Science: l'affaire de tou.te.s?

Comment la sociologie pourrait nous aider à mieux comprendre la vie sociale de SARS-CoV-2 et comment certains sociologues ne nous aident pas du tout.

Il aura suffi que survienne un événement minuscule – le déplacement de quelques molécules sur la protéine d’un virus – pour déstabiliser l’ensemble des affaires humaines à l’échelle planétaire. D’un continent à l’autre, nous nous sommes tou.te.s demandé.e.s si nous devions effectivement prendre au sérieux cette nouvelle menace, si nous pouvions serrer dans nos bras les êtres qui nous sont chers sans prendre le risque de les contaminer, si cette poignée de porte ne nous serait pas fatale, si en faisant nos courses nous n’emporterions pas avec nous cet agent potentiellement mortel, le SARS-CoV-2.

Jamais un être non-humain n’aura reçu tant d’attention de notre part. Depuis quelques mois, ce virus est au cœur des débats politiques, il fait les gros titres de tous les journaux, il est l’objet de près de 13 000 publications scientifiques (recensées dans PubMed entre le 1er janvier 2020 et le 16 mai 2020) et il nourrit quotidiennement les informations auxquelles nous avons accès sur internet. Pourtant, nous savons bien peu de choses à son égard. D’où vient-il ? À quelle date est-il apparu à la surface de la planète ? À partir de quand a-t-il commencé à infecter des êtres humains ? Comment exactement se transmet-il ? Que se passe-t-il dans notre corps une fois infecté ? Quelles molécules utiliser afin de réduire les dangers de la contamination ? Quels comportements devons-nous adopter, individuellement et collectivement, pour nous prémunir contre la présence de ce virus ? Autant de questions auxquelles les scientifiques seul.e.s peuvent nous apporter des réponses. Il est donc parfaitement légitime que les citoyen.ne.s s’adressent aux scientifiques pour savoir à quoi s’en tenir et leur demandent de partager les résultats de leur travail.

Seulement voilà : en devenant tou.te.s les témoins de l’activité scientifique en train de se faire, ce qui émerge sous nos yeux ébahis, ce sont les doutes et les ratés dont la vie de laboratoire est parsemée, les pistes explorées menant, hélas, à des impasses, les tests qui peuvent ne pas s’avérer concluant, ainsi que les divisions et les contradictions qui animent la communauté scientifique. Les chercheurs et les chercheuses ne sont pas toujours d’accord les un.e.s avec les autres, iels se critiquent vigoureusement et prennent des positions parfois contradictoires. Personne n’a de réponse clef en main à nous fournir ; tout le monde – et notamment les scientifiques – se trouve baigné dans l’incertitude. Même des conflits d’intérêts se font jour : certain.e.s scientifiques travailleraient à la solde de grandes compagnies pharmaceutiques, d’autres chercheraient avant tout à profiter de la crise pour se constituer une nouvelle notoriété publique.

En France plus particulièrement, une « polémique » semble diviser la population en deux. D’un côté, celles et ceux qui soutiennent le professeur Didier Raoult et qui sont convaincu.e.s par l’efficacité d’un protocole qu’il a conçu à l’IHU-Méditerranée, à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine, afin de guérir les patient.e.s atteint.e.s de COVID-19. De l’autre, celles et ceux qui soutiennent, au contraire, que le traitement de Didier Raoult n’a aucune efficacité et, pire, qu’il mettrait inutilement des vies humaines en danger.

Dès lors, pour nous qui sommes des citoyen.ne.s non-spécialistes des sciences médicales, une question cruciale se pose : en qui pouvons-nous avoir confiance ? Étant donné que les sociologues ne sont pas des biologistes, des virologues, des immunologues ou autres médecins, qu’iels ne mettent pas en place des études en vue de tester le comportement de telle ou telle molécule, il faudra mettre au clair dès le départ que mes collègues et moi-même ne sommes pas en mesure de confirmer ou d’invalider l’efficacité réelle du protocole proposé par Didier Raoult. Dès lors, celles et ceux se réclamant de leurs compétences sociologiques pour accorder publiquement leur confiance (ou manque de confiance) à Didier Raoult en s’appuyant sur leur autorité de sociologue font, volens nolens, une opération illégitime.

