François Hollande, l'homme du centre-gauche

François Hollande, président de la République en exercice et ancien secrétaire général du Parti Socialiste, est donc sorti de son silence hier.

François Hollande, président de la République en exercice et ancien secrétaire général du Parti Socialiste, est donc sorti de son silence hier. Il y a des raisons, pour un socialiste, pour un homme de gauche, de s'inquiéter de l'élection présidentielle qui vient. Le Front National n'a jamais été aussi haut et est presque qualifié d'office au second tour ; ce ne serait encore rien si l'on ne rajoutait qu'il est porté à ce niveau, en grande partie par la classe ouvrière. François Fillon, outre un programme qui promet de faire passer Margaret Tchatcher pour une social-démocrate et Georges Bush pour un communiste, s'abîme toujours plus dans la dénégation de scandales financiers, qui même s'ils s'avèraient être légaux, ne perdraient rien de leur caractère immoral et abject.

 

Mais ni la xénophobie ni l'immoralité n'inquiètent au fond Francois Hollande. Non, ce qui l'angoisse au point de sortir publiquement de son rôle d'arbitre, c'est la montée en flèche de Jean-Luc Mélenchon. Le risque de voir un homme de gauche accéder au pouvoir avec un programme résolument socialiste et keynésien, plus proche du New Deal de Roosevelt que du programme commun de Mitterrand et Marchais, voilà qui est inacceptable pour l'homme qui a trahi le socialisme, détruit le PS et créé Macron, le héraut de ceux qui ne sont "ni de gauche, ni de gauche". L'honnêteté intellectuelle, ou l'honnêteté tout court, n'étant pas une caractéristique de notre président, celui-ci n'avait pas cru bon, en 2012, de refuser le soutien de celui qui le terrorise aujourd'hui par son populisme. Ni de s'inquiéter de sa propre élection, dûe pourtant à ceux qui avaient voté pour ledit populiste au premier tour.

 

L'historien Henri Guillemin voyait dans ce qu'il appelait le Centre-gauche la coalition "des gens de biens", l'éternel concert des satisfaits, et il ajoutait : "La République était, sous une apparence de démocratie, une oligarchie financière. Et je sais qu'il n'y a pas très longtemps encore, un journal sérieux disait : "C'est une rengaine de parler de la toute puissance de l'argent." Il est facile d'appeler rengaine la constatation obstinée d'une évidence." Francois Hollande et son golem en marche sont la parfaite illustration de ce centre-gauche qui préfère toujours les patrons aux ouvriers et les banquiers aux endettés - ou aux édentés, et qui acceptera tout, fût-ce le racisme, fût-ce la voyoucratie, pour qu'échoue le socialisme.

 

 

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