Cette "gauche" qui refuse de condamner les violations des droits humains au Nicaragua

Le 8 octobre 2020, le Parlement Européen a adopté, à une très large majorité (1), une résolution (2) condamnant les violation des droits humains au Nicaragua et demandant au Conseil Européen de sanctionner « rapidement » d'autres responsables du régime, « y compris le président [Ortega] et la vice-présidente [Murillo] ».

Parmi les 21 eurodéputés qui ont voté contre la résolution : 10 eurodéputés de la gauche radicale (et 7 eurodéputés d'extrême-droite). Parmi les 64 eurodéputés qui se sont abstenus, 18 de la gauche radicale (et 40 d'extrême-droite). Triste convergence....

Lorsque Luís Suárez Carreño, militant contre la dictature de Franco en Espagne (arrêté en 1973, torturé et emprisonné pendant quatre ans) 4 a appris que Manu Pineda y Sira Rego, eurodéputés de la gauche radicale espagnole ("Izquierda Unida"), s'étaient prononcés contre la résolution du Parlement Européen, son sang n’a fait qu’un tour : il leur a écrit une lettre ouverte. Voici la traduction de cette lettre ouverte 3 :

« Camarades députés européens, J'ai appris votre récent vote négatif sur la résolution du Parlement Européen du 8 octobre sur le Nicaragua condamnant la dite "loi sur les agents étrangers", un autre tour de vis dans la répression politique menée par un régime totalitaire, criminel et corrompu.

 En tant que personne de gauche, solidaire et internationaliste, ayant des liens étroits avec le Nicaragua, où j'ai vécu plusieurs années et où j'ai encore beaucoup d'amis, il m'est difficile de comprendre la position officielle de "Gauche Unie" envers le régime d'Ortega-Murillo.

Une gauche qui renonce à mettre les droits de l'homme en tête de sa politique internationale, au profit d'anciennes loyautés envers des bureaucrates et des oligarques soi-disant révolutionnaires, n'a plus aucune autorité morale, alors qu’il s’agit d’un bien que nous ne devrions jamais nous laisser enlever, pas même dans la pire des défaites.

L'aveuglement de votre parti face aux crimes du régime ortéguiste est aussi inexplicable qu'inacceptable de la part d'une gauche qui prétend défendre les valeurs humanitaires et démocratiques. Sous peine de retourner aux pires années d'une (soi-disant) gauche, d'une gauche dogmatique qui, sous diverses variantes de la dégénérescence stalinienne, a perdu toute crédibilité et a été définitivement balayée par l'histoire.

Au cas où votre vote serait dû plus à une simple ignorance qu'à une complicité consciente avec des criminels, vous pouvez me contacter pour mettre à jour vos informations sur ce qui se passe réellement dans ce pays. Ici aussi (en Espagne), nous sommes nombreux à œuvrer pour la liberté et la justice au Nicaragua.

A vous de décider : le dogme ou la liberté ; la complicité ou la démocratie ; oligarques et mercenaires ou paysans et étudiants. Selon votre choix, l’Histoire, tôt ou tard, vous attribuera une place. »

Luís Suárez aurait pu également envoyer sa lettre à Marc Botenga 5, l'eurodéputé belge du PTB. Un parti à géométrie (très) variable en matière de droits humains : ce parti stalinien est prompt à dénoncer (à juste titre) les atteintes aux droits humains en Belgique, aux Etats-Unis, au Maroc, en Colombie, dans les territoires palestiniens occupés par Israël, aux Philippines, au Chili, au Congo, … Mais pas les violations des droits humains au Nicaragua, en Chine, en Russie, en Corée du Nord, au Vénézuela, …  Selon le principe archaïque et cynique "les ennemis de notre ennemi principal sont nos amis", l'ennemi principal étant les Etats-Unis...

PS : pour être de bon compte, 11 eurodéputés du groupe de la "gauche radicale" ont, eux, voté pour la résolution (et ont donc sauvé l’honneur de leur groupe). En particulier, les eurodéputés français Manon Aubry (« La France insoumise »), Manuel Bompard (« La France insoumise »), Leila Chaibi (« La France insoumise »), Emmanuel Maurel (Gauche Républicaine et Socialiste »), Younous Omarjee (« La France insoumise ») et Anne-Sophie Pelletier (« La France insoumise »). Nettement plus clairement  démocrates que Jean-Luc Mélenchon (qui soutient inconditionnellement le régime Maduro au Vénézuela et est totalement muet par rapport au régime Ortega au Nicaragua).

Francis Toussaint

SOS Nicaragua - Belgique

Notre page Facebook : https://www.facebook.com/nicaraguabelgica

(1)  par 609 voix pour, 21 contre et 64 abstentions. NB : TOUS les eurodéputés socialistes et tous les eurodéputés écologistes ont voté pour la résolution

(2) texte complet en français : https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-9-2020-0259_FR.pdf.

(3) l’original (en espagnol) a été publié par « Confidencial » :  https://confidencial.com.ni/expreso-politico-espanol-critica-a-izquierdas-unida-por-apoyar-a-ortega/

(4) et proche de "Podemos"

(5) Marc Botenga a voté contre la résolution

 

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