Macron, c'est fini, il n'est plus pertinent

La taxe sur le gazole, on en est à des années-lumières. Même « Macron démission », au fond, c’est dépassé. Même s’il est indispensable qu’il parte, Macron, c’est fini, il n’est plus pertinent. Il ne pourrait proposer que des aménagements de misère et d'ailleurs il ne le fera pas. Son départ ne sera qu’une satisfaction temporaire : c’est la structure qui l’a mis en place qu’il faut changer.

Soit on veut des miettes, soit on veut mieux que des miettes.

Nous pouvons subitement tout revoir. Décider ce qu’on a vraiment besoin de produire et la façon de le produire, la façon de se nourrir, de construire et d’habiter, de fabriquer et d’utiliser l’énergie, d’échanger, de voyager. Tout ! Nous pouvons choisir de bien vivre. Et cela, il faut le décider, nous, maintenant. En s’informant vraiment, donc ailleurs qu’auprès des lobbies qui nous disent toujours que la seule solution est celle qu’ils proposent.

Une petite bande tient en main tous les leviers. Ils estiment que toute la richesse leur revient de droit. Tant qu’ils laissaient aux gens ordinaires de quoi s’en sortir, ça marchait à peu près. On courait, courait après le job, la carrière, les traites, les fins de mois. Ils ont continué leur logique de rouleau compresseur (pourquoi se priver puisque personne ne les retenait) et subitement, ils sont allés trop loin. À la stupéfaction générale, la population a réagi et c’est absolument magnifique.

Seulement voilà, si on veut vraiment que les choses changent, il faut tout changer. Créer un nouveau cadre.

Dans ma ville, le collectif des Gilets Jaunes a publié une liste de demandes. Elle commence bien sûr par la destitution d’Emmanuel Macron et elle enchaîne sur l’ISF, les taxes, la TVA, la CSG, les retraites. Il y a aussi les énergie renouvelables, le référendum d'initiative populaire, des droits des enfants, des handicapés et des SDF, c’est une bonne liste, mais ce sont encore des aménagements. Une liste des effets, pas des causes. Si on ne touche pas aux causes, les mêmes effets se réinstalleront très vite. Ceux d’en haut trouveront moyen de récupérer ce qu’ils auront dû céder à la marge… tant que les institutions qui les portent sont en place.

Pour récupérer notre pouvoir de décision, pour décider à quoi ressemble la société que nous désirons, il faut changer les institutions.

Déjà décider si un pays, une économie, sert à faire du PIB ou à assurer une vie décente au plus grand nombre. Pour l’instant, c’est le PIB qui prime et la population… dérange, pour ainsi dire. Comme si notre existence n’était pas pertinente, comme si le fonctionnement du pays se décidait, se réussissait sans nous.

Nous pouvons exiger autre chose.

Nous pouvons décider que tout le monde paiera un impôt juste, proportionnel à ses revenus, sans niches, sans aménagements, sans évasion ou optimisation, grandes fortunes et grandes entreprises comprises… et sans CICE. Les caisses du pays seront pleines et on devra nous rendre tout ce qu’on nous a pris en termes de services publics et de droit du travail.

Nous pouvons décider que l’austérité, c’est non. Que tout l’argent n’ira pas aux actionnaires. Nous pouvons demander l’audit de la dette, la fameuse dette dont on nous rebat les oreilles. Une dette illégitime peut s’annuler. Nous pouvons décider que les grands patrons n’auront plus de salaires invraisemblables et que nous gagnerons mieux nos vies. Si nous avons de l’argent, nous le dépenserons et nous relancerons l’économie.

Nous pouvons changer la légalité actuelle. Les lois, ce sont les règles du jeu, les règles auxquelles tout le monde doit se conformer, sans que personne n’y échappe. Or on voit que les puissants y échappent toujours. On voit passer, avec une légèreté invraisemblable, des lois qui changeaient profondément la vie de la population, quasiment sans discussion, sans se référer à nous, dans une Assemblée aux trois-quart vide. Des lois qui vont toujours dans le même sens – celui qui retire à la population pour donner aux grandes entreprises et à la finance.

La justice ? Inféodée côté accusation à l’exécutif, bloquée côté investigation dans l’impossibilité de condamner les gens importants, et qui manque tellement de moyens qu’elle ne peut pas faire son boulot. La santé ? Une catastrophe, pas assez de personnel, la politique du chiffre, la souffrance des soignants et des patients, la mainmise des labos sur la recherche, l’inertie des organismes censés nous protéger, les ravages des pesticides, le pouvoir des lobbies.

L’emploi ! Un cauchemar pour ceux qui travaillent comme pour ceux qui chôment. Soit on doit en faire trop, tellement trop qu’on ne peut plus assurer, la pression est infernale, soit on se sent inutile, hors de la vie. Les remaniements et réorganisations vident le coeur des métiers, on fait des tâches absurdes sous les ordres d’une hiérarchie qui bouscule, humilie, harcèle.

On pourrait parfaitement découpler le revenu du travail. Oui, le revenu universel, mais un vrai, un revenu qui permet vraiment de vivre confortablement.

Et à quoi on passerait son temps ? Eh bien, à vivre et à penser et à organiser une société comme il n’en a jamais existé. Puisque nous sommes dans une époque unique ! Une époque à la fois infiniment riche et infiniment misérable. Nous sommes réellement menacés d’une catastrophe radicale qui pourrait rendre la planète inhabitable.

Alors bien sûr, si nous décidons de tout changer, on va nous le faire payer. «Les marchés », qui pèseront pour qu’on reste dans le droit chemin, et aussi l’Europe. On nous avait vendu une Europe de la paix, une Europe des échanges mais ce qu’on nous a fourgué, c’est un machin technocratique qui nous enferme dans des logiques qui bouffent notre vie. Ça semblait impossible de rien faire bouger, mais les Gilets jaunes sont sortis, dans leur diversité, ils débattent ensemble et brusquement tout semble possible. Si cet élan ne s’essouffle pas, si nous ne nous contentons pas des miettes, tout est effectivement possible.

Le fonctionnement actuel nous lance droit dans le mur. En gros, nous n’avons pas grand-chose à perdre parce que si nous continuons sur la lancée actuelle, nous perdrons tout de toute façon. Nous avons tout à gagner.

 

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