Si, dans cette polémique française concernant le protocole du professeur Didier Raoult, la sociologie ne peut nous dire quelle position adopter, il me semble, cependant, qu’elle peut nous aider à trouver des repères. Là où les sociologues disposent de compétences particulières, c’est dans l’étude des manières dont nous accordons, individuellement et collectivement, notre confiance envers certaines personnes et certaines affirmations. La sociologie peut donc nous renseigner sur les processus par lesquels nous faisons le choix de camper sur telle position plutôt que telle autre. Elle nous permet de mieux comprendre pourquoi nous plaçons notre confiance ici plutôt que là. Elle nous invite tou.te.s à nous poser la question : « pourquoi est-ce que je pense de cette manière et pas d’une autre ? » Bref, la sociologie nous invite à faire preuve de réflexivité. Il ne s’agit pas de remettre en cause la force de nos convictions ou le bien-fondé de nos valeurs, mais plus simplement de saisir ce sur quoi repose cette force et ce bien-fondé.

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Premier constat : la science n’existerait pas sans écriture. Les débats qui font rage à l’égard de l’efficacité de l’hydroxychloroquine pour lutter contre le COVID-19 ne font pas exception : ils sont rythmés par la publication d’articles scientifiques. Bien évidemment, le travail des scientifiques repose sur l’observation, l’expérimentation, la mise en place d’études à l’aide de machines de plus en plus sophistiquées et de plus en plus coûteuses leur permettant d’isoler des molécules, des acides aminés, des peptides, etc. Mais comme l’a souligné le sociologue Bruno Latour dans le livre qu’il a cosigné avec son collègue Steve Woolgar, La Vie de laboratoire (1979), l’une des activités principales des scientifiques est de lire, d’évaluer et d’écrire des articles en vue de les publier dans des revues à comité de lecture.

Ainsi, une découverte ou une vérité scientifique ne peut s’exprimer et exister en tant que telle que parce qu’elle est inscrite dans un texte. En montrant que la science est écriture, qu’elle est textuelle, Bruno Latour a également rappelé qu’elle est interprétation. Nous en avons tou.te.s été témoins au cours des dernières semaines ; dès qu’un article vient d’être publié dans une revue scientifique prestigieuse, à propos de tests conduits en laboratoire sur l’efficacité d’une molécule pour lutter contre le COVID-19, une multitude d’interprétations, parfois contradictoires, sont relayées par les médias et sur les réseaux sociaux. En évaluant les articles de leurs collègues, les scientifiques leur accordent différents degrés de crédibilité – sur une échelle allant du plus solide au plus fragile. En critiquant le manque de crédibilité d’un énoncé présent dans un article scientifique, c’est en fait la réalité des choses elles-mêmes qui est rendue problématique par les chercheuses et les chercheurs (et donc, dans ce cas-ci, l’efficacité réelle d’une molécule pour réduire la charge virale des patient.e.s et ainsi les guérir). Ce phénomène n’a rien de surprenant ; c’est ainsi que la science moderne fonctionne.

Deuxième constat : quand une controverse scientifique – c’est-à-dire lors d’un désaccord sur ce qu’il en est de la réalité des choses elles-mêmes – devient un problème public, tout un tas d’actrices et d’acteurs sociaux qui ne sont pas des scientifiques entrent dans le jeu des interprétations. Nous avons tou.te.s entendu des représentant.e.s de différents États, de différentes institutions (comme l’Organisation Mondiale de la Santé ou, en France, l’Académie Nationale de Médecine) ou de différentes compagnies pharmaceutiques s’exprimer sur la question et prendre une position, ainsi que des journalistes, des médecins, des praticien.ne.s de thérapies complémentaires, des patient.e.s, des militant.e.s de gauche et de droite – jusqu’à nos ami.e.s les plus proches et les membres de notre famille. Encore une fois, cela n’a rien de particulièrement nouveau ou de spécifique à la crise du COVID-19.

