Petites faussetés: leçon de politique ordinaire

La communication officielle expliquait que nous occupions pour exiger la réouverture des lieux de culture ; maintenant, elle expliquera que nous bloquons cette réouverture. Étonnant, non ?

Parce qu’il faut mentir, n’est-ce pas. Il faut s’arranger entre gens qui se détestent mais qui pensent avoir les mêmes intérêts – contre nous.

Petite leçon de choses, promenade dans ce marigot qui n’a aucun intérêt et ne satisfait personne, pas même ceux qui sont plutôt bien placés sur le tas de fumier.

Nous occupons les théâtres pour refuser la précarisation en marche.

Toutes les précarisations.

Le ministère allonge des fonds et cocoricote que les intermittents sont sauvés, or nous n’avons obtenu aucune de nos revendications. Nous voulons le retrait de la réforme du chômage, la prolongation des droits pour tous, la baisse du seuil d’accès à l’indemnisation, une garantie d’accès aux congés maternité et maladie pour tous, une augmentation des cotisations sociales pour garantir les droits sociaux. En elle-même, la réouverture des salles n’a aucune pertinence.

Mais voilà, la réouverture est annoncée le directeur du théâtre nous annonce que le sous-préfet s’opposera à la réouverture tant que nous serons dans les lieux (« c’est pas moi, c’est l’autre »). Nous répondons que la cohabitation est tout à fait possible : 346 personnes (le tiers de jauge de la salle) peuvent parfaitement entrer sans risque. En prime, ils verront une expo photo de nos actions et nous entendrons expliquer notre présence. Sympathique, non ?

Eh bien non.

Écran de fumée, le triangle (directeur, maire, sous-préfet) continue à se renvoyer la balle. Hier, nous avions rendez-vous avec le directeur du théâtre et plutôt que de nous plier au protocole habituel, rendez-vous à 2 ou 3 dans son bureau, nous l’invitons à nous rejoindre et à s’exprimer devant notre collectif. En faisant un barouf mémorable dans le hall du théâtre et en chantant You say yes, I say no, you say stop and I say go go go. Négociations, non il ne veut pas venir, non, pas un terrain neutre non plus, non il annule le rendez-vous. Au moment où il devait parler avec nous, construire avec nous la suite de notre cohabitation, il était de l’autre côté de la rue à discuter avec le maire et le sous-préfet.

Nous parlons ici d’un directeur qui se targue de faire du théâtre subversif. Son dernier spectacle parle de désobéissance. J’ai trouvé cette critique de son personnage :

« Ce dernier est parfait en patron bienveillant et désabusé, prêt à tout pour se débarrasser de ce récalcitrant subalterne, quitte à « être émasculé dans sa virilité de chef d’entreprise », quitte à déménager ses locaux plutôt que de devoir appeler la police pour déloger ce locataire encombrant. »

On est en droit de savourer.

Les vieilles ficelles, faire pression, souffler le chaud et le froid, mentir, sont tellement bornées, dépassées, elles sont la maladie du monde. Partout, des collectifs et même des entreprises, expérimentent un mode de fonctionnement souple, organique, dans lequel chacun est en responsabilité et mène sa tâche comme il l’entend, avec la confiance des autres – des tâches qui ont une utilité évidente.

Et en face, la logique du vieux monde : la communication officielle expliquait que nous occupions pour exiger la réouverture des lieux de culture ; maintenant, elle expliquera que nous bloquons cette réouverture. Étonnant, non ?

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