Benoît Hamon doit se retirer au profit de Jean-Luc Mélenchon

Un vent d'espoir pousse en ce moment la France Insoumise. Les sondages (qu'on n'accepte que quand ils sont favorables, décidément...), le remplissage des meetings, la discussion entre voisins ou amis, tout tend à dire que Jean-Luc Mélenchon a réussi, à tout le moins, à cristalliser les votes d'une majorité des gens de gauche...

Un vent d'espoir pousse en ce moment la France Insoumise. Les sondages (qu'on n'accepte que quand ils sont favorables, décidément...), le remplissage des meetings, la discussion entre voisins ou amis, tout tend à dire que Jean-Luc Mélenchon a réussi, à tout le moins, à cristalliser les votes d'une majorité des gens de gauche. Sans doute assez pour perturber un premier tour droite / droite extrême / extrême-droite (ne distinguons pas plus entre les différents parfums) qu'on nous vendait pour acquis et somme toute naturel depuis des mois. Peut-être assez, même, pour se qualifier pour le deuxième tour, quoiqu'il arrive.

 

La victime collatérale de cette heureuse ascension est bien évidemment Benoît Hamon, qui dégringole en dessous des 10% et semble de plus en plus naufragé. Les erreurs et errements de Benoît Hamon sont nombreux, ils méritent toutefois d'être rappelés : incapacité à comprendre que son élection à la primaire signifiait le refus, par les votants, de toute alliance ou accomodement avec une aile droite du PS qui a trahi toutes ses idées de gauche pendant cinq ans ; incapacité à briser avec une aile droite qui pourtant soutenait déjà, sinon officiellement, du moins idéologiquement, Emmanuel Macron ; incapacité à expliquer clairement sa principale idée, le Revenu Universel, et à la maintenir pure de toute carabistouille politicienne ; inaudibilité de ses propositions sur l'Europe et sur la VIème République. Benoît Hamon aurait pu, dû, prendre le risque de la rupture, accepter fièrement qu'il était (et est) le dernier socialiste au Parti des Social-traîtres, et agir en fonction. Ne voulant prendre aucun risque, la rupture s'est faite, honteusement et au mépris de l'honneur, par l'aile droite du PS, et contre lui.

 

Reste, au delà de tout ce qu'on peut et doit lui reprocher, que Benoît Hamon est le deuxième candidat de la gauche. Reste que son programme, quels que soient leurs différends sur quelques sujets, est presque identique à celui de la France Insoumise : le chemin vers un éco-socialisme modéré, passant par une nouvelle république et un changement profond de l'Union Européenne. Reste, au fond, comme l'a dit Jean-Luc Mélenchon sur France 2 samedi dernier, que, s'ils gagnent, ceux-là gouverneront avec ceux-ci. Les écarts idéologiques entre un Mélenchon, un Montebourg et un Hamon, ne justifient pas qu'ils ne puissent gouverner ensemble. Reste, aussi, que Benoît Hamon entre 5 et 10 %, c'est toujours 2,5 à 10 % de moins pour Mélenchon, dans un premier tour qui a de bonnes chances de se jouer à 2 ou 3 % près.

 

Benoît Hamon, s'il souhaite réellement une victoire de la gauche en 2017, devrait donc en toute logique se retirer et appeler ses électeurs à voter pour Jean-Luc Mélenchon. Ce faisant, il assurerait presque mécaniquement la victoire de la France Insoumise, et à tout le moins sa qualification au second tour. Personnellement, il se montrerait comme un homme effectivement plus intéressé par ses idées et son pays que par son ambition, prouvant ainsi la réalité de son dicours contre "l'homme providentiel" - ajoutons qu'au passage il passerait instantanément de fossoyeur officiel du PS à homme-clé de la présidentielle, ce qui n'a rien de négligeable pour l'ego. Enfin, collectivement, l'aile gauche du PS n'a de chances de survie que dans le ralliement à la FI ; si Benoît Hamon maintient sa candidature et finit effectivement à 10 % ou moins, et derrière Mélenchon, les "socialistes" en état de macronite aiguë (grosse épidémie rue de Solférino...) auront à coeur d'exterminer tous ceux qui se souviennent que PS signifie Parti Socialiste.

 

D'un certain point de vue, c'est sa survie politique (et, au-delà, celle de toute l'aile gauche du PS) que Benoît Hamon joue en ce moment. Son équation actuelle est simple : si Mélenchon devient président, Hamon sera le chef d'un PS partenaire de la FI au pouvoir, si Macron gagne, Hamon disparaîtra d'un PS partenaire d'EM au pouvoir. Le seul acte politique cohérent, en conséquence, semble être pour Benoît Hamon de soutenir de toutes ses forces Jean-Luc Mélenchon et la FI.

 

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