La leçon Trump

Donald Trump sera donc le 45ème président américain, élu par des états déinstrudrialisés qui avaient majoritairement voté Obama lors des deux scrutins précédents, bref, la même sociologie électorale, peu ou prou, que les électeurs du Brexit il y a quelques mois et que les électeurs probables du Front National ici en France.

Donald Trump sera donc le 45ème président américain, élu à la fois par les électeurs républicains traditionnels et par les classes populaires (ouvrières et moyennes) des états déinstrudrialisés qui avaient majoritairement voté Obama lors des deux scrutins précédents, bref, la même sociologie électorale, peu ou prou, que les électeurs du Brexit il y a quelques mois et que les électeurs probables du Front National ici en France.

 

Observons d'ailleurs à quel point les problématiques qui ont séduit les électeurs sont proches : Mettre fin au libre-échange économique et créer du protectionnisme, rendre sa dignité à la masse silencieuse, arrêter l'immigration et dénoncer l'élite politico-médiatique, d'abord représentée par la Gauche de gouvernement. Bien sûr, les particularismes locaux créent des différences dans le détail : Trump est un libéral économique (au moins, à l'intérieur du pays) là où Marine Le Pen est largement plus socialisante, mais le fond du message, reste profondément le même.

 

Et de la même manière que Marine Le Pen ne progresse pas tant en nombre de voix que le PS ne s'effondre, Trump n'a pas autant gagné que Clinton n'a perdu. Par rapport à Obama, Hillary accuse 6,5 millions de voix en moins, là où Trump n'a pas fait mieux que Romney. Le phénomène majeur et de fond de la politique aux Etats-Unis, en Angleterre comme en France depuis dix ou vingt ans, c'est la disparition électorale de la gauche.

 

Un long mouvement, partant des années soixante et s'achevant au début des années 90 (avec Mitterand deuxième septennat, Blair, et Bill Clinton) a transformé la gauche gouvernementale. A l'origine socialiste de ce côté de l'Atlantique et keynésienne de l'autre, elle s'est convertie au libéralisme économique, engageant les pays dans la mondialisation et dans la destruction de l'Etat social (Clinton a multiplié les partenariats public-privé, le gouvernement Jospin est celui qui a le plus privatisé dans l'histoire de la Vème République). Parallèlement elle a insisté sur les combats féministes, antiracistes et antihomophobie (Clinton et la discrimination positive, Mitterand et SOS Racisme) qui ont trop souvent servi de cache-sexe ou d'excuse à son abandon des classes populaires - qui seraient racistes, machistes et homophobes, banches et masculines donc privilégiées, etc... Le grand point commun entre Hillary Clinton et François Hollande étant finalement leur mépris de classe envers ceux qui sont pourtant censés être le coeur de leur électorat (les sans-dents ici, les bouseux à bible là-bas).

 

Et nous en venons à Trump là-bas, à Marine Le Pen ici, au Brexit à côté. Deux messages se confondent dans ces évènements. Un, les classes populaires ont compris que la gauche gouvernementale (dont l'idéologie est par ailleurs partagée par la plupart de la société médiatique, ce qui explique l'effaremment des journaux ici comme là-bas) les avait abandonnées, et c'est une bonne nouvelle. Deux, ces mêmes classes populaires se sentent suffisamment cocues pour rejeter non seulement cette gauche-là, mais toute idée de gauche et tout ce qui est désormais assimilé à cette gauche : l'antiracisme, le féminisme, l'antihomophobie (bref, l'ouverture et la diversité) ; c'est la triste et mauvaise nouvelle.

 

Sanders, Mélenchon ou Corbyn ont au final un programme économique relativement proches de Trump, Le Pen ou Farage. Fin du libre-échange, mise en place d'un protectionnisme national, remise à niveau des classes populaires, grands travaux... On peut discuter des détails et des différences, mais l'idée est bien la même au sein de la gauche dure comme chez cette nouvelle extrême-droite : combattre la mondialisation et le néo-libéralisme (qui vont ensemble). Or, ni Sanders, ni Mélenchon ni Corbyn n'arrivent à regagner - pour l'instant - cet électorat populaire séduit par les autres. Ce qui diffère, c'est bien le programme sociétal (immigration, droits des femmes et des minorités, diversité), qui ancre les trois premiers à gauche - cette gauche dont les classes populaires veulent désormais se venger, quitte à verser dans la dégueulasserie.

 

En un mot, les classes populaires ont jeté le bébé avec l'eau du bain. Le combat d'une vraie gauche pour les convaincre à nouveau sera bien long - et devra passer par un questionnement profond sur l'articulation de l'économique, du social et du sociétal.

 

 

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