Le sociologue américain Joseph Gusfield nous a appris, dans un livre intitulé La Culture des problèmes publics (1981), que le savoir scientifique se présente toujours déjà sous la forme d’une narration et que prendre une certaine position scientifique (parmi d’autres positions scientifiques) est toujours déjà un acte politique (ne serait-ce que de « politique de la science »). Soyons clairs : il ne s’agit pas ici d’attaquer l’intégrité et la validité du travail des scientifiques. Il s’agit de dire une chose à la fois plus banale et plus subtile : un fait scientifique ne peut pas exister indépendamment d’une narration – ne serait-ce que celle de sa découverte et de sa formulation. Sans cela, le fait scientifique ne ferait tout simplement pas sens pour qui que ce soit.

Comme Joseph Gusfield le montre dans son travail, au cours d’un problème public, tout un tas d’actrices et d’acteurs sociaux, des institutions, des groupes, des collectifs, des individus s’engagent dans un travail de définition de la réalité. Iels imputent des causes et des conséquences. Iels qualifient certaines personnes de coupables et d’autres de victimes. Iels identifient des gens qui seraient honnêtes et d’autres malhonnêtes, en caractérisent certains de compétents et d’autres d’incompétents. Iels déterminent qui détiendrait la vérité et qui serait dans l’erreur ; quelle étude serait pertinente et quelle autre n’apporterait pas d’éléments nouveaux. Bref, un problème public prend la forme d’une mise en tension entre différentes manières de raconter les faits et les événements. Ces récits ne sont pas des « fictions » entendues au sens de « mensonges » ou d’« illusions », car pour être acceptés socialement, ils sont soumis à des épreuves, ils doivent être justifiés par un ensemble de « pièces à conviction ».

Disposant tou.te.s d’un certain « sens de la réalité », nous essayons d’effectuer nous-mêmes de telles opérations ; réunir des informations, les soupeser, les comparer et les recouper ensemble pour produire un récit et, bien sûr, évaluer la solidité de ceux qui nous sont proposés. Et c’est bien normal : c’est le signe qu’il nous est absolument nécessaire de produire du sens à partir de ce qui se passe, que nous voulons être capables nous-mêmes de distinguer le vrai du faux, la réalité de la fiction, l’acceptable de l’inacceptable. À cet égard, les sociologues en tant qu’individus ne sont pas différent.e.s de n’importe qui. Dans leur vie privée, iels font comme tout le monde pour constituer leur propre opinion.

Toutefois, à partir du moment où les sociologues prennent publiquement la parole pour s’exprimer – non pas en tant que citoyen.ne.s mais en tant que professeur.e.s de cette discipline menant une enquête – iels doivent, autant que faire se peut, « suspendre leur jugement » et respecter le principe méthodologique de la symétrie. Cela veut dire qu’iels doivent conférer une égale dignité documentaire à l’ensemble des énoncés en présence. Dans l’état d’incertitude la plus totale dans lequel nous sommes vis-à-vis de ce virus et, plus précisément, en ce qui concerne la polémique autour du professeur Didier Raoult, les sociologues ne peuvent se permettre de présupposer à l’avance qui a raison et qui a tort, qui dit vrai et qui profère des mensonges, etc. Le travail sociologique implique de suivre, avec le maximum d’impartialité et de désintéressement pratique, tous les points de vue qui s’expriment dans la situation en cours. Cela signifie que les sociologues doivent adopter tour à tour la perspective de chaque groupe, institution et individu participant au processus de définition de la réalité ; iels doivent – pour reprendre la métaphore employée par le sociologue Daniel Céfaï dans un excellent article sur ce qu’il appelle le travail de Définitions de situations dans des arènes publiques (1996) – « chausser plusieurs paires de lunettes », à savoir celles avec lesquelles les différentes parties en présence perçoivent le monde et cela afin de mieux comprendre leur raisonnement, leur prise de position et leurs justifications.

