Sanctions européennes contre le régime Ortega-Murillo : quand ?

Ce 15 mars, la Délégation du Parlement Européen pour les relations avec les pays d’Amérique Centrale a eu un échange de vues « sur la situation politique et des droits de l’homme au Nicaragua en vue des prochaines élections », prévues le 7 novembre prochain.. Un point important : quid des sanctions contre des responsables du régime ? Des sanctions réclamées par le Parlement Européen.

  Les échanges ont eu lieu entre des eurodéputés, Michelle Bachelet (Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme) et des représentants de l’opposition nicaraguayenne ainsi que d’une organisation des droits humains du Nicaragua. *

Invitée, Irana Venerio Fernández, ambassadrice du Nicaragua auprès de l’Union européenne, a lâchement refusé de participer à la réunion. Un signe de plus de l’obstination du régime Ortega-Murillo à refuser tout dialogue avec l’opposition et de son isolement croissant dans le monde ...

 Tous les intervenants, eurodéputés comme représentants nicaraguayens, ont coïncidé sur le fait que, malgré les mises en garde répétées de l’Union Européenne, des Etats-Unis, de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme et de l’Organisation des Etats Américains (OEA), la situation en matière des droits humains et de libertés démocratiques, loin de s’améliorer, ne cesse de se dégrader et que les engagements pris par le régime en matière de réforme électorale sont restés lettre morte. Que faire ?

  Dora Maria Téllez : « Ortega a montré que l’unique chose qui peut le toucher, ce sont des sanctions individuelles, contre lui-même et contre des membres de sa famille (…) Dès lors, si l’on veut empêcher la fraude qui se prépare, il faut agir par des sanctions ». Et que « l’Union européenne, le Parlement Européen, les pays de l’Union européenne envoient un message clair à Ortega, qu’ils n’accepteront pas de reconnaître un gouvernement issu d’élections frauduleuses. ». Félix Maradiaga est allé dans le même sens : « nous insistons dès maintenant auprès de l’Union Européenne pour qu’elle ne n’accorde aucune légitimité à un gouvernement qui ne correspondrait pas à la volonté populaire ».

  On ne peut qu’espérer que cette réunion aura un impact sur le processus d’imposition de sanctions de l’Union Européenne contre des responsables du régime, conformément à la résolution votée par le Parlement Européen le 8 octobre 2020 **, résolution par laquelle le Parlement Européen a demandé au Conseil Européen des ministres des Affaires Etrangères d’ « ajouter rapidement des personnes et des entités à sa liste de sanctions, y compris le président et le vice-président, en veillant tout particulièrement à ne pas porter préjudice au peuple nicaraguayen ». ***.

 Cinq mois plus tard, toujours pas de sanctions : le Conseil Européen ne s’est toujours pas réuni à ce propos. Selon nos sources, une réunion pourrait se tenir à la mi-avril. Espérons … Une difficulté supplémentaire : une décision éventuelle ne peut être prise qu’à l’unanimité de tous les pays de l’Union européenne… Rappelons que les Etats-Unis ont, à l’heure actuelle, sanctionné 28 responsables du régime (dont Rosario Murillo et deux fils du couple Ortega-Murillo) alors que l’Union Européenne n’en a toujours sanctionné que 6…

 Francis Toussaint

 SOS Nicaragua Bélgica

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 (*) Wendy Flores Acevedo, présidente du collectif des droits humains « Nicaragua Nunca Más »;

       Medardo Mairena, président du « Movimiento Campesino » (principal mouvement paysan) , ex-prisonnier politique;du régime Ortega-Murillo

       Felix Maradiaga, candidat à la présidence pour l'« Unidad Nacional Azul y Blanco » (UNAB), principale alliance de l’opposition;

      Dora Maria Téllez, guérillera durant la lutte contre la dictature somoziste dans les années ’70, ministre de la Santé dans le gouvernement sandiniste des années ’80, représentante de l’« Unión Democrática Renovadora » (Unamos)

  (**) Texte complet de la résolution du P.E. en français :https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2020-0259_FR.pdf?fbclid=IwAR2xs1ITDZOjhYRZE6wHTYrsjoDIjBtZAblaVVTa4m0iyVK9p-n1MDU8ISc  

 (***)

« Le Parlement Européen, au vu des violations graves et persistantes des droits de l’homme, si la proposition de loi sur l’encadrement des agents étrangers, la loi spéciale sur la cybercriminalité et la loi sur les crimes de haine sont adoptées et si le gouvernement nicaraguayen continue à se montrer réticent à engager un dialogue national sur une véritable réforme électorale et si la répression de la société civile et de l’opposition démocratique au Nicaragua se poursuit, demande que le Conseil ajoute rapidement des personnes et des entités à sa liste de sanctions, y compris le président et le vice-président, en veillant tout particulièrement à ne pas porter préjudice au peuple nicaraguayen; réitère sa demande urgente en faveur d’un mécanisme international de l’Union en matière de droits de l’homme; invite le Conseil à adopter ce mécanisme au moyen d’une décision portant sur les intérêts et objectifs stratégiques de l’Union conformément à l’article 22, paragraphe 1, du traité sur l’Union européenne; »

 Également : Le P. E. « rappelle au gouvernement nicaraguayen que les élections ne peuvent être libres, crédibles, ouvertes à tous et transparentes qu’en l’absence de répression, que si l’état de droit est rétabli et si les droits constitutionnels de tout le peuple nicaraguayen sont respectés, y compris les libertés d’expression, de réunion, de conviction et de manifestation pacifique; invite le gouvernement nicaraguayen à parvenir à un accord, par des moyens démocratiques pacifiques et négociés, avec les groupes d’opposition, y compris avec la coalition nationale, sur les réformes électorales et institutionnelles nécessaires pour garantir des élections crédibles, ouvertes à tous et transparentes, actuellement prévues pour novembre 2021, conformément aux normes internationales, en appliquant également les recommandations de la mission d’observation électorale de l’Union européenne de 2011 et de l’OEA; estime, à cette fin, que des observateurs nationaux et internationaux dûment accrédités doivent être présents lors des élections »

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