regard ailleurs. Un peu vexé, il répond à Asma Kouar par une salve de questions : « Et que faites-vous des sourates intolérantes et belliqueuses ? Prétendez-vous que je les ai inventées ? Qu’elles ont été mal traduites ? Voire, je connais l’argument, il m’a été souvent servi, qu’elles ont été traduites et éditées, voire inventées, par des traducteurs et éditeurs sionistes ? »[2] Comment faire sérieux quand on n’y connait rien ? En ayant recours à la dénonciation du complotisme, face à une interlocutrice qu’on peut pourtant difficilement suspecter d’une telle dérive.

 « Penser l’islam » sans connaître l’histoire

Onfray ne connait pas la langue arabe, soit, mais il connait aussi manifestement mal l’histoire. A l’absence de rigueur au sujet des sources s’ajoute les erreurs factuelles. Commençons par l’histoire contemporaine, voire immédiate. Il écrit : « (…) hormis la parenthèse Chirac-Villepin, la France a été de tous les bombardements des pays décrétés voyous. »[3] … « hormis la parenthèse Chirac-Villepin » au cours de laquelle, si l’on en croit le philosophe, la France n’a entrepris aucune intervention militaire à l’extérieur. En 2002, la France de Chirac-Villepin n’a donc pas déclenché l’opération Licorne en Côte d’Ivoire ... Passons à l’histoire médiévale. Lorsqu’Onfray se fait historien de l’islam, il se trompe à nouveau. Ainsi, à propos d’un épisode célèbre, celui de la bataille dite du Fossé qui eut lieu, selon l’historiographie musulmane, en 627 : « (…) lors de la bataille du Fossé, qui oppose juifs et musulmans, Mahomet se propose de mettre fin à trois années de guerre larvée avec les juifs en décidant du combat »[4] N’importe quel connaisseur même dilettante de l’histoire de l’islam sait qu’elle n’opposa pas « juifs et musulmans » mais Médinois dirigés par Mahomet et tribu mecquoise des Qorayshites coalisé avec une tribu juive et de grandes tribus nomades. Selon certaines sources (El-Tabarî), malgré des pressions de la coalition, la tribu juive n’aurait pas participé à la bataille. Des membres de la dernière tribu juive de Médine, les Qorayza, auraient même participé aux côtés des partisans de Mahomet – selon M. Rodinson[5] -  à l’opération de creusage d’un fossé défensif (khandaq) autour de Médine. Loin de nous l’idée de faire une leçon d’histoire à Michel Onfray, personne n’est à l’abri d’erreurs, mais Onfray est si à cheval sur la vérification des sources qu’on ne peut qu’être surpris. Après la bataille de Badr, Mahomet s’en prend effectivement à des clans juifs, comme les Banou Qaynoqâ, non parce qu’ils sont juifs mais parce qu’ils sont alliés à un chef médinois – Abdallah ibn Obayy - dont le prophète de l’islam redoute qu’il se retourne contre lui. Plus loin, à propos du mutazilisme, branche rationaliste de l’islam, il écrit : « Majoritaire sous le califat abbasside au IXème siècle (…) »[6]. Le mutazilisme y était officiel, certes, probablement pas majoritaire. Il fantasme sur la secte des assassins (comme BHL, à nouveau) : « (…) celui qui voudra tirer l’islam vers la violence en appellera à la secte des Assassins, la branche iranienne des ismaéliens qui a donné le mot que chacun connait, et qui se faisait un devoir de mettre à mort les ennemis de la Vérité »[7]. En réalité, on ne sait pas grand-chose du supposé fanatisme de ce groupe (qui n’est pas une branche ismaélienne mais davantage une communauté) si ce n’est ce qu’en disent des rapports plus ou moins fiable de voyageurs comme Marco Polo. Mais Onfray semble toujours aussi peu perméable au doute, lui dont le rapport à l’histoire est toujours approximatif : l’idée est de tisser un lien multiséculaire entre Assassins du XIème siècle et terroristes du XXIème siècle, sur l’air de : ces gens-là, depuis dix siècles, sont de la graine … du « mot que chacun connait »