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Le sociologue français Laurent Mucchielli, directeur de recherche au CNRS enseignant à l’université d’Aix-Marseille, a joué un rôle important dans la « polémique Didier Raoult ». C’est lui qui a publié, le 29 mars 2020, l’article signé Ella Roche en faveur des arguments de Didier Raoult. Depuis lors, Laurent Mucchielli conduit une enquête en tant que « sociologue-citoyen » et publie ses avancées sur son blog hébergé par Mediapart. C’est lors d’une interview en date du 20 mai 2020 pour le site internet « Alternative Santé » qu’il présente l’esprit de son enquête (je souligne les points qui me semblent cruciaux) :

Très vite nous avons compris que la plupart des médecins qui cherchaient à balayer les propositions du Dr Raoult, et que l’on voyait beaucoup dans les médias, avaient en réalité de forts liens d’intérêt avec le laboratoire pharmaceutique américain Gilead qui cherche à imposer un médicament très onéreux dont il détient le brevet : le Remdesivir. 

[…]

Ce qui m'a frappé concernant la polémique Raoult, c'est à quel point les débats se sont très vite cristallisés autour de sa personnalité. Les élites intellectuelles et les médias, parisiens essentiellement, se sont fixés à ce que j’appelle le stade « people » et qui me paraissait superficiel. 

[…]

Pour comprendre l’erreur des élites intellectuelles et des journalistes, je pense que deux choses ont joué un rôle déterminant. D’abord, […] il y a une sorte de mépris de classe, un mépris élitiste, intellectuel, envers le succès populaire de Raoult […].

[…]

Ensuite, il y a eu une politisation simpliste. Raoult a été catalogué « homme de droite » du fait des soutiens politiques qu’il a reçus dans la région Sud, surtout dans les Bouches-du-Rhône et les Alpes-Maritimes. Mais c’est un débat qui n’a pas lieu d’être ici. Lorsque je vais voir un médecin, c’est que je l’estime compétent pour me soigner, je ne me demande pas quelles sont ses opinions politiques. Cette politisation a constitué une autre erreur majeure d’une grande partie des élites parisiennes.

Lorsque je dis que Laurent Mucchielli a « joué un rôle important » dans cette polémique, ce que je veux dire c’est qu’au lieu de produire un discours sociologique qu’il faudrait lire de manière « scientifique », il produit un récit qui alimente la dite polémique. Selon son « enquête », il y aurait deux motifs qui pousseraient les différentes parties en présence à critiquer Didier Raoult et à remettre en cause l’efficacité réelle de son traitement : soit par malhonnêteté (il y aurait un intérêt « caché » ; faire valoir les qualités d’un traitement concurrent afin d’en tirer un profit personnel), soit par mépris de classe (les « élites parisiennes » ne pourraient accepter que la « solution » à la crise du COVID-19 provienne d’un individu soutenu par une classe sociale contre laquelle elles seraient en lutte). S’il est tout à fait possible que cette description possède une part de vérité, je constate cependant qu’elle l’empêche de prendre au sérieux les autres points de vue en présence, c’est-à-dire de « chausser différentes paires de lunettes » pour lire et interpréter les faits et les événements. Dans les longs billets de blog qu’il consacre à son enquête, jamais Laurent Mucchielli ne considère l’éventualité qu’il y ait de bonnes raisons de douter de l’efficacité du traitement proposé par Didier Raoult ou de douter de sa bonne foi. De fait, il relègue d’emblée toutes les critiques formulées à l’égard du professeur marseillais comme étant des « erreurs », « déraisonnables » et « irrationnelles ». Ainsi affirme-t-il, dans un billet du 16 avril 2020 (je souligne) :

Il faut d’urgence ramener ce débat à la raison, comprendre que dans l’immédiat la démarche pragmatique du professeur Raoult est la seule qui vaille : tester empiriquement des protocoles pour voir ce qui marche le mieux. 

