Juliette BOUCHERY
Comédienne, auteure, traductrice
Abonné·e de Mediapart

56 Billets

1 Éditions

Billet de blog 19 mars 2021

Juliette BOUCHERY
Comédienne, auteure, traductrice
Abonné·e de Mediapart

Occupation, impressions en vrac

Les medias dominants travaillent bien : les occupations agacent un peu, on entend des mots comme « entre-soi », élitisme, fermeture, on lit la description absurde de gens qui s’enferment dans des salles closes. Des gens assis sur leurs petits privilèges. Or ce n’est pas ça du tout.

Juliette BOUCHERY
Comédienne, auteure, traductrice
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Déjà, il faut le dire un peu fort parce que ça ne rentre pas : les occupations de théâtre ne visent pas juste la réouverture des salles.

Mais non, pas du tout. La première préoccupation, c’est la précarité, toutes les précarités, tous les boulots discontinus, toutes les intermittences. Le premier enjeu, c’est d’empêcher l’application, au 1er juillet, de la réforme du chômage qui va pénaliser 800 000 personnes (chiffre de l’Unedic). L’Unedic allègrement dépouillé en 2018 quand le salaire différé que sont les cotisations a été transformé en taxe. Hop, la main dans la caisse, Macron pique les sous des travailleurs.

Impressions en vrac.

Une sensation de décalage assez extraordinaire. Il se passe une chose importante (surtout vu le contexte qui freine tout rassemblement et tout échange – beaucoup de gens ne voient plus personne, nos neurones se délitent par manque d’interactions tout simples). Il se passe une chose importante et ça ne se voit pas. Autour de moi, les réactions sont globalement de l’ordre de « Ah, oui ? C’est bien. » Routine étriquée en temps de Covid.

Le vrai test viendra au moment où ça se verra un peu plus. Dès qu’on remuera trop, on va nous dégainer (ça c’est vu ailleurs) une « recrudescence inquiétante des cas de Covid ». Recrudescence vérifiable ? Et là, par pur civisme, l’élan retombe ? Le « protégez-vous les uns les autres » est tellement intégré qu’en son nom, on pourrait nous interdire de nous déplacer autrement qu’en rampant (c’est d’ailleurs un peu le cas).

Or se « protéger les uns les autres », ce serait déjà s’entre-donner le moyen de vivre. La fragmentation des dominés a très bien fonctionné, beaucoup de nos concitoyens sont là à siffler « asssissstés » en regardant ceux qui ont un petit peu moins qu’eux, sans jamais lever les yeux vers ceux qui sssiphonnent toutes les ressources. Une campagne de com’ savamment orchestrée nous pousse à nous focaliser sur la fraude aux aides sociales par exemple (minime quand on regarde les chiffres) et à accepter passivement la fraude aux impôts et les aides (gigantesques) de l’État à ceux qui ont déjà tout. Qui ont déjà tout et qui fraudent pour avoir davantage.

Nous vivons un moment unique, la domination n’a jamais été aussi désincarnée (financiarisée) et aussi globale ; jamais le vivant, tout le vivant, n’a été bombardé de tant de raisons de mourir. Chimie imprégnant tous les milieux et colonisant les corps, environnements dévastés, climat bouleversé, simple désespoir, la tension est extrême. Dans leur inconscience (et leur panique croissante, fuite en avant, droit dans le mur), les dominants pèsent toujours plus lourd sur le couvercle. Or la simple physique montre que quand on ferme toutes les soupapes, la chaudière explose.

Un peu partout, chaque jour, des occupations, une agora publique et une AG. Des occupations de Pôle emploi, aussi, ponctuelles. Chez nous, mercredi, sortie dansée sur le marché avec distribution de tracts, échanges d’information. Demain samedi, jonction avec un mouvement qui défend les acquis du CNR, puis avec la Grande marche pour le climat organisée par des jeunes qui visent la protection du vivant sur un spectre très large, de l’environnement au racisme et aux droits LGBT. On coupera le ruban pour ouvrir l’espace du dehors !

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Bienvenue dans Le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte