Quelques mises en garde pour une campagne présidentielle sociale en 2017

Ceci est un premier billet pour essayer, à mon humble position, de participer à la future campagne présidentielle de 2017. Il ne s'agit ici que de quelques mises en garde d'ordre général. J'essaierai, dans un prochain billet, de synthétiser quelques propositions. Il n'y a pas de vocations autres ici que de proposer, lancer le débat, et tenter de fédérer.

Jean-Luc Mélenchon a décidé d'annoncer sa candidature à la présidentielle de 2017. A moins qu'un autre ne réussisse à émerger à gauche, il sera vraisemblablement le seul candidat socialiste - ou socialisant, Hollande ayant définitivement acté la mue libérale du Parti Socialiste. Pour tout un tas de gens, dont votre aimable serviteur, il sera donc l'unique espoir d'une transformation sociale et politique dans le bon sens.

 

Il s'agit donc de ne pas se rater. Nous ne sommes plus en 2012 où l'on pouvait avoir l'espoir que si Montebourg parlait haut, si Mélenchon gueulait fort, Hollande serait obligé de gauchir sa politique économique. Cet espoir était fondé, et c'est au mépris des primaires de son propre parti (où Montebourg a fait 17 %, et Valls 4 %) et de la démocratie même (Hollande n'aurait pas été élu au deuxième tour si les 11 % qui ont voté Mélenchon au premier tour n'avait pas voté pour lui) qu'il a été trahi. Aujourd'hui, il s'agit pour ceux qui veulent cette transformation sociale et politique de convaincre suffisamment de citoyens pour que Mélenchon (ou un autre, s'il vient) soit devant Hollande (ou un autre du même acabit) au premier tour.

 

Pour ne pas se rater, il faut d'abord éviter les pièges qui ne manqueront pas de se présenter. J'en vois trois principaux : la campagne d'extrême-gauche, le débat sur qui est de gauche, le Front National.

 

LA CAMPAGNE D'EXTRÊME-GAUCHE.

 

Ce piège consiste à faire une campagne utopique, à proposer des solutions qui ne semblent pas réalistes aux citoyens. Un exemple est l'idée d'interdire les licenciements. J'ai souvent entendu le NPA et LO proposer cela. En soi, je ne dis pas que c'est une mauvaise idée. Mais c'est une idée qui fait sourire une bonne majorité de nos concitoyens tant elle leur semble lointaine, rêveuse, impossible. Plus grave, je me souviens d'un débat où, un politique de droite demandant à un d'extrême-gauche comment il ferait cela, ce dernier avait répondu : "et bien, on le fait, et c'est tout." Ce qui semble encore plus irréaliste.

 

Je ne dis pas que l'extrême-gauche est ridicule, ou qu'elle a tort. Je dis qu'elle n'a pas vocation à être élue. (c'est le discours officiel du NPA) Parce qu'elle ne veut pas, au final, être élue, elle peut se permettre de balancer des idées avant-gardistes, utopiques, d'être une mouche du coche. Parce que je souhaite profondément que Mélenchon (ou un autre candidat de la gauche socialiste) soit au second tour, je pense qu'il faut éviter toute mesure utopique, tout discours qui puisse sembler ne pas être possible à réaliser.

 

Si Mélenchon est notre candidat, comme cela semble se dessiner, cela lui demande aussi, peut-être, de changer de ton, de moins vociférer. Pas de ne jamais vociférer, car il y a des choses qui doivent être dites avec colère. Mais la construction d'un projet doit se faire avec calme, si l'on espère convaincre qui que ce soit.

 

L'un des pièges de l'extrême-gauche, en définitive, c'est de sembler être toujours contre. De vouloir détruire, sans construire. De critiquer, sans savoir proposer. En temps de crise, comme aujourd'hui, cela peut amener un vote de colère. Mais il nous faut aussi un vote d'adhésion.

 

LE DEBAT SUR QUI EST DE GAUCHE

 

On entend beaucoup, ici dans le club de Mediapart, comme ailleurs, chez les gens de gauche, la déception vis-à-vis du PS se résumer à un : "Hollande, il est de droite. (et Valls d'extrême-droite)" On pourrait débattre des heures sur ce qu'est la gauche, ce qu'est la droite. En vérité, il y a toujours eu un courant de la gauche qui se revendique libéral et défend in fine la liberté (celle d'entreprendre et de faire du pognon comme celle d'être homosexuel ou de culture différente). On retrouve cette gauche libérale de Gambetta à Hollande, en passant par Clémenceau et Rocard.

 

Il faut donc s'empêcher d'entrer dans un débat sur qui représente la vraie gauche. Parlons plutôt de gauche de transformation sociale, de gauche sociale, de ce qu'on veut, mais n'entrons pas dans un débat stérile, que le PS aurait beau jeu de tourner à son avantage.

 

Mélenchon : "Nous sommes la vraie gauche, que vous avez trahi !"