 « Penser l’islam » sans trop penser

Onfray peut toutefois avoir des positions justes : « Quant au concept de barbarie, il est évidemment un jugement de valeur : certes, il peut paraître barbare d’égorger des hommes seulement coupables d’être des ressortissants de pays belliqueux à l’endroit de tel ou tel pays musulmans bombardé par l’Occident, mais je trouve tout autant barbare de tuer des victimes civiles innocentes, femmes, enfants, vieillards, avec un armement technologique perfectionné (avions furtifs, drones, bombes …) en Afghanistan, au Mali et dans d’autres endroits musulmans de la planète sous prétexte qu’ils nous menaceraient sur nos propres territoires alors qu’on a créé le terrorisme en prétendant qu’on voulait en éviter l’exportation »[8] L’appréciation est correcte et la mise en perspective pertinente. Las … Quelques lignes plus loin, Onfray procède déjà à un petit pas de côté : « N’oublions pas que les guerres font la fortune des industriels américains (…) » Mais pas des industriels français ? Sous son vernis libertaire, Onfray est un petit patriote qui « oublie » qu’il y a aussi des marchands d’armes français et non des moindres sur le marché mondial. C’est aussi un petit patriote fidèle à la République des Lettres, autrement dit à sa corporation. Car il sait, quand il le faut, défendre sa caste, dans laquelle il occupe la place du subversif officiel, labellisé par Le Point. Il apprécie d’ailleurs peu qu’on puisse le doubler sur le terrain de la subversion. Emmanuel Todd en fait les frais : « Emmanuel Todd décrète l’islam religion minoritaire des opprimés et transforme ceux qui sont descendus dans la rue le 11 janvier en disant « Je suis Charlie » en antisémites qui exprimeraient ainsi de façon masquée leur haine des juifs »[9]. C’est peu dire, à ce stade, qu’Onfray raconte n’importe quoi tant la thèse du livre d’Emmanuel Todd Qui est Charlie ? est éloignée de cette curieuse interprétation. Onfray si sourcilleux lorsqu’on s’en prend à son travail, ne se donne pas la peine d’étayer son propos. Il a le droit de ne pas partager les conclusions du travail d’Emmanuel Todd, mais pas de les travestir, surtout de manière aussi délirante. D’autant que le livre de Todd s’avère autrement plus sérieux que le sien. Mais, comparons. Loin de « décréter » quoi que ce soit, Todd se contente de constater que les musulmans de France ne dépassent pas les 6% de la population totale. En revanche, Onfray, lui, décrète bel et bien : « Aujourd’hui l’islam est une religion exponentielle, en pleine forme, forte de ce que Nietzsche appelait la « grande santé » »[10] Quelles sont les données statistiques qu’il suggère ? Nous n’en saurons rien … Onfray décrète … Avec un rare sens du poncif, il conclue plus loin de manière assez culottée : « le pragmatique compose avec ce qui est, alors que l’idéologue pense à partir d’idées déconnectées du réel ». Un autre exemple donne la mesure de l’absence de sérieux du travail d’Onfray : « Islamophobe, dit-on, est un mot inventé par l’Iran de Khomeiny pour stigmatiser tout opposant à son régime »[11] affirme-t-il. Puisqu’il veut du pragmatisme, alors donnons-lui-en. Comme l’a montré Alain Ruscio[12], le mot « islamophobie » est plus que centenaire et ne peut donc avoir jailli de l’imagination des Mollah de la révolution iranienne de 1979. Les premiers textes français où il figure datent de 1910, sous les plumes d’Alain Quellien[13] et de Maurice Delafosse[14]. Notons qu’il n’a d’ailleurs pas d’équivalent en persan[15]. La thèse du mot « islamophobie » inventé par l’Iran khomeyniste est une pure fantaisie qui a toutefois son histoire propre puisqu’elle a été diffusée par Caroline Fourest[16], affabulatrice multirécidiviste qu’Onfray suit ici à la trace sans s’être donné la peine de procéder à la moindre vérification. Surprendre un Michel Onfray aussi peu critique face à des allégations d’un auteur aussi peu fiable que Caroline Fourest pose problème. Onfray qui est prompt à dénoncer le complotisme quand ça l’arrange y sombre ici sans nuance. Impitoyable lorsqu’il sent sa position de rebelle menacée, Onfray se fait beaucoup plus indulgent envers les auteurs les plus réactionnaires qui