Saint-Macron des sondages de la France amoureux Saint-Macron des sondages de la France amoureux

Une étoile nouvelle luit au firmament des gloires éternelles. Qu'il est brillant et frais l'astre virginal, déboulant à l'empyrée des politiques ! La cuisse ferme, le nez mutin, l’œil qui frise, saint-Macron des sondages est une biche gambadant follement dans la rosée du matin, un poulain fougueux à la robe luisante qui s'ébat sur la prairie d'avril, une rose de mai précocement éclose. Les doctes augures, éclairant de leur science les sombres mystères de l'opinion publique, lèvent soudain le nez de leurs grimoires poussiéreux, tout énamourés de tant jeunesse revigorante, de tant de gaillarde énergie bousculant le panthéon des saints qui se sacrifient pour la France. Saint-Macron des sondages caracole en tête, clament-ils à l'envi, sur toutes les ondes.

Prodigieux élan ! Il y a trois ans à peine, son nom ne courait que sur les bienheureuses lèvres de ses collègues banquiers. Et voilà que saint-Macron des sondages s'inscrit en lettres d'or tout en haut de l'affiche du grand spectacle présidentiel. Tous derrière, tous derrière, et lui un poil devant la goule bleue marine, qui le talonne dans tous les plans sur la comète élyséenne que dressent les faiseurs de rois.

Lève-toi et marche : son programme en peu de mots, mais les bons. Et le pays désespéré se redresse à cette invocation, ébloui par l'incroyable charisme de son futur président high-tech. Rejetant les querelles idéologiques des temps dinosauriens, le moderne saint-Macron des sondages ne se proclame ni de droite, ni de gauche, bien au contraire : le vieux système des partis est mort, sur ses seules épaules reposera la victoire.

Mais sur ce tapis de velours vers le palais de l'Elysée, une poignée d'hérétiques jouent encore les rabats-joie. Certains esprits forts résistent au chant de la sirène, et vont jusqu'à douter de l'existence de saint-Macron des sondages : avatar numérique, le saint au sourire d'ange n'aurait pas plus de consistance qu'une bulle de savon médiatique. Partout des infidèles lui lancent des œufs sur le crâne, pour voir s'il s'y écrasent ou bien traversent le fantoche. Derrière la canine blanche de saint-Macron des sondages, les blasphémateurs s'accordent à voir la patte noire et griffue des vieux loups du patronat et de tous les profiteurs néolibéraux, cherchant, par le truchement d'un golem, à s'introduire encore plus sûrement dans la bergerie démocratique, pour tout dévorer : code du travail, protection sociale et acquis sociaux.

Que les mécréants se consument sur le bûcher du vote utile ! En passer par les urnes ne sera pour lui qu'une formalité : saint-Macron des sondages rayonne, il est déjà l'élu.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

Tous les commentaires

En astronomie, les corps qui attirent les particules qui errent au hasard s'appellent des trous noirs. Macron serait-il un trou noir ?