Hollande : "Vous n'avez pas le monopole de la gauche. Je suis de gauche, cette gauche du progrés, de l'humain. Cette gauche qui a fait le mariage pour tous."

Pujadas : "C'est de gauche, le mariage pour tous ?"

Mélenchon : "Oui, mais il n'empêche..."

Hollande, le coupant : "Alors vous voyez bien, nous sommes tous les deux de gauche. Mais moi, je suis d'une gauche réaliste."

 

Il y autre chose à dire, sur ce débat de la vraie gauche. Aujourd'hui, nombre d'intellectuels ont des propositions socialistes, ou socialisantes, pour améliorer le sort du pays. Nombre d'intellectuels ont des idées. De Thomas Piketty à Frédéric Lordon, d'Emmanuel Todd à Jean-Claude Michéa, des économistes atterrés à Bernard Friot, de Jacques Rancière à Jacques Sapir. Tous ces intellectuels partagent une certaine vision, celle d'un capitalisme ultra-libéral, patrimonial qui a repris le pouvoir. Ils ont des solutions différentes, s'opposent parfois, ne pensent pas tout à fait la même chose, mais au final, leurs analyses vont dans le même sens. Le candidat de la gauche de transformation sociale - encore une fois, à priori, Mélenchon, devrait avoir à coeur de les réunir, d'en faire une équipe, de les faire débattre, ensemble, et d'en tirer des mesures à la fois réalistes et de combat.

 

La gauche n'a jamais été aussi dispersée, aussi perdue. Il n'y a rien de commun entre un Manuel Valls et un Frédéric Lordon. Ne perdons pas notre temps et notre énergie à savoir qui est de gauche et qui ne l'est pas. Réunissons les forces qui veulent un changement social autour d'un projet commun, et laissons les autres dire qu'ils sont la gauche réaliste si ça les amuse. Nous serons la gauche sociale.

 

LE FRONT NATIONAL

 

Là encore, il y a deux pièges à éviter, qui sont l'assimilation et la surenchère contre.

 

L'assimilation, c'est le jeu des médias principaux (la télévision avant tout), qui consiste à dire, finalement, Mélenchon et Le Pen, c'est pareil, tous deux veulent sortir de l'euro. Il faut refuser à tout prix cet amalgame, clairement, d'abord en précisant que ce n'est pas par nostalgie du franc que l'on souhaite éventuellement sortir de l'euro, mais bien par volonté de préverser le système social français. Ensuite en ajoutant que nous préférions de loin une modification des traités européens et un pouvoir démocratique européen, notamment sur la BCE, à une sortie brutale de la France. (Le plan B ne vaut que si le plan A échoue). La grande différence avec le FN, sur l'Europe, c'est que nous voulons l'Europe, mais pas au prix du peuple. Eux ne veulent pas de l'Europe, même s'il faut sacrifier le peuple pour en sortir.

 

La "surenchère contre" est un autre danger que je vois parfois pointer à gauche, et que je traduirais ainsi : la volonté d'accepter tout ce que refuse le FN. Cela va de l'acceptation du voile à la régularisation des sans papiers. Sur ces sujets difficiles, qui touchent bon nombre de nos concitoyens, nous avons trop souvent tendance à nous caricaturer, et ainsi, à nous rendre peu crédibles. Prenons les sans papiers, comme exemple. Un bon nombre d'entre nous diront : régularisation. Point. Ce à quoi, extrême-droite, droite et PS nous répondront : vous allez créer un appel d'air. Vous êtes irresponsables. Vous allez donner la nationalité à de futurs terroristes. etc...  Et le résultat sera de perdre tout un tas de gens, pauvres, qui penseront : ces bobos de gauche préférent les sans papiers aux ouvriers. Trouvons, systématiquement, des axes médians, des explications. Par exemple, les sans-papiers, en France, dans leur écrasante majorité, travaillent. (et sont exploités) Régularisons tous ceux qui travaillent. Ce n'est qu'un exemple, peut-être mal choisi.

 

Nous avons une chance, pour cette élection. Le FN, qui grâce au génie (malfaisant) de Philippot avait gagné des voix à gauche est en voie de redroitisation grâce à la jeune Marion Maréchal-Le Pen, qui représente la bonne vieille extrême-droite, catholique, nationaliste, fermée. Il y a toutes les chances que le discours du FN soit du coup moins audible et moins clair. Il faudra aussi jouer sur cette contradiction.

 

Je me répète, en 2017, il y aura le choix entre quatre forces : un racisme vaguement socialisant (FN), un ultra-libéralisme débridé et fier (LR), un ultra-libéralisme débridé et qui ne dit pas son nom (PS), et au mieux, un candidat socialiste (Mélenchon, ou un autre). Si cette situation n'est pas complétement nouvelle, c'est la première fois qu'elle sera autant affirmée, avouée. La première fois que nous ne pourrons nous bercer de l'illusion que le PS nous prendra quand même un peu en compte. Cela nous amène des chances de fédérer, mais aussi des responsabilités.

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