ont le mérite de ne pas lui faire d’ombre sur son terrain et même de lui servir de faire-valoir. Il s’agit de « ceux qu’on traite d’islamophobes et qui se sont contentés d’annoncer le réel, sous forme philosophique, pamphlétaire ou romanesque, je songe respectivement sans juger de la pertinence de leurs propos à Alain Finkielkraut, Renaud Camus, Eric Zemmour, Michel Houellebcq »[17]. Il est bien dommagequ’Onfray ait tant de pudeur à juger de la pertinence des propos de ces auteurs dont le point commun est de souscrire de manière plus ou moins ouverte à la psychose du « grand remplacement ». A commencer par Renaud Camus, son théoricien principal et petit Goebbels du château de Plieux[18]. Cette « thèse » fut introduite en détournant une célèbre citation de Brecht[19], dans une démarche typique consistant à employer une rhétorique de gauche afin de pousser les crans vers la droite. Les théoriciens fascistes étaient déjà coutumiers de ce genre de distorsion.Onfray leur trouve cependant une certaine pertinence puisqu’« on ne saurait les rendre responsables de ce qu’ils se sont contentés d’annoncer. Ce qui serait aussi ridicule que de porter plainte contre le radiologue qui, au vu de vos clichés, vous annoncerait la mauvaise nouvelle d’un cancer dont vous le rendriez responsable »[20]. Finkielkraut, Camus, Zemmour et Houellebecq en médecins annonçant leur diagnostic et les musulmans en cancer : Onfray sait s’y prendre en maniement des métaphores … Il valide voire réclame sa place au sein de ce qui n’est qu’une coterie d’écrivaillons « petits blancs » qui prennent leur cynisme pour du brio intellectuel et se protègent mutuellement. Finkielkraut avait volé au secours de Camus en 2005 suite à des propos de nature antisémite, de même qu’Onfray part en défense de Finkielkraut, Camus et Zemmour au nom d’une liberté d’expression qui n’est en réalité qu’une liberté de s’en prendre à des boucs-émissaires. Il se met soudainement à fricoter avec cette extrême-droite médiatique snobinarde et respectable qui fait les succès d’éditions. Sur une ligne proche de la leur, Onfray voit en l’islam une religion aussi forte que conquérante : « (…) qui aurait intérêt à être pacifique quand il peut désormais être conquérant ? »[21]. De quoi parle-t-il ? Soit il s’agirait d’une stratégie de conquêtes « islamistes », soit il s’agirait d’un scénario du genre « grand remplacement » … Soit des deux … dans les deux cas, c’est tout aussi faux. En effet, loin d’avoir l’ambition de « conquérir le monde » une organisation telle que Daesh souhaite s’ancrer dans les espaces qu’elle occupe[22] déjà et Last but not least, rien n’indique qu’il y ait une progression démographique musulmane, en France comme dans le monde. Alors que faire ? : « La meilleure façon de lutter contre l’islamophobie est de construire un islam républicain »[23] La formule est toute faite et n’a pas beaucoup de sens. Onfray nous produit ici de la pensée magique : mettez l’adjectif républicain devant tout ce que vous voulez, et vous l’enchanterez. Il appelle de ses vœux un « islam républicain ». On peut supposer qu’il est lui-même un « libertaire républicain » qui aime à défendre ses amis « islamophobes républicains », le tout dans un « livre républicain » publié par une « maison d’édition républicaine ». On voit combien tout cela relève de l’incantation, si ce n’est du mantra. Et quel est ce label ? Qu’est-ce qu’un islam républicain ? Quel sens a cette formule-bateau dans un pays qui est déjà républicain et où les citoyens et résidents de confession musulmane n’ont aucun besoin d’être labellisés, à moins de jeter sur eux et sur leurs convictions une suspicion paranoïaque ? A propos de suspicion, il est un groupe sur lequel Onfray s’acharne à l’envi.  Un groupe sans doute bien peu « républicain » à ses yeux et auquel il ne sait trop quel nom donner : « néo-marxistes », « gauche islamophile », « antisionistes » que l’on découvre pêle-mêle – toujours selon Onfray -  antisémites, misogynes, homophobes, robespierristes, anti-laïques etc. Autant Onfray est prompt à défendre les droits d’écrivains islamophobes, autant il ne peut cacher son aversion pour ces « islamo-gauchistes ».