Le sociologue prend donc une position très claire. Par son « enquête », il propose une certaine définition de la réalité qui entre donc en concurrence avec celles des autres actrices et acteurs sociaux. S’il le faisait en tant que citoyen, en tant que personne privée, cela ne poserait aucun problème, bien évidemment. Ce qui paraît problématique dans sa démarche, c’est qu’il le fasse en tant que sociologue. Il légitime sa position dans les débats publics en tant qu’il dispose d’une certaine expertise, d’une certaine autorité académique, qui ferait de lui un acteur plus « rationnel » et « objectif » que les autres. Il ne cesse de répéter à quel point il serait plus compétent et à quel point la raison serait de son côté. Dans un autre billet de blog en date du 16 mai 2020, il écrit :

La crise du Covid est comme un révélateur ou un miroir grossissant, elle exacerbe les mécanismes préexistants. […] On n’a jamais vu autant de journalistes parler de science, et on n’a jamais vu autant de journalistes dire autant de bêtises. On va ci-dessous montrer une fois de plus que la plupart d’entre eux ne savent pas lire un article scientifique. Pire : on va comprendre qu’ils ne jugent même pas nécessaire d’apprendre à le faire, tellement ils sont pressés de confirmer leurs opinions.

[…]

Ces journalistes (qui sont parmi les plus connus) ne travaillent pas sérieusement, ils déforment consciemment ou inconsciemment la réalité pour mieux confirmer leurs préjugés.

Laurent Mucchielli, lui qui saurait donc « lire les articles scientifiques », partage avec nous ses interprétations grâce auxquelles il se rend capable de discréditer certaines études médicales (en les accusant parfois d’être des « escroqueries intellectuelles » quand celles-ci formulent une critique du traitement de Didier Raoult ou, à tout le moins, quand elles relativisent son efficacité) et d’en féliciter d’autres (celles qui penchent en faveur de ce traitement). En dénonçant presque systématiquement les biais qui seraient présents chez celles et ceux qui ne pensent pas comme lui, Laurent Mucchielli oublie de signaler à son audience quels pourraient être ses propres biais. Ne serait-il pas celui qui, lisant et interprétant le discours des scientifiques et des médias, ne voit que ce qu’il a envie de voir, ne sélectionne que les informations qui confirment son point de vue et valident sa prise de position initiale ? Il me semble en effet que l’enquête de Laurent Mucchielli est partielle et partiale. Son discours est normatif. Il prétend mieux savoir que les autres ce qu’il en est de la réalité des choses elles-mêmes et ce que « la Science » et le travail des journalistes scientifiques devraient être. Pourquoi ne se soumet-il pas au même examen que celui qu’il soumet aux autres ?

En tant que sociologue, je dois prendre au sérieux le discours qu’il tient et lui accorder le bénéfice du doute. Je ne préjuge pas du fait que le récit qu’il propose soit vrai ou faux, comme je ne préjuge pas de l’efficacité réelle du traitement de Didier Raoult. Mais je dois également insister sur le fait que mon collègue se montre incapable de rendre compte du point de vue des autres personnes qui participent de la définition de ce problème public.

En outre, Laurent Mucchielli oublie de considérer l’un des acteurs principaux de cette situation, à savoir le virus lui-même. Entre le moment où il a démarré sa « petite enquête » et aujourd’hui, les connaissances scientifiques sur le SARS-CoV-2 ont beaucoup évolué. Trop occupé à dénoncer systématiquement les « intérêts cachés » des scientifiques, l’« irrationalité » et l’« incompétence » des journalistes et, enfin, le « mépris de classe » des « élites intellectuelles parisiennes », il ne mentionne jamais ce point. En se focalisant seulement sur la « polémique Didier Raoult », il y a donc plusieurs régions du savoir qu’il ignore totalement. Pourtant, il me semble qu’une véritable enquête sociologique sur la situation que nous traversons tou.te.s actuellement ne peut faire l’économie d’une étude rigoureuse sur les manières d’enquêter sur et de connaître le virus lui-même. Un tel travail ne s’improvise pas ; il nécessite le temps long de la recherche. Il nous apporterait une meilleure compréhension de la « vie sociale » du virus et de la transformation radicale de la nôtre – comme je l’évoquais en introduction de cet article – en sa présence.

 

 

 

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