Si c’est bien la préoccupation de Michel Onfray, répondons-lui qu’afin de lutter contre l’islamophobie il est nécessaire de cesser de laisser entendre qu’aux sources du terrorisme il y a l’interprétation de textes religieux, questions byzantines qui n’ont que peu d’importance aux yeux des dirigeants de Daesh ou d’autres organisations de ce type.

 

 

 

 

 


[1] Michel Onfray, op. cit. p. 76

[2] Michel Onfray, op. cit. p. 78

[3] Michel Onfray, op. cit. p. 12

[4] Michel Onfray, op. cit. p. 75

[5] Maxime Rodinson, Mahomet, Seuil, 1968

[6] Michel Onfray, op. cit. p. 112

[7] Michel Onfray, op. cit., p. 121

[8] Miche Onfray, op. cit. p. 52

[9] Michel Onfray, op. cit. p. 48

[10] Michel Onfray,op. cit. p. 53

[11] Michel Onfray, op. cit. p. 56

[12] Alain Ruscio, « Islamophobie », un mot, un mal plus que centenaires, Orient XXI, 28 janvier 2016

http://orientxxi.info/magazine/islamophobie-un-mot-un-mal-plus-que-centenaires,1155

[13]« L’islamophobie : il y a toujours eu, et il y a encore, un préjugé contre l’islam répandu chez les peuples de civilisation occidentale et chrétienne. Pour d’aucuns, le musulman est l’ennemi naturel et irréconciliable du chrétien et de l’Européen, l’islamisme et la négation de la civilisation, et la barbarie, la mauvaise foi et la cruauté sont tout ce qu’on peut attendre de mieux des mahométans. », La politique musulmane dans l’Afrique Occidentale française, Alain Quellien, Paris, Emile Larose, 1910. Cité par Alain Ruscio.

[14] Maurice Delafosse, Revue du monde musulman, vol. XI, 1910. Cité par Alain Ruscio.

[15] Voir Islamophobie, Abdellali Hajjit et Marwan Mohamed, La Découverte, 2016

[16] Caroline Fourest et Fiametta Venner, Islamophobes … ou simplement laïques, ProChoix, n° 26-27, automne-hiver 2003

[17] Michel Onfray, op. cit. p. 56

[18] Renaud Camus, Le Grand Remplacement, ed. David Reinharc, 2011

[19] « Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple » … Et non le « changer » ou le « remplacer » comme le laisse entendre R. Camus

[20] Michel Onfray, op. cit. p. 56-57

[21] Michel Onfray, op. cit. p. 69

[22] « Une partie de son succès (de Daesh) tient à sa stratégie, qu’on pourrait résumer par la notion de consolidation. Il ambitionne moins de « conquérir le monde », comme le suggèrent de concert ses propagandistes et ses détracteurs, que de s’ancrer solidement dans les espaces qu’il occupe ; ce qui le pousse à plus de pragmatisme qu’on ne l’imagine. »Peter Harling, Etat Islamique : un monstre providentiel. Monde diplomatique, septembre 2014.

[23] Michel Onfray, op. cit. p